Il avait apporté son emploi du temps sur le plateau de LCI pour prouver à quel point ses journées de lycéen étaient difficiles. Mauvaise idée. Lundi, face à Gabriel Attal, un jeune homme a brandi son planning en expliquant avoir des horaires qui « vont loin » et un quotidien qui se résumerait à rentrer chez lui, travailler et dormir. Louise, installée sur le même plateau, lui a demandé la feuille. Quelques secondes lui ont suffi pour sérieusement mettre à mal sa démonstration.
Deux journées commencent à 10h, le mercredi après-midi est libre, le vendredi se termine à 15h. Une seule journée va de 8h à 18h. Louise énumère les horaires devant lui avant de lâcher, incrédule : « Donc là, c’est ça, une grosse semaine. » Elle va ensuite beaucoup plus loin en racontant son propre rythme en master, avec des journées pouvant aller jusqu’à 21h et 25 heures de travail par semaine à côté de ses études.
Le lycéen apporte lui-même la pièce censée prouver son calvaire
Le jeune homme commence par sortir son planning devant les caméras : « Moi, j’ai ramené mon emploi du temps. Alors, vous pouvez le voir ici. » Il assure même que cette organisation est déjà le résultat des efforts de son établissement : « Là, c’est le meilleur qu’on a pu avoir, que notre proviseur a essayé de faire. »
Il met en avant sa journée la plus lourde : « Il y a un jour où je fais 8h-18h. » Puis il reconnaît lui-même commencer plus tard à d’autres moments : « Le lundi, je commence peut-être à 10h, c’est vrai, et je finis à 18h. »
Le jeune homme insiste surtout sur ses fins de journée. « J’ai deux jours où je finis à 18h, trois jours, pardon, où je finis à 18h. » Et il décrit un quotidien particulièrement sombre : « Je rentre chez moi, je travaille et je dors. »
Sauf que le document qu’il tient entre les mains va rapidement rendre cette présentation beaucoup moins convaincante.
Louise lui demande la feuille et démonte sa démonstration, jour après jour
Louise ne débat pas dans le vide. Elle veut voir le fameux emploi du temps. « Est-ce que je peux avoir votre emploi du temps, juste deux petites minutes, parce que je n’ai pas eu le temps de bien le voir, s’il vous plaît ? Juste, s’il vous plaît. »
Elle récupère la feuille et commence immédiatement à lire les horaires devant le lycéen : « Donc lundi et mardi, on commence à 10h, on termine à 18h, certes. Mercredi, pas cours l’après-midi. Jeudi, grosse journée, j’accorde, 8h-18h. Vendredi, terminé à 15h. »
Et Louise résume : « Donc là, c’est ça, une grosse semaine. »
Difficile, à cet instant, de ne pas voir le problème dans la démonstration initiale. Le planning choisi pour illustrer des horaires prétendument écrasants montre deux débuts de journée à 10h, un mercredi après-midi sans cours, une journée réellement lourde de 8h à 18h et une fin de semaine à 15h le vendredi.
En pleine mobilisation des lycéens et alors que de véritables difficultés sont dénoncées dans certains établissements, entre professeurs absents, manque de moyens et problèmes matériels, cet exemple apparaît particulièrement mal choisi.
« Ça va vous faire très, très mal quand vous allez redescendre sur terre »
Louise ne s’arrête pas au constat. Elle prévient les lycéens présents sur le plateau de ce qui peut les attendre après le bac : « Moi, je préfère vous le dire, je suis complètement honnête avec vous, vraiment, je suis honnête. » Elle poursuit malgré une tentative d’interruption : « Parce que je pense que vous avez tous le désir… Je termine. Vous avez tous le désir de faire des études supérieures. Ça va vous faire très, très mal quand vous allez redescendre sur terre, quand vous allez poser les pieds à plat. » Implacable…
« Je commençais à 8h, je partais de la fac, il était 21h »
Louise explique être aujourd’hui en master et raconte des journées sans commune mesure avec celle du vendredi qui s’achève à 15h sur le planning qu’elle vient de lire : « Parce que moi, je vous le dis, la journée type d’un étudiant, et aujourd’hui je suis en master, il y a des moments où je commençais à 8h, je partais de la fac, il était 21h. »
Et sa journée ne s’arrêtait pas à la sortie de l’université : « Fallait que je fasse mes TD, fallait que je révise mes partiels parce que, oui, tout ne se passe pas en contrôle continu. »
Louise ajoute une remarque particulièrement piquante : « Le contrôle continu, c’est la belle vie, je tiens à le rappeler. » Surtout, elle explique cumuler ses études avec un travail conséquent : « Et surtout, et surtout, j’ai un 25 heures semaine à côté. Vous vous imaginez la semaine que ça fait ? »
D’un côté, un emploi du temps de lycée présenté comme la preuve de journées intenables. De l’autre, une étudiante en master affirmant avoir connu des journées de 8h à 21h, auxquelles s’ajoutent TD, révisions et 25 heures de travail hebdomadaire. La comparaison est cruelle pour le lycéen.
« Il n’y a plus de culture de l’effort »
Louise assume alors le fond de sa pensée : « Je sais que vous êtes jeunes, je le sais. » Elle tente de poursuivre en s’adressant à Gabriel Attal, avant que le présentateur ne lui demande de rester sur la question des horaires afin que les autres invités puissent également s’exprimer.
Elle revient finalement à la charge avec une conclusion encore plus sévère : « Aujourd’hui, il n’y a plus de culture de l’effort. Il n’y a plus de culture du mérite. Il n’y a même plus de culture de l’excellence. » Puis elle interpelle directement Gabriel Attal : « Vous, président, qu’est-ce que vous proposez sur ça ? »
La scène arrive au moment où une plateforme nationale vient d’être ouverte pour recueillir les difficultés et les attentes des lycéens. Les problèmes rencontrés dans de nombreux établissements ne disparaissent évidemment pas à cause d’un emploi du temps montré à la télévision. Mais pour défendre l’idée de journées lycéennes devenues insupportables, celui-ci avait tout du contre-exemple.
Le jeune homme était venu avec sa propre preuve. Louise n’a même pas eu besoin de la contester : elle l’a simplement lue. 10h-18h lundi et mardi, mercredi après-midi libre, 8h-18h jeudi, vendredi terminé à 15h. Le planning censé démontrer l’enfer de sa semaine aura finalement fourni les meilleurs arguments à celle qui voulait démontrer exactement le contraire.

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