Un drame s’est produit ce lundi devant le lycée professionnel Auguste-Béhal de Lens, dans le Pas-de-Calais. Un adolescent de 15 ans, élève de seconde professionnelle, a eu la main gauche arrachée après l’explosion d’une grenade utilisée lors de l’intervention des forces de l’ordre. Le jeune homme a été pris en charge par les secours puis transporté en urgence au CHR de Lille. Ses jours ne sont pas en danger.
Les circonstances exactes dans lesquelles l’adolescent a été touché restent à déterminer. Les premiers éléments ont d’abord fait état d’une grenade de désencerclement ramassée par le lycéen. Mais plusieurs élèves présents sur place livrent une autre version et affirment qu’il aurait reçu l’engin directement sur la main.
« J’ai vu sa main exploser »
Les faits se sont produits vers 10h30, rue Alexander-Fleming, à proximité du lycée Auguste-Béhal. Environ 200 à 250 jeunes étaient réunis dans le cadre de la mobilisation qui touche depuis plusieurs jours de nombreux établissements scolaires français.
La situation s’est tendue et les CRS ont fait usage de gaz lacrymogène et de grenades. Une lycéenne présente au moment des faits raconte : « On a voulu bloquer le lycée ce matin. On a commencé à se faire gazer alors qu’on n’a rien fait de mal. »
Une autre élève assure avoir assisté directement à la blessure de l’adolescent. « J’étais à côté du camarade qui s’est blessé. D’un seul coup, il a reçu quelque chose vers sa main et ça a explosé. J’ai vu sa main exploser. » Elle décrit une scène extrêmement violente : « C’est très choquant. J’ai failli vomir. »
A-t-il ramassé la grenade ou l’a-t-il reçue sur la main ?
C’est désormais l’un des points essentiels à établir. Plusieurs informations diffusées dans les premières heures affirmaient que l’adolescent avait ramassé une grenade lancée par les CRS avant que celle-ci n’explose dans sa main. Une témoin conteste formellement cette version : « Il ne l’a pas ramassée, il l’a reçue sur sa main. »
Le procureur de la République de Béthune, Étienne Thieffry, ne tranche pas à ce stade. « Je ne suis pas en mesure de dire formellement si le lycéen a ramassé la grenade ou si elle a été jetée sur lui. » L’enquête devra notamment déterminer la trajectoire de l’engin, les circonstances de son utilisation et les gestes du lycéen dans les secondes précédant l’explosion.
Le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch, a confirmé la gravité de la blessure : « Malheureusement, nous avons eu un lycéen qui a été blessé gravement au cours d’une manifestation, un lycéen de 15 ans qui a vu sa main arrachée. »
Une enquête de l’IGPN ouverte
Une enquête a été ouverte et confiée à l’Inspection générale de la police nationale. Elle devra reconstituer précisément les événements et déterminer dans quelles conditions la grenade a été utilisée.
Le préfet du Pas-de-Calais et le maire de Lens se sont rendus sur place. L’événement intervient en pleine crise des lycées, alors que plusieurs centaines d’établissements sont fermés ou perturbés ce lundi 5 octobre.
Les tensions autour des opérations de maintien de l’ordre accompagnent depuis plusieurs jours le mouvement. À Reims, un homme en civil filmé au milieu des lycéens en train de lancer un projectile a finalement été identifié comme un policier de la BAC. Le procureur de Reims avait précisé qu’il avait lancé une grenade fumigène dans le cadre d’une opération de maintien de l’ordre.
413 lycées touchés ce lundi
La mobilisation se poursuit dans toute la France. Selon le ministère de l’Éducation nationale, 413 établissements ont fait ou font l’objet d’actions ou de perturbations ce lundi. Une nouvelle journée de mobilisation est prévue mardi 6 octobre.
La crise provoque également un affrontement politique. Manuel Bompard accuse le gouvernement d’être responsable de la situation tandis que le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray estime que le mouvement lycéen a été « volé par des gens violents ». De son côté, Sophie Binet critique la fermeture des lycées et réclame davantage de moyens pour l’Éducation nationale.
À Lens, l’enquête doit maintenant répondre à une question : le lycéen de 15 ans a-t-il saisi la grenade, comme l’indiquaient les premiers éléments, ou l’a-t-il reçue directement sur la main, comme l’affirment des témoins présents à ses côtés ?

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