La journée de grève et de manifestations de ce jeudi a rassemblé près de 600.000 personnes dans toute la France, selon un bilan provisoire du ministère de l’Intérieur. Des cortèges importants ont défilé à Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Nantes, Bordeaux et dans de nombreuses autres villes pour réclamer des augmentations de salaires, défendre les services publics et dénoncer la dégradation du pouvoir d’achat. Si la plupart des rassemblements se sont déroulés dans le calme, plusieurs villes ont connu des affrontements. À Lyon, 40 personnes ont été blessées, dont 34 membres des forces de l’ordre, et 24 personnes ont été interpellées. À Paris, Raphaël Glucksmann a quitté la manifestation après avoir été pris à partie par des militants.
Près de 600.000 manifestants dans toute la France
La mobilisation nationale a réuni plusieurs centaines de milliers de salariés, fonctionnaires, enseignants, étudiants, lycéens et retraités. Plus de 220 actions avaient été annoncées par les autorités, tandis que la CGT avait recensé environ 260 rassemblements prévus sur l’ensemble du territoire.
À la mi-journée, le ministère de l’Intérieur comptabilisait déjà 270.000 manifestants dans 180 cortèges, sans compter Paris. La CGT revendiquait pour sa part plus de 250.000 participants dans 73 villes à 13 heures, avant la prise en compte de nombreuses manifestations organisées dans l’après-midi.
Les organisations syndicales réclament des revalorisations salariales, des moyens supplémentaires pour les services publics, des mesures en faveur de l’emploi et une amélioration des conditions de travail. Dans l’Éducation nationale, les revendications concernent également les effectifs, les moyens accordés aux établissements et les réformes du système éducatif.
À Paris, Raphaël Glucksmann pris à partie par des militants
Dans la capitale, le cortège principal s’est élancé de la place de la République vers 14h10, en direction de Nation, après une minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat raciste de Trappes.
La manifestation a également été marquée par des tensions politiques. Raphaël Glucksmann, candidat de Place publique à l’élection présidentielle de 2027, a été pris à partie par des militants hostiles à sa présence. Le responsable politique a finalement quitté la manifestation après avoir été bloqué place de la République.
Plus tôt dans la journée, il avait répondu aux critiques visant sa participation au rassemblement : « S’il y a des militants politiques qui sont hostiles à notre présence, je m’en contrefous. »
Des tensions ont également opposé des groupes de manifestants aux forces de l’ordre dans plusieurs secteurs de la capitale. Des cortèges non déclarés ont été dispersés ou redirigés vers la place de la République. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés lors d’affrontements avec des manifestants.
Le parcours du cortège parisien avait fait l’objet de discussions entre les syndicats et la préfecture de police. Plusieurs commerces situés sur l’itinéraire avaient protégé leurs vitrines avec des panneaux de bois par crainte de dégradations.
À Lyon, 40 blessés, dont 34 policiers et gendarmes, et 24 interpellations
C’est à Lyon que l’un des bilans les plus lourds de la journée a été enregistré. Selon la préfecture du Rhône, les affrontements ont fait 40 blessés, dont 34 membres des forces de l’ordre.
Un groupe d’environ 500 personnes constituées en black bloc s’est placé en tête du cortège. Des individus ont commis des dégradations et affronté les policiers et les gendarmes chargés de sécuriser la manifestation.
Cinq commerces ont été dégradés. Les violences ont conduit à 24 interpellations.
La manifestation avait pourtant rassemblé une très grande majorité de participants pacifiques, venus notamment soutenir la mobilisation lycéenne et défendre les services publics. Les autorités ont fait état d’environ 20.500 manifestants dans les rues de Lyon.
Le parcours avait été modifié avant la manifestation, la préfecture ayant interdit le passage dans l’hypercentre. Cette décision avait été confirmée par la justice administrative.
Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes : une mobilisation dans les grandes villes
À Marseille, les syndicats ont annoncé une participation particulièrement importante. La CGT des Bouches-du-Rhône a revendiqué 150.000 manifestants, un chiffre distinct du décompte des autorités. Le cortège, initialement prévu jusqu’à la place Castellane, s’est prolongé vers le boulevard Périer en raison de son importance.
À Toulouse, la journée a été marquée par des tensions dès la matinée autour de plusieurs établissements scolaires. Un incendie a notamment touché un lycée, entraînant une évacuation. Le parcours de la manifestation a également provoqué un bras de fer entre les syndicats et la préfecture, qui avait interdit le passage dans certaines artères du centre-ville.
À Bordeaux, un accord a finalement été trouvé sur un itinéraire permettant de manifester dans le centre-ville, tout en maintenant des restrictions dans les principales rues commerçantes.
À Nantes, des cortèges importants ont également défilé, avec une forte présence de jeunes manifestants. Des rassemblements ont aussi été organisés à Lille, Rennes, Strasbourg, Clermont-Ferrand, Caen, Chambéry, Bayonne, Toulon et Saint-Brieuc.
À Rennes, des jets de boules de pétanque ont été signalés. À Pau et à Orléans, des projectiles ont visé des personnels d’établissements et des membres des forces de l’ordre.
À Tours, 16.200 manifestants selon la police
À Tours, la mobilisation a réuni 16.200 personnes selon la police, contre plus de 20.000 revendiquées par les organisations syndicales. La participation a dépassé celle du rassemblement du 31 octobre, qui avait attiré environ 12.000 personnes.
Le cortège a rejoint l’hôtel de ville dans le calme. Un important dispositif de CRS avait été positionné à l’entrée de la rue Nationale, principale artère commerçante du centre-ville.
Quelques tirs de mortiers ont toutefois été entendus à proximité d’un petit groupe de manifestants masqués, sans remettre en cause le déroulement globalement pacifique du rassemblement.
Écoles, transports, fonction publique : des perturbations dans plusieurs secteurs
La grève a également perturbé le fonctionnement de plusieurs services publics. Dans la fonction publique d’État, le taux de grévistes atteignait 9,89% à la mi-journée, contre 4,60% dans la fonction publique territoriale et 3,93% dans la fonction publique hospitalière.
Dans l’Éducation nationale, des établissements ont été fermés ou perturbés. Les enseignants et les lycéens ont participé aux cortèges pour réclamer davantage de moyens et dénoncer les suppressions de postes ainsi que les conditions d’enseignement.
À la SNCF, les quatre principales organisations syndicales avaient appelé à la grève. Plusieurs lignes de trains de banlieue ont connu des suppressions de circulations, notamment en Île-de-France. Le trafic de la RATP est resté globalement normal sur les métros, bus et tramways, à l’exception de certaines perturbations sur le RER B.
La tour Eiffel a également été fermée en raison du mouvement social.
70.000 policiers et gendarmes mobilisés dans tout le pays
Face aux risques de violences et de dégradations, le ministère de l’Intérieur avait déployé 70.000 policiers et gendarmes sur l’ensemble du territoire.
Le dispositif comprenait notamment 110 unités de forces mobiles, des effectifs spécialisés du RAID, de la BRI et du GIGN, ainsi que des drones, des hélicoptères, des unités cynophiles, des brigades équestres, 26 blindés Centaure et une quinzaine d’engins lanceurs d’eau.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait annoncé la veille une réponse d’une « extrême fermeté » en cas de violences.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, avait de son côté appelé le gouvernement à répondre aux revendications salariales et sociales. « Ce n’est pas avec des mesures sécuritaires qu’on va mettre fin aux manifestations, c’est en répondant aux revendications », avait-elle déclaré.
Les syndicats envisagent désormais de nouvelles actions, avec des appels à reconduire les grèves et les blocages dès ce vendredi, puis à organiser d’autres manifestations samedi. Le bilan national des interpellations et des blessés reste susceptible d’évoluer avec la fin des derniers rassemblements.









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