SOCIÉTÉ Manifestations et conflits sociaux

Mobilisation des lycéens: habillé comme un casseur, un adulte lance un projectile et fuit la caméra. La rumeur d’un policier en civil enfle

Mobilisation des lycéens: habillé comme un casseur, un adulte lance un projectile et fuit la caméra. La rumeur d’un policier en civil enfle
Mobilisation des lycéens: habillé comme un casseur, un adulte lance un projectile et fuit la caméra. La rumeur d’un policier en civil enfle

Une vidéo tournée vendredi à Reims, en pleine mobilisation lycéenne, provoque de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Les images montrent un homme adulte, habillé comme certains des casseurs présents autour des lycées, lancer un projectile avant de s’éloigner rapidement lorsque la caméra se tourne vers lui. Depuis la diffusion de la vidéo, une rumeur prend de l’ampleur : l’homme pourrait être un policier en civil infiltré au milieu du rassemblement.

Cette version est notamment alimentée par Anthony Smith, député européen de La France insoumise, qui a diffusé la vidéo en la présentant directement comme une scène de « violence policière en direct contre des lycéens » et en dénonçant « ces violences et provocations policières ». Mais aucune confirmation officielle permettant d’identifier formellement l’homme comme un policier n’a été rendue publique à ce stade.

Habillé comme les casseurs, il lance un projectile puis s’éloigne devant la caméra

Sur les images, rien ne permet de distinguer immédiatement cet homme des personnes en civil présentes autour de lui. Il ne porte pas d’uniforme visible. Vêtu d’un jean, de vêtements sombres et de baskets, avec un sac à dos, il adopte une apparence similaire à celle de certains individus impliqués dans les affrontements autour des lycées.

La scène est brève. L’homme effectue un lancer, puis remarque la personne qui le filme. Il s’éloigne alors rapidement tandis que la caméra continue de le suivre.

C’est cette attitude, ajoutée à sa tenue et aux affirmations diffusées sur les réseaux sociaux, qui alimente la rumeur d’un policier en civil. Certains internautes vont plus loin et présentent déjà l’homme comme un fonctionnaire de police « déguisé » en jeune. Cette identification n’est toutefois accompagnée d’aucun élément permettant, pour l’instant, de connaître son identité ou son éventuelle unité.

Anthony Smith, présent à Reims vendredi, ne présente pour sa part pas la scène comme une simple hypothèse. « Violence policière en direct contre des lycéens aujourd’hui à Reims. Honte à ces violences et provocations policières », a écrit l’eurodéputé LFI en diffusant les images.

La présence de casseurs au milieu des lycéens, un vrai problème

La vidéo apparaît alors que les mobilisations autour des lycées ont profondément changé de physionomie au fil de la semaine. Les revendications initiales des élèves sur leurs conditions d’études ont été accompagnées dans plusieurs villes d’incendies, de dégradations, de jets de projectiles et d’affrontements avec les forces de l’ordre.

À Reims, des lycéens reconnaissent eux-mêmes avoir perdu la maîtrise de leur mobilisation. « On nous a volé notre mouvement », expliquaient certains vendredi devant le lycée Clémenceau, alors que des personnes extérieures aux établissements avaient rejoint les rassemblements.

Le procureur de la République de Reims, François Schneider, constate lui aussi une évolution très nette du profil des personnes interpellées. Sur 50 personnes placées en garde à vue en deux jours et demi, 28 étaient mineures. Le magistrat relève surtout « qu’au fur et à mesure, il y a de moins en moins de mineurs et de plus en plus de majeurs ».

Il décrit également une radicalisation des événements, avec des groupes se déplaçant d’un établissement à l’autre et le passage « des revendications à de la casse volontaire ».

Des lycéens au milieu d’une bataille devenue politique

Les rassemblements sont également devenus un enjeu politique national. Les organisations lycéennes et étudiantes ont appelé vendredi à poursuivre le mouvement après leur rencontre avec le ministre de l’Éducation nationale, Edouard Geffray. L’Union syndicale lycéenne appelle notamment à rejoindre la nouvelle journée de mobilisation du mardi 6 octobre, également soutenue par la CGT et Solidaires.

Le gouvernement accuse parallèlement La France insoumise et certains groupes d’ultragauche d’attiser la mobilisation. Sébastien Lecornu a ainsi mis en cause LFI et ses « proxys de l’ultragauche ». Une note de la Direction du renseignement de la préfecture de police portant sur la Seine-Saint-Denis relève effectivement l’implication de militants d’extrême gauche, tout en décrivant un mouvement lycéen initialement éclaté et largement spontané.

Jean-Luc Mélenchon conteste catégoriquement ces accusations. « Nous ne permettons pas qu’on nous accuse de cette manière », a-t-il répondu, en affirmant que la mobilisation était née de conditions échappant aux organisations politiques.

La question de l’instrumentalisation politique des lycéens se retrouve donc au centre de l’affrontement entre gouvernement et opposition, tandis que les images de violences se multiplient autour des établissements.

Anthony Smith accuse directement la police

À Reims, Anthony Smith assume pleinement son soutien au mouvement. Quelques heures avant de diffuser la vidéo de l’homme en civil, l’eurodéputé LFI expliquait avoir rencontré « une jeunesse mobilisée, joyeuse et qui demande à être écoutée et respectée ».

« Tous les élus de la République devraient être à ses côtés », ajoutait-il, avant d’appeler à participer à la manifestation du 6 octobre.

Lorsqu’il publie ensuite la vidéo de l’homme lançant un projectile, son interprétation est immédiate : il s’agirait d’une « violence policière » et d’une « provocation policière ». Sur les réseaux sociaux, certains reprennent cette accusation et affirment que des policiers seraient habillés comme les jeunes présents dans les affrontements.

À Belfort, un policier était bien présent en civil au milieu des affrontements

L’hypothèse trouve également un écho dans une autre scène survenue le même jour, mais à plusieurs centaines de kilomètres de Reims. À Belfort, la présence d’un policier en civil au milieu d’un rassemblement lycéen est, cette fois, formellement établie.

Un officier d’un service de renseignement, venu en renfort lors du blocage du lycée Courbet, a été violemment projeté au sol puis roué de coups. Il suivait avec plusieurs collègues un groupe soupçonné d’avoir commis des infractions et venait de procéder à une interpellation lorsqu’il a été attaqué.

Cet épisode confirme que des fonctionnaires en civil peuvent effectivement être déployés au milieu ou à proximité de ce type de rassemblements. Il ne permet en revanche pas, à lui seul, d’identifier l’homme filmé à Reims.

À Reims, l’identité de l’homme reste la question centrale

La vidéo rémoise réunit ainsi plusieurs éléments qui expliquent son importante diffusion : un adulte habillé comme certains casseurs présents autour des lycées, un projectile lancé au milieu d’une journée marquée par les affrontements, puis un départ rapide lorsque l’homme comprend qu’il est filmé.

À cela s’ajoute désormais une accusation politique directe. Un député européen présente publiquement la scène comme une intervention policière, tandis que des internautes affirment que l’homme serait un fonctionnaire en civil.

Une question reste donc entière : qui est réellement cet homme ?

Pour l’instant, aucune identification officielle rendue publique ne permet de confirmer qu’il appartient à la police. Mais si cette information venait à être établie, la vidéo changerait évidemment de dimension : elle montrerait alors un policier en civil, habillé comme certains casseurs présents au milieu des lycéens, en train de lancer lui-même un projectile avant de quitter les lieux sous l’œil d’une caméra.

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