C’est un véritable séisme dans l’histoire de la gauche française. Pour la première fois depuis la naissance du Parti socialiste moderne en 1969, aucun de ses membres ne portera les couleurs du PS à l’élection présidentielle. En remportant largement la primaire sociale-démocrate ce dimanche 11 octobre, avec 66,13 % des suffrages, Raphaël Glucksmann, président de Place publique et non membre du Parti socialiste, devient le candidat soutenu par les socialistes pour 2027. Une victoire qui marque une rupture historique pour une formation ayant donné deux présidents à la Ve République, François Mitterrand et François Hollande.
Le symbole est considérable. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a été sèchement battu, ne recueillant que 14,48 % des voix, très loin derrière Raphaël Glucksmann, largement vainqueur avec 66,13 % des suffrages, soit 79 613 voix. Les trois autres candidats terminent également loin derrière : Ségolène Royal obtient 7,62 %, Emmanuel Maurel 5,92 % et Jérôme Guedj 5,83 %. Le fondateur de Place publique s’impose ainsi dès le premier tour et devient le candidat de la gauche sociale-démocrate pour la présidentielle de 2027. Le Parti socialiste, qui a longtemps constitué la principale force de gouvernement à gauche, devra désormais soutenir un candidat qui n’appartient pas à ses propres rangs. Une situation historique qui pose ouvertement la question de son identité, de son autonomie et de son avenir politique.
De Gaston Defferre à Anne Hidalgo, plus d’un demi-siècle de candidatures socialistes
Depuis sa fondation en 1969, le Parti socialiste avait toujours présenté un candidat issu de ses rangs à l’élection présidentielle. La liste raconte à elle seule une grande partie de l’histoire politique de la Ve République.
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1969 : Gaston Defferre, candidat de la SFIO devenue le nouveau Parti socialiste, obtient 5,01 % des suffrages.
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1974 : François Mitterrand, candidat du PS et de l’union de la gauche, recueille 49,19 % au second tour face à Valéry Giscard d’Estaing.
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1981 : François Mitterrand remporte l’élection présidentielle avec 51,76 % des voix et devient le premier président socialiste de la Ve République.
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1988 : François Mitterrand est réélu avec 54,02 % des suffrages face à Jacques Chirac.
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1995 : Lionel Jospin représente le PS et atteint le second tour, où il obtient 47,36 % face à Jacques Chirac.
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2002 : Lionel Jospin est éliminé dès le premier tour avec 16,18 % des voix, derrière Jean-Marie Le Pen.
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2007 : Ségolène Royal atteint le second tour et recueille 46,94 % face à Nicolas Sarkozy.
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2012 : François Hollande remporte la présidentielle avec 51,64 % des voix face à Nicolas Sarkozy.
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2017 : Benoît Hamon, vainqueur de la primaire socialiste, obtient 6,36 % des suffrages au premier tour.
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2022 : Anne Hidalgo, maire socialiste de Paris, ne recueille que 1,75 % des voix, un résultat historiquement faible pour le parti.
Il faut toutefois apporter une précision historique : en 1965, François Mitterrand avait déjà représenté la gauche avec le soutien de la SFIO sans appartenir à ce parti. Le Parti socialiste actuel n’existait pas encore sous sa forme moderne. La rupture de 2027 est donc inédite depuis 1969, plutôt que depuis la naissance de la Ve République en 1958.
De parti présidentiel à simple soutien d’un autre mouvement ?
L’évolution est spectaculaire. En 1981, le Parti socialiste était suffisamment puissant pour porter François Mitterrand à l’Élysée. En 2012, il disposait encore d’un président de la République, d’une majorité parlementaire et d’un important réseau d’élus locaux. Quinze ans plus tard, il ne parvient même plus à imposer l’un de ses propres responsables comme candidat à la présidentielle.
La victoire de Raphaël Glucksmann constitue aussi un désaveu pour Olivier Faure. Le premier secrétaire, qui avait longtemps défendu une stratégie d’union de la gauche incluant La France insoumise, est battu par un candidat ayant fait de la rupture avec Jean-Luc Mélenchon l’une de ses principales orientations politiques. Les électeurs de la primaire ont donc non seulement choisi une personnalité extérieure au PS, mais également une ligne stratégique différente de celle défendue par sa direction.
Raphaël Glucksmann doit désormais rassembler les différentes sensibilités de la gauche sociale-démocrate, tout en faisant face à la candidature de Jean-Luc Mélenchon et à l’éventuelle entrée en lice de François Hollande.

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