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BFMTV : plus de 160 salariés dénoncent une «banalisation des idées d’extrême droite» et interpellent leur direction

BFMTV : plus de 160 salariés dénoncent une «banalisation des idées d’extrême droite» et interpellent leur direction
BFMTV : plus de 160 salariés dénoncent une «banalisation des idées d’extrême droite» et interpellent leur direction

La contestation est venue de l’intérieur de BFMTV. Plus de 160 salariés de Nextprod, travaillant notamment en régie, à la production, sur le terrain et à la technique, ont signé une lettre ouverte adressée à la direction de la chaîne et à celle du groupe CMA Médias. Ils dénoncent une « banalisation progressive des idées d’extrême droite » à l’antenne, accusent leurs dirigeants de laxisme et réclament un changement de ligne éditoriale.

Les signataires affirment également subir les conséquences de cette programmation dans leur travail quotidien. Ils évoquent des insultes, des intimidations et des agressions visant les équipes de terrain, certains journalistes étant désormais contraints de dissimuler le logo de leur micro pour éviter d’être pris à partie.

Une dérive idéologique dénoncée par les salariés

Dans leur courrier, les salariés mettent directement en cause la place accordée à certains invités, chroniqueurs et éditorialistes politiques. Ils reprochent à BFMTV de laisser se développer des discours qu’ils jugent réactionnaires et racistes, sans contradiction suffisante : « Nous dénonçons l’installation et la banalisation progressive des idées d’extrême droite par la voix d’invités multicondamnés, de chroniqueurs, ou d’éditorialistes politiques aux propos réactionnaires et racistes rarement encadrés ou contredits. »

Ils critiquent également le traitement des manifestations, estimant que les images de violences et de pillages occupent une place excessive par rapport aux revendications des manifestants. Le courrier mentionne un rappel à l’ordre de l’Arcom concernant la couverture de ces événements.

Les salariés dénoncent aussi la diffusion de discours associant immigration, origines, religions et criminalité, ainsi que la présence à l’antenne de théories comme celles du « Grand Remplacement » ou des « Français de souche ».

Des journalistes insultés et contraints de cacher leur identité professionnelle

Au-delà des critiques éditoriales, les signataires décrivent une dégradation de leurs conditions de travail. Ils affirment que l’image de BFMTV provoque une hostilité croissante envers les équipes envoyées sur le terrain, y compris lorsque celles-ci n’ont aucune responsabilité dans les choix de programmation : « L’hostilité est devenue quotidienne, nourrie par le rejet d’une antenne dont nous mesurons la toxicité. Partir en reportage la peur au ventre est inacceptable. »

Ils expliquent que certains collaborateurs cachent désormais le nom de leur chaîne pour se protéger et refusent que les salariés soient tenus collectivement responsables des décisions de leur direction.

Le courrier fait également référence à l’attentat de Trappes du 23 octobre, cité par les signataires pour rappeler que le racisme ne saurait être considéré comme une simple opinion.

La direction de BFMTV sommée de revoir ses choix

Les auteurs de la lettre contestent l’idée selon laquelle les décisions éditoriales de BFMTV seraient sans conséquence sur la perception de la chaîne à l’extérieur : « Prétendre que “BFM n’est pas détestée” et que nos choix de programmation n’ont pas d’impact sur l’image que nous renvoyons à l’extérieur serait au mieux malhonnête intellectuellement, au pire dangereux. »

Ils demandent à leurs dirigeants de prendre leurs responsabilités et d’envisager « un rééquilibrage éditorial qui renoue avec l’éthique, la rigueur et le respect de la déontologie journalistique ».

Le document porte la signature collective des équipes permanentes et intermittentes de Nextprod. Selon ses auteurs, plus de 160 salariés l’ont signé.

La lettre ouverte intégrale des salariés de Nextprod

« À l’attention de la Direction de BFMTV et de la Direction Générale du Groupe CMA Médias.

Nous, salariés de Nextprod, en régie, sur le terrain, à la production, à la technique ou à l’infographie ; permanents et intermittents, si nous vous écrivons aujourd’hui c’est parce que la situation éditoriale de nos antennes, et BFMTV plus particulièrement, nous préoccupe fortement.

Si nous ne pouvons que constater que BFMTV laisse de plus en plus de place à l’opinion ou au débat d’idées, c’est bien la lente dérive idéologique des opinions exposées qui nous inquiète. Vous invoquez le pluralisme, nous dénonçons l’installation et la banalisation progressive des idées d’extrême droite par la voix d’invités multicondamnés, de chroniqueurs, ou d’éditorialistes politiques aux propos réactionnaires et racistes rarement encadrés ou contredits.

Quand, depuis des semaines, les images de violences et de pillages inondent notre antenne au détriment des revendications des manifestants – l’ARCOM nous a d’ailleurs rappelé à l’ordre à ce sujet ; quand, depuis plusieurs mois, les discours associant immigration, origines, religions et criminalité sont monnaie courante et contribuent à entretenir des amalgames dangereux ; quand des théories racistes et complotistes telles que celles du “Grand Remplacement” ou des “Français de souche” sont défendues par des invités en plateau ; quand les termes “racailles” ou “sauvages” sont employés pour désigner les jeunes de banlieue, et ce sans contradiction ou condamnation ferme à l’antenne ; c’est l’image de notre chaîne que vous dégradez. Laisser faire participe à la propagation d’idées haineuses dans la société et à l’identification de BFMTV comme un canal de diffusion bien trop laxiste, d’autant plus à l’ère des réseaux sociaux et de la multidiffusion d’extraits.

Comme l’ont rappelé à juste titre les syndicats du groupe dans un communiqué récent, le racisme n’est pas une opinion, il tue. En atteste l’attentat de Trappes survenu le 23 octobre dernier. Le pluralisme ne doit pas se résumer à donner la parole à tous les courants : il implique aussi un contrôle de nos antennes et le rétablissement de limites entre opinions politiques et propos tombant sous le coup de la loi.

Prétendre que “BFM n’est pas détestée” et que nos choix de programmation n’ont pas d’impact sur l’image que nous renvoyons à l’extérieur serait au mieux malhonnête intellectuellement, au pire dangereux.

Malhonnête intellectuellement car, si le “BFM bashing” a toujours existé, nous ne pouvons être sourds aux accusations grandissantes à notre encontre et ne pas faire un lien évident avec les propos tenus en plateau. Dangereux car nos collègues sur le terrain, qu’ils soient journalistes ou techniciens, sont, aujourd’hui plus que jamais, invectivés, insultés, agressés. L’hostilité est devenue quotidienne, nourrie par le rejet d’une antenne dont nous mesurons la toxicité. Partir en reportage la peur au ventre est inacceptable. En arriver, ces derniers jours, à devoir cacher nos noms à l’antenne pour nous protéger est inacceptable.

Si nous condamnons fermement ces agressions, nous refusons que des salariés de notre groupe soient pris à partie ou rendus collectivement responsables des choix éditoriaux de leur direction.

Ces manquements ont également un impact non négligeable sur nos vies personnelles. Nombre d’entre nous se sentent obligés de mentir sur l’endroit où ils travaillent par peur des critiques, des moqueries ou des insultes. Nous aimons nos métiers, nous sommes fiers de notre savoir-faire et de notre capacité à fabriquer l’information, mais nous ne devrions jamais avoir à rougir de l’entreprise pour laquelle nous travaillons.

La direction de BFMTV a une responsabilité envers ses salariés et la société, elle doit l’assumer pleinement.

C’est pourquoi nous demandons à la direction de prendre enfin la pleine mesure de cette situation, et d’envisager un rééquilibrage éditorial qui renoue avec l’éthique, la rigueur et le respect de la déontologie journalistique.

En espérant avoir été entendus, compris, et qu’une véritable prise de conscience voie le jour.

Les équipes permanentes et intermittentes de Nextprod »

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