Tout le monde en France n’est visiblement pas un grand partisan de la liberté d’expression. Lorsqu’une chaîne de télévision ne plaît pas, chacun reste libre de ne pas la regarder. Toujours est-il que la pétition réclamant la fermeture de CNews a franchi ce lundi le cap des 500 000 signatures sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale. Lancée le 10 juin dernier, cette « initiative citoyenne » demande le retrait de l’autorisation de diffusion sur la TNT de la chaîne d’information du groupe Canal+, contrôlé par Vincent Bolloré. Avec ce nouveau seuil, le texte pourrait désormais faire l’objet d’un débat dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.
Plus de 450 000 signatures gagnées en quelques jours
La pétition, déposée par un citoyen nommé Lucas Massoni sous le numéro 5820, est longtemps restée relativement confidentielle. Mercredi 28 octobre, elle comptait encore environ 45 000 signatures. Elle a ensuite franchi les 100 000 signatures jeudi, les 200 000 vendredi, puis les 300 000 samedi 31 octobre. Dimanche, elle dépassait déjà les 420 000 soutiens, avant de franchir la barre du demi-million ce lundi.
Cette forte mobilisation a coïncidé avec les réactions politiques à l’attentat raciste commis le 23 octobre à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines, qui a fait un mort et sept blessés. Plusieurs responsables politiques de gauche ont alors directement mis en cause CNews, accusant certains de ses programmes de favoriser la banalisation des discours hostiles aux immigrés et aux musulmans.
Le sénateur écologiste Yannick Jadot a notamment réclamé un durcissement des sanctions contre CNews, allant jusqu’à proposer des suspensions temporaires d’antenne pour les chaînes diffusant des propos racistes. Le député LFI Thomas Portes a également appelé à la fermeture de CNews, accusant la chaîne de contribuer à un climat de haine contre les musulmans.
« CNews n’est pas une chaîne d’information. C’est une machine de propagande »
Le texte de la pétition attaque directement la ligne éditoriale de CNews. Dès son introduction, Lucas Massoni affirme : « CNews n’est pas une chaîne d’information. C’est une machine de propagande. » Il dénonce la place accordée, selon lui, aux discours d’extrême droite, ainsi que les propos discriminatoires diffusés dans plusieurs émissions.
L’auteur avance notamment le chiffre de 27 rappels à l’ordre de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) depuis 2019 et de 630 000 euros d’amendes cumulées. Ces chiffres sont ceux présentés dans la pétition, qui regroupe différentes mesures du régulateur.
Parmi les affaires citées figure celle de Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, qui a déposé plainte contre CNews et deux intervenants après des propos qu’il juge racistes. La polémique avait éclaté après des commentaires de Jean Doridot et Michel Onfray concernant les premiers jours de mandat du nouvel élu. CNews avait alors contesté toute qualification raciste des propos diffusés sur son antenne.
La pétition évoque également plusieurs sanctions financières prononcées contre la chaîne, notamment pour des informations inexactes, des propos discriminatoires et des manquements aux obligations de rigueur et d’honnêteté de l’information.
Le retrait immédiat de la fréquence TNT réclamé
La pétition formule deux demandes précises : le retrait immédiat de la convention TNT de CNews et la fermeture de la chaîne.
Son auteur estime que les amendes infligées par l’Arcom ne sont pas suffisamment dissuasives pour un groupe de la puissance financière de celui de Vincent Bolloré. Il demande donc au régulateur de recourir à une mesure beaucoup plus radicale, en mettant fin à l’autorisation de diffusion de CNews.
La chaîne a déjà fait l’objet, en juin 2026, d’une mise en demeure de l’Arcom pour manquement à l’obligation de pluralisme des courants de pensée et d’opinion. Cette décision avait provoqué une vive réaction de Maxime Saada, patron du groupe Canal+, qui accusait le régulateur de vouloir tuer CNews.
Le dirigeant avait dénoncé une ingérence dans les choix éditoriaux de la chaîne, estimant que l’Arcom allait au-delà de sa mission de contrôle. CNews conteste régulièrement les accusations de parti pris idéologique et revendique sa liberté éditoriale.
CNews refuse de commenter cette « pétition politique »
Sollicitée après le franchissement des 500 000 signatures, la chaîne a refusé de réagir sur le fond. Elle a simplement indiqué : « Nous ne ferons pas de commentaires sur cette pétition politique. »
Cette mobilisation a ravivé les tensions entre CNews et une partie de la gauche, qui réclame depuis plusieurs années un contrôle plus strict des contenus diffusés par la chaîne. À l’inverse, ses défenseurs considèrent les demandes de fermeture comme une attaque contre la liberté d’expression et le pluralisme des médias.
La question de la disparition d’une chaîne du groupe Canal+ de la TNT a déjà fait l’objet d’un précédent avec C8. En 2024, une pétition de soutien à C8 avait dépassé les 600 000 signatures, sans empêcher la perte de son autorisation de diffusion sur la TNT à l’issue de la procédure de renouvellement.
Un débat possible à l’Assemblée nationale, mais aucune fermeture automatique
Le franchissement des 500 000 signatures permet d’envisager un débat en séance publique à l’Assemblée nationale, à condition que les soutiens proviennent d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer. Le règlement de l’institution prévoit cependant plusieurs étapes avant qu’une pétition puisse être discutée dans l’hémicycle.
Le texte doit d’abord être examiné par la commission parlementaire compétente, en l’occurrence la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Celle-ci peut décider de le classer sans suite ou de l’examiner et de produire un rapport. La Conférence des présidents de l’Assemblée nationale peut ensuite décider d’organiser un débat en séance publique.
Cette procédure ne garantit donc aucun débat parlementaire. En juillet dernier, une pétition ayant dépassé les 500 000 signatures contre une proposition de loi relative à l’usage des armes par les forces de l’ordre avait ainsi été classée sans suite par la commission des lois.
Surtout, même si l’Assemblée nationale décidait de débattre de la pétition, elle ne pourrait pas ordonner directement la fermeture de CNews. Le retrait d’une autorisation de diffusion sur la TNT relève de l’Arcom, dans le cadre des procédures prévues par la loi, avec les garanties et les possibilités de recours correspondantes.
La pétition est accessible sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale. Sa date limite de recueil des signatures est fixée au 19 juin 2029.









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