Le gouvernement prévoit de réorienter environ 100 millions d’euros par an, jusqu’ici consacrés à cinq programmes de rénovation énergétique et de lutte contre la précarité. À partir de 2027, Toits d’Abord, Territoires zéro exclusion énergétique, Tims, Slime et une partie du programme Actee ne bénéficieront plus des mêmes financements issus des certificats d’économies d’énergie. Une décision qui inquiète les associations et les collectivités, alors que de nombreux ménages peinent toujours à financer leurs travaux de rénovation.
Le changement de cap a été confirmé le 20 octobre 2026. Le gouvernement souhaite désormais concentrer davantage les certificats d’économies d’énergie, appelés CEE, sur l’électrification des usages. Ce mécanisme impose aux fournisseurs d’énergie de financer des actions permettant de réduire la consommation énergétique. Il constitue depuis plusieurs années une source importante de financement pour les travaux dans les logements, mais également pour les initiatives de lutte contre la précarité énergétique. Selon les informations révélées par Politico et reprises par Économie Matin, environ 100 millions d’euros annuels, jusqu’ici répartis entre plusieurs programmes, devraient être réaffectés à d’autres priorités.
Le cabinet de Maud Bregeon, ministre chargée de l’Énergie, défend une réorientation destinée à renforcer l’électrification des bâtiments et la souveraineté énergétique française. Cette stratégie privilégie notamment le remplacement des équipements utilisant des énergies fossiles par des solutions électriques, comme les pompes à chaleur. Mais les associations concernées redoutent que cette nouvelle répartition des financements ne fragilise des dispositifs qui accompagnent directement les ménages modestes. La mesure ne signifie pas la disparition de toutes les aides à la rénovation énergétique, notamment MaPrimeRénov’, mais elle pourrait réduire les moyens de plusieurs programmes spécialisés.
Toits d’Abord : moins de moyens pour les logements très sociaux
Créé en 2012, le programme Toits d’Abord accompagne la production de logements très sociaux destinés aux personnes disposant de faibles ressources. Il contribue notamment au financement d’habitations relevant du prêt locatif aidé d’intégration, ou PLAI. Chaque année, entre 400 et 500 logements bénéficient d’un soutien d’environ 10 000 euros chacun, représentant un budget annuel compris entre quatre et cinq millions d’euros. Ce financement permet de soutenir des projets immobiliers combinant loyers accessibles et performance énergétique.
La perspective de sa suppression du dispositif CEE suscite de fortes inquiétudes au sein de la Fondation pour le Logement. Son directeur adjoint, Florian Huyghe, dénonce une décision qui risque de toucher directement les ménages les plus précaires. Les besoins restent pourtant considérables. Selon les données citées par les acteurs du secteur, 62 % des demandeurs de logements sociaux seraient éligibles aux logements PLAI, alors que leur part dans le parc social aurait diminué au cours des dernières années. Les associations craignent donc un ralentissement de la production de logements abordables et économes en énergie.
Slime et Tims : l’accompagnement des ménages fragilisé
Deux autres programmes concernés, Slime et Tims, interviennent directement auprès des personnes confrontées à des difficultés énergétiques. Portés notamment par le Réseau Cler, ils proposent des actions d’accompagnement visant à identifier les situations de précarité, à améliorer les pratiques de consommation et à faciliter l’accès aux solutions adaptées. Selon les chiffres avancés par leurs responsables, ces dispositifs ont accompagné plus de 300 000 personnes. Leur intervention repose sur une approche de proximité, souvent en lien avec les collectivités territoriales et les associations locales.
Le programme Slime permet notamment de repérer les ménages qui rencontrent des difficultés pour chauffer correctement leur logement ou payer leurs factures. Tims intervient davantage sur les questions de mobilité durable et inclusive, particulièrement dans les territoires où les déplacements représentent une dépense importante. La fin des financements CEE pourrait remettre en cause certaines actions locales, faute de ressources alternatives. Pour les associations, le risque est de voir disparaître des dispositifs qui ne se limitent pas à financer des équipements, mais accompagnent les personnes dans la durée.
Actee : la rénovation des écoles et bâtiments publics menacée
Le programme Actee constitue un autre dispositif touché par la réorientation budgétaire. Créé en 2019, il accompagne les collectivités dans la rénovation énergétique de leurs bâtiments, notamment les écoles. Selon les données communiquées par ses responsables, plus de 6 000 établissements scolaires ont déjà bénéficié de son soutien. Le programme devait initialement accompagner 12 500 écoles supplémentaires, mais un arrêté publié le 8 octobre 2026 aurait ramené cet objectif à 2 500 établissements, soit une réduction de 80 %.
Cette diminution inquiète les collectivités territoriales, qui doivent faire face à des dépenses importantes pour améliorer l’isolation, moderniser les systèmes de chauffage et adapter les bâtiments scolaires aux épisodes de chaleur. Guillaume Perrin, directeur d’Actee, dénonce un « contresens » au moment où les besoins de rénovation demeurent élevés. Selon les informations rapportées par Franceinfo, le programme pourrait être prolongé jusqu’au milieu de l’année 2027, mais sans bénéficier du même financement CEE. Cette évolution risque de limiter les capacités d’accompagnement technique et financier proposées aux communes.
Territoires zéro exclusion énergétique : un dispositif local remis en question
Le cinquième programme concerné, Territoires zéro exclusion énergétique, vise à accompagner les ménages les plus éloignés des dispositifs classiques de rénovation. Son objectif est de mobiliser les acteurs locaux afin de repérer les foyers en difficulté et de les aider à engager des travaux adaptés. Cette démarche repose sur un accompagnement personnalisé, particulièrement utile pour les personnes qui ne disposent ni des connaissances techniques ni des moyens financiers nécessaires pour entreprendre seules une rénovation énergétique.
La disparition du financement CEE pourrait fragiliser les structures locales engagées dans ce programme. Les ménages les plus précaires rencontrent souvent des obstacles qui dépassent le seul coût des travaux : complexité administrative, difficultés d’accès aux aides, logements dégradés ou impossibilité d’avancer les dépenses. Les associations estiment donc que le financement de nouveaux équipements ne peut pas remplacer entièrement l’accompagnement humain indispensable à la réussite de certains projets.
Une réorientation qui relance le débat sur la précarité énergétique
La décision gouvernementale intervient dans un contexte où la rénovation des logements constitue un enjeu économique, social et environnemental majeur. Une partie importante du parc immobilier français présente encore des performances énergétiques insuffisantes. Les logements mal isolés exposent leurs occupants à des factures élevées, particulièrement lorsque les prix du gaz, du fioul ou de l’électricité augmentent. Les ménages modestes sont souvent les plus vulnérables, car ils disposent de capacités d’investissement limitées pour améliorer leur habitation.
Le gouvernement mise sur l’électrification pour réduire la dépendance aux énergies fossiles et accélérer la transition énergétique. Mais les acteurs de terrain soulignent qu’une politique de rénovation ne peut pas se limiter au remplacement des systèmes de chauffage. L’isolation, l’accompagnement social, la rénovation des bâtiments publics et l’accès des plus modestes aux dispositifs de financement restent également essentiels. À partir de 2027, l’enjeu sera donc de déterminer si les nouveaux mécanismes permettront de maintenir ces missions ou si la réorientation des 100 millions d’euros entraînera un recul de l’accompagnement proposé aux ménages et aux collectivités.









Réagir à l’article
Soyez le premier à commenter cet article.