Un «sommet des cartels» à Porto Rico ? Natalie Ackermann, du cartel colombien à la tête de Miss Universe Colombie
Un «sommet des cartels» à Porto Rico ? Natalie Ackermann, du cartel colombien à la tête de Miss Universe Colombie

À chaque fois que Miss Universe est éclaboussée par les scandales, on pense qu’elle a a touché le fond. Mais a chaque fois, elle creuse encore ! L’organisation poursuit son invraisemblable descente aux enfers. Alors que son copropriétaire et président Raúl Rocha Cantú reste associé à une vaste affaire mexicaine mêlant crime organisé, cartels, trafic de drogue, trafic d’armes et contrebande de carburant, l’organisation vient de confier sa franchise colombienne à Natalie Ackermann.

Problème : le nom de cette ancienne reine de beauté était apparu en 2008 dans les investigations menées autour de Wilber Varela, alias « Jabón », chef du cartel colombien du Norte del Valle. Sa relation avec le narcotrafiquant avait alors été examinée par la justice colombienne. À ce rythme, la 75e édition de Miss Univers, organisée en novembre à Porto Rico, risque de ressembler moins à un concours de beauté qu’à un rassemblement des cartels du monde entier.

Natalie Ackermann récupère Miss Universe Colombia

La Miss Universe Organization a donc annoncé lundi la nomination de Natalie Ackermann au poste de directrice nationale de Miss Universe Colombia. Elle sera chargée de recruter les candidates, d’organiser leur sélection et de choisir la prochaine représentante colombienne au concours international.

Le communiqué présente une dirigeante expérimentée, reconnue pour sa connaissance de la marque et son parcours à la tête de la franchise. « Sa trajectoire reconnue, sa profonde connaissance de la marque Miss Universe et l’expérience acquise à la tête de l’organisation en Colombie ont été des facteurs déterminants pour cette désignation », affirme Miss Univers. L’organisation assure également que sa « vision stratégique », son « professionnalisme » et son « engagement envers l’excellence » permettront de renforcer la plateforme colombienne. Le texte déroule ainsi le vocabulaire habituel sur le leadership féminin, l’excellence et le rayonnement international. Mais il évite soigneusement l’épisode le plus encombrant du parcours de Natalie Ackermann : son nom cité dans un dossier directement lié à l’un des plus puissants narcotrafiquants colombiens des années 1990 et 2000.

Natalie Ackermann citée dans l’affaire du narcotrafiquant « Jabón »

Pour rappel, Wilber Varela, surnommé « Jabón », était une figure du narcotrafic. Ancien policier devenu chef du cartel du Norte del Valle, il a dirigé une organisation criminelle impliquée dans l’expédition massive de cocaïne vers les États-Unis et l’Europe. Il a été retrouvé assassiné au Venezuela en janvier 2008. Après sa mort, les autorités ont exploité des documents, des listes de contacts, des éléments comptables et différents fichiers récupérés dans des propriétés liées au capo.

Le nom de Natalie Ackermann apparaît alors parmi ceux de femmes issues du monde de la télévision, du mannequinat et des concours de beauté. Les enquêteurs cherchent à déterminer la nature exacte des relations entre Wilber Varela et plusieurs personnalités féminines connues en Colombie. Natalie Ackermann est appelée à s’expliquer sur un éventuel lien avec le narcotrafiquant, mais s’en sort sans poursuites. Son nom reste malgré tout entaché et lié au chef du cartel du Norte del Valle.

Les concours de beauté au cœur de l’univers de « Jabón »

Le dossier Wilber Varela avait mis au jour les liens étroits entretenus par le narcotrafiquant avec le milieu des mannequins, des actrices et des anciennes reines de beauté. Les enquêteurs s’étaient notamment intéressés à des paiements, des cadeaux, des logements, des véhicules et différents avantages qui auraient été accordés à certaines femmes de son entourage. Le capo était décrit comme un grand amateur de concours de beauté et disposait d’un vaste réseau de contacts dans cet univers.

C’est ce passé que la nomination de Natalie Ackermann ramène de façon fracassante au premier plan. Miss Univers ne pouvait pas ignorer que son nom était associé depuis des années, dans la presse colombienne, aux investigations menées après la mort de « Jabón ». L’organisation a pourtant choisi de la remettre à la tête de l’une de ses franchises les plus importantes, sans fournir la moindre explication sur cet épisode. Une nouvelle décision catastrophique pour une marque qui prétend encore défendre la transparence, la responsabilité et l’exemplarité.

Après « Jabón » en Colombie, Raúl Rocha au Mexique

Cette nomination est déjà embarrassante pour une organisation ordinaire. Elle devient hallucinante dans la situation actuelle de Miss Univers. Raúl Rocha Cantú, copropriétaire à 50% et président de la Miss Universe Organization, est associé au Mexique à une enquête ouverte pour des activités présumées de crime organisé. Le dossier porte notamment sur un réseau de trafic de drogue, de trafic d’armes et de contrebande de carburant entre le Guatemala et le Mexique.

Les enquêteurs soupçonnent l’existence d’une structure utilisant plusieurs entreprises et circuits commerciaux pour déplacer de l’argent, des armes et du carburant. Les comptes mexicains de Raúl Rocha ont été gelés par l’unité de renseignement financier chargée de la lutte contre le blanchiment. Une procédure concernant son arrestation a également connu plusieurs rebondissements judiciaires.

Au lieu de prendre ses distances avec tout ce qui pourrait rappeler le crime organisé, Miss Univers choisit donc une nouvelle directrice colombienne dont le nom avait figuré dans un dossier lié à un chef de cartel. En matière d’image, c’est dévastateur : le propriétaire mexicain est rattrapé par une affaire de trafic international, tandis que la nouvelle patronne colombienne ramène avec elle le nom de « Jabón » et du cartel du Norte del Valle.

Une organisation déjà engloutie sous les scandales

Miss Univers concours accumule les affaires à un rythme qui donne désormais l’impression d’un effondrement généralisé de sa gouvernance.

L’autre copropriétaire de l’organisation, la femme d’affaires thaïlandaise Anne Jakkaphong Jakrajutatip, a été visée par un mandat d’arrêt en Thaïlande dans une affaire de fraude liée à un investissement obligataire. Son groupe JKN Global, qui avait racheté Miss Univers en 2022 avant d’en céder la moitié à Raúl Rocha, a également été placé dans une procédure de restructuration de dette.

L’élection illégitime de Fátima Bosch en 2025 reste elle aussi entourée d’une violente polémique. Omar Harfouch, membre du jury, avait quitté le concours avant la finale en dénonçant l’existence d’un comité parallèle ayant participé au choix des finalistes sans les jurés officiellement annoncés. Il avait ensuite affirmé que la victoire de Miss Mexique était connue à l’avance et arrangée. Après le concours, d’autres membres du jury ont contesté le résultat ou déclaré ne pas avoir voté pour Fátima Bosch. Miss Univers a rejeté les accusations de trucage, mais sans convaincre personne.

À cette crise se sont ajoutés le retrait de Miss France, les tensions avec plusieurs organisations nationales et les critiques visant la gestion opaque des licences. Miss Univers prétend célébrer les femmes du monde entier, mais sa direction donne surtout l’image d’une structure occupée à gérer les affaires judiciaires de ses propriétaires et les contestations de ses propres jurés.

Ronald Day, un directeur accusé de harcèlement sexuel

Comme si les affaires de cartels et les soupçons de trucage ne suffisaient pas, Miss Universe a confié sa direction générale à Ronald Day, ancien puissant dirigeant de Telemundo publiquement accusé de harcèlement sexuel. José Fernández, ancien chroniqueur fitness de la télévision hispanophone américaine, affirme que Ronald Day lui aurait envoyé des photos et des vidéos sexuellement explicites, dont des images obscènes le mettant personnellement en scène, avant de l’inviter chez lui et de lui réclamer des faveurs sexuelles. Après avoir refusé et signalé les faits en interne, Fernández assure avoir été progressivement écarté des antennes d’Univision puis de Telemundo, perdant son badge, ses interventions télévisées et plusieurs projets professionnels.

Malgré ces accusations particulièrement lourdes, Ronald Day a été choisi pour diriger une organisation prétendant défendre les femmes et leur sécurité. Entre un copropriétaire mexicain rattrapé par des affaires de cartels, une directrice colombienne citée dans le dossier d’un puissant narcotrafiquant et un directeur général accusé de harcèlement sexuel, la gouvernance de Miss Universe ressemble désormais à un inventaire de tout ce qu’un concours se beauté devrait fuir.

Porto Rico transformé en sommet mondial des affaires de cartels

La 75e édition de Miss Univers doit réunir plus de 130 représentantes en novembre 2026 au Coliseo José Miguel Agrelot de San Juan, à Porto Rico. L’organisation promet une célébration historique de la beauté, de la culture et du leadership féminin. Mais après les affaires mexicaines de Raúl Rocha et le retour du dossier colombien de « Jabón » avec Natalie Ackermann, la prochaine édition tourne à la mauvaise plaisanterie. Plus c’est gros, plus ça passe !

À ce rythme, il faudra bientôt vérifier si les participantes arrivent avec une écharpe nationale ou une carte des territoires contrôlés. Mexique, Colombie, trafic de drogue, trafic d’armes, contrebande de carburant : pour son 75e anniversaire, Miss Univers semble avoir décidé de réunir sur une même scène toutes les références possibles au monde des cartels.

Porto Rico accueillera-t-elle un concours de beauté ou une réunion criminelle ? Là question est clairement posée !

Miss Univers pouvait profiter de cette édition anniversaire pour nettoyer sa gouvernance, rassurer les franchises nationales et reconstruire une crédibilité sérieusement endommagée. L’organisation fait exactement l’inverse. Elle conserve à sa tête Raúl Rocha malgré l’immense scandale mexicain. Elle ne parvient pas à éteindre les accusations entourant l’élection de 2025. Elle voit des organisations historiques comme Miss France lui tourner le dos. Et elle nomme désormais en Colombie une responsable dont le nom avait été cité dans les investigations sur l’entourage d’un chef de cartel. Le communiqué de nomination parle de professionnalisme, d’excellence et de confiance. La réalité est beaucoup plus sombre : après l’ombre des cartels mexicains, Miss Univers se retrouve désormais poursuivie par celle du cartel colombien du Norte del Valle.

Pour ses 75 ans, le concours rêvait d’une célébration mondiale à Porto Rico. Il est surtout en train de préparer le plus spectaculaire rassemblement d’affaires liées aux cartels jamais associé à une couronne de Miss Univers. Mais avec Raúl Rocha à sa tête, lui-même très proche de ces cartels, faut-il vraiment s’en étonner ?

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