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Ukraine : la BBC dénonce les enrôlements forcés en pleine rue, l’ex-porte-parole de Zelensky l’accuse d’envoyer des critiques au front

Ukraine : la BBC dénonce les enrôlements forcés en pleine rue, l’ex-porte-parole de Zelensky l’accuse d’envoyer des critiques au front
Ukraine : la BBC dénonce les enrôlements forcés en pleine rue, l’ex-porte-parole de Zelensky l’accuse d’envoyer des critiques au front

La BBC a consacré une enquête à la crise de la mobilisation en Ukraine, devenue l’un des sujets les plus explosifs du pays après plus de quatre années de guerre contre la Russie. Le média britannique décrit des hommes contrôlés dans la rue, parfois immobilisés et emmenés de force vers des centres de recrutement, tandis que les violences contre les agents chargés de la mobilisation se multiplient également.

Cette réalité fait écho aux accusations particulièrement lourdes formulées quelques semaines plus tôt par Ioulia Mendel, ancienne porte-parole de Volodymyr Zelensky, qui affirme que des Ukrainiens ont été envoyés au front parce qu’ils avaient critiqué le président. 

Le phénomène est désormais suffisamment connu en Ukraine pour avoir reçu un surnom : la « busification ». Il désigne ces opérations au cours desquelles des hommes en âge d’être mobilisés sont contrôlés dans l’espace public puis conduits, parfois sous la contrainte, dans des véhicules vers les centres territoriaux de recrutement.

Des hommes embarqués de force dans la rue

Les vidéos de ces opérations se sont multipliées sur les réseaux sociaux ukrainiens. On y voit régulièrement plusieurs agents entourer un homme, tenter de vérifier ses documents puis, dans certains cas, le maîtriser physiquement pour le faire monter dans un véhicule.

La BBC rapporte également les chiffres du commissaire ukrainien aux droits de l’homme : plus de 6.000 plaintes concernant les structures de recrutement ont été enregistrées en 2025, environ deux fois plus qu’un an auparavant. Elles portent notamment sur des accusations de violences physiques, de privation illégale de liberté et de conditions abusives dans certains centres. 

Un professeur exempté affirme avoir été poussé dans un véhicule et frappé

Parmi les témoignages recueillis figure celui de Kyrylo Ogdansky, professeur d’université à Dnipro bénéficiant d’une exemption de mobilisation. Il affirme avoir été abordé par un homme souhaitant contrôler sa situation militaire, avant d’être poussé dans un véhicule puis frappé au visage lorsqu’il a contesté les conditions du contrôle.

Il dit avoir passé deux semaines à l’hôpital et avoir ensuite déposé plainte. Il explique également avoir hésité avant de témoigner publiquement, craignant que son histoire soit utilisée par la propagande russe.

Ces accusations apparaissent alors que l’Ukraine tente parallèlement de réformer son système de conscription avec des contrats à durée déterminée et des rémunérations plus élevées⁠, afin de répondre à une pénurie persistante de soldats. 

À Lviv, près de 200 personnes s’opposent aux recruteurs

La tension ne se limite plus aux affrontements individuels. À Lviv, environ 200 personnes se sont rassemblées autour d’agents qui tentaient d’emmener un homme soupçonné de se soustraire à la mobilisation. Le véhicule des militaires a été endommagé puis renversé.

L’incident montre jusqu’où peut aller l’hostilité envers certains agents des centres territoriaux de recrutement. Des habitants interviennent désormais parfois directement lors des contrôles pour empêcher qu’un homme soit embarqué.

Plus de 600 agressions contre les agents chargés de la mobilisation

Les violences touchent aussi ceux qui doivent faire appliquer la mobilisation. Selon les chiffres de la police ukrainienne rapportés dans l’enquête de la BBC, plus de 600 agressions contre des recruteurs militaires ont été recensées. Certains ont été poignardés et l’un d’entre eux a été tué.

Vasyl Krupych, ancien combattant du Donbass ensuite affecté à une mission de recrutement, raconte avoir poursuivi deux hommes ayant refusé de présenter leurs documents. Il affirme avoir été frappé avec une barre métallique et avoir passé six semaines à l’hôpital. Le militaire s’interroge : « Pourquoi avons-nous combattu si des soldats peuvent maintenant être battus ? »

L’ancienne porte-parole de Zelensky va beaucoup plus loin

Mais les accusations les plus explosives sont venues d’une femme qui connaît directement le sommet du pouvoir ukrainien.

Ioulia Mendel a été porte-parole de Volodymyr Zelensky de 2019 à 2021. Elle a présenté sa démission au printemps 2021 avant de quitter officiellement ses fonctions en juillet. L’ancienne journaliste a ensuite publié en 2022 The Fight of Our Lives: My Time with Zelenskyy, Ukraine’s Battle for Democracy, and What It Means for the World, traduit en français sous le titre Le combat de nos vies

Depuis son départ, Mendel est devenue une critique de plus en plus virulente de son ancien patron. Dans un long entretien accordé en mai 2026 à Tucker Carlson, elle a directement abordé la mobilisation forcée. Sa déclaration est sans ambiguïté : « Je n’aurais jamais pensé que mon pays deviendrait un pays où les gens sont attrapés dans la rue et forcés à aller sur les lignes de front. » 

«Zelensky utilise le front comme une punition»

Ioulia Mendel va encore plus loin en affirmant que le pouvoir ukrainien aurait utilisé l’envoi au front comme un moyen de sanctionner certaines personnes. Elle déclare : « Zelensky utilise la ligne de front comme une punition. »

Lorsque Tucker Carlson lui demande s’il s’agit d’une « punition politique », l’ancienne porte-parole répond par l’affirmative et explique que Zelensky aurait lui-même évoqué publiquement l’idée d’envoyer au front ceux qui auraient « fait quelque chose de mal ». Puis elle formule l’accusation la plus grave : « Il y a des gens qui y sont envoyés simplement parce qu’ils critiquent Zelensky. »  Interrogée immédiatement sur sa connaissance personnelle de tels cas, elle cite notamment des membres des services de sécurité et évoque « quelques personnes » qui auraient subi ce traitement.

Une explosion des critiques contre Zelensky sur les réseaux sociaux

Mendel établit en revanche un lien beaucoup plus large entre la mobilisation, la colère populaire et la multiplication des critiques visant Zelensky sur les réseaux sociaux.

Elle décrit une véritable montée de la contestation sur Instagram et affirme que les Ukrainiens y expriment désormais beaucoup plus ouvertement leur rejet de la politique présidentielle. Dans un texte publié en juin, elle évoque une multiplication des critiques, du sarcasme et de la colère sur Instagram, TikTok, Telegram et YouTube.

Selon elle, les vidéos montrant des opérations de recrutement forcé alimentent directement cette contestation. Des femmes sont notamment filmées en train de s’opposer physiquement aux recruteurs pour empêcher l’interpellation de leurs maris ou de leurs fils. 

Dans son entretien avec Tucker Carlson, Mendel affirme à propos de cette contestation numérique : « Les Ukrainiens souffrent sous Zelensky. Ils ne soutiennent pas ce que Zelensky fait. » Elle raconte notamment avoir vu apparaître sur Instagram des vidéos tournant le président en dérision et des Ukrainiens brûlant des recueils de ses discours. 

Mendel dénonce désormais une « chasse aux hommes »

L’ancienne porte-parole n’a pas cessé ses critiques après cette interview. Cet été, elle a réagi à plusieurs nouvelles vidéos de mobilisation forcée. À propos d’une intervention à Odessa, elle a dénoncé ce qu’elle présente comme une transformation de la conscription en « chasse aux hommes ». Elle accuse les recruteurs de poursuivre des hommes dans les rues, de les extraire parfois de leur domicile et de les envoyer vers le front avec une préparation insuffisante. 

Quelques jours plus tard, après la diffusion d’images montrant un chauffeur extrait de son véhicule alors qu’il était en sous-vêtements, Mendel a écrit : « Ils ne demandent plus. Ils prennent, tout simplement. » Elle a qualifié la scène de « mobilisation forcée à l’ukrainienne »

Le manque d’hommes devient un problème central pour Kiev

Derrière ces violences et ces accusations se trouve une réalité militaire : l’Ukraine manque d’hommes. Après plus de quatre années de guerre à grande échelle, les forces ukrainiennes doivent simultanément remplacer les morts et les blessés, permettre une rotation des soldats engagés depuis longtemps et maintenir suffisamment d’effectifs sur plusieurs centaines de kilomètres de front.

Le volontariat ne suffit plus à répondre aux besoins de l’armée. La peur du front, la durée du conflit, l’absence de date claire de démobilisation et le nombre considérable de familles directement touchées par la guerre compliquent encore le recrutement. C’est précisément pour tenter de rendre le service militaire plus acceptable que Kiev a annoncé des contrats à durée déterminée et une augmentation des rémunérations⁠. 

« Tout le monde a peur de mourir »

La BBC décrit finalement un cercle devenu extrêmement difficile à briser. L’armée ukrainienne a besoin de nouveaux soldats, certains hommes cherchent par tous les moyens à éviter la mobilisation, des recruteurs utilisent parfois la force pour les conduire dans les centres militaires et, en retour, ces agents sont eux-mêmes confrontés à une violence croissante.

À cela s’ajoutent désormais les accusations politiques formulées par Ioulia Mendel : selon l’ancienne porte-parole de Zelensky, certains critiques du président auraient eux aussi été envoyés au front en guise de sanction. Cette affirmation reste contestée et son ampleur n’est pas établie, mais elle ajoute une dimension politique à une crise de la mobilisation déjà extrêmement tendue.

Vasyl Krupych, le soldat interrogé dans l’enquête de la BBC, résume beaucoup plus simplement la difficulté rencontrée par l’Ukraine pour trouver de nouveaux hommes : « Tout le monde a peur de mourir. »

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