Le roi Charles III a trouvé son détail favori dans la tapisserie de Bayeux. Lors de la visite en avant-première de l’exposition organisée au British Museum, à Londres, le souverain britannique a attiré l’attention d’Emmanuel Macron sur une scène bien particulière : celle montrant les préparatifs de Guillaume le Conquérant avant son départ pour l’Angleterre en 1066. Parmi les provisions transportées par les Normands figure du vin. Beaucoup de vin.
Devant le président français, Charles III a raconté avec amusement avoir découvert que Guillaume avait emporté de France « un énorme tonneau de vin » destiné à ses troupes. Puis, avec son humour très britannique, il a simplement ajouté : « Très raisonnable… » Une remarque qui a fait sourire Emmanuel Macron au milieu d’une visite par ailleurs très solennelle de l’un des plus célèbres trésors du patrimoine français.
Le passage préféré de Charles III est consacré… au vin
La scène s’est déroulée mercredi 2 septembre au British Museum. Charles III et la reine Camilla accompagnaient Emmanuel et Brigitte Macron pour découvrir l’exposition avant son ouverture au public. Emmanuel Macron avait précisément fait le déplacement à Londres pour inaugurer la présentation exceptionnelle de la tapisserie de Bayeux, arrivée dans la capitale britannique durant l’été.
En examinant les différentes scènes de l’œuvre, le roi s’est arrêté sur les préparatifs de l’expédition normande. Il a alors cherché Emmanuel Macron du regard avant de lui montrer son passage favori : « Ah oui, c’est mon passage préféré. J’ai découvert qu’il avait apporté avec lui un énorme tonneau de vin de France pour toutes les troupes. Très raisonnable. »
La tapisserie représente effectivement le ravitaillement de l’armée de Guillaume avant la traversée de la Manche. Les hommes embarquent armes, chevaux et provisions à bord des navires qui doivent les conduire vers l’Angleterre. Le vin occupe visiblement une place suffisamment importante dans l’intendance normande pour avoir retenu, près de mille ans plus tard, l’attention du roi d’Angleterre.
Emmanuel Macron rebondit lui aussi sur les tonneaux de Guillaume
Le clin d’œil n’est pas resté sans réponse. Quelques instants plus tard, Emmanuel Macron a lui-même évoqué le vin lors de son discours au British Museum. Revenant sur le récit représenté par la tapisserie, le chef de l’État a rappelé la traversée de la Manche, la bataille d’Hastings et le grand banquet précédant l’affrontement. Il a également souligné que les Normands avaient pris soin de charger leurs tonneaux de vin avant de partir vers l’Angleterre, avant de plaisanter à son tour sur « un certain sens des priorités » des Français.
Derrière cet échange léger, la journée avait une forte portée symbolique. La tapisserie de Bayeux a rejoint Londres dans le cadre d’un prêt exceptionnel d’environ un an, décidé après plusieurs années de discussions entre Paris et Londres.
Près de 70 mètres pour raconter la conquête de l’Angleterre
Réalisée au XIe siècle, la tapisserie de Bayeux mesure près de 70 mètres. Elle raconte en images les événements ayant conduit à la conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, et à la bataille d’Hastings du 14 octobre 1066.
L’œuvre suit notamment Harold Godwinson, son accession au trône d’Angleterre après la mort d’Édouard le Confesseur, puis la préparation de l’expédition normande. Guillaume traverse ensuite la Manche avec son armée avant d’affronter les forces anglaises à Hastings. Harold est tué et Guillaume devient roi d’Angleterre.
La broderie rassemble des centaines de personnages, des chevaux, des navires, des armes, des bâtiments et de multiples détails de la vie quotidienne. Même la présence de la comète de Halley dans le récit de la tapisserie continue d’intéresser les historiens.
Une exposition exceptionnelle au British Museum jusqu’en juillet 2027
L’exposition ouvrira au public le 10 septembre 2026 et doit se poursuivre jusqu’au 11 juillet 2027. La présence de la tapisserie à Londres constitue un événement exceptionnel : le chef-d’œuvre, propriété de l’État français et habituellement conservé à Bayeux, traverse la Manche pour être présenté dans le pays dont il raconte l’une des pages les plus célèbres de l’histoire.
Le déplacement de cette œuvre millénaire et particulièrement fragile a nécessité plusieurs mois de préparation. Le prêt avait d’ailleurs provoqué une contestation et un recours devant le Conseil d’État, certains défenseurs du patrimoine redoutant que le transport n’endommage la broderie.
Son transfert vers Londres a finalement été réalisé avec d’importantes précautions, notamment grâce à un dispositif destiné à limiter les vibrations. L’organisation de l’exposition représente également un coût exceptionnel pour le British Museum.
Des trésors britanniques envoyés en France en échange
Le prêt fonctionne dans les deux sens. En contrepartie de la présence de la tapisserie au British Museum, plusieurs pièces majeures des collections britanniques doivent être présentées en France, notamment des objets provenant du trésor anglo-saxon de Sutton Hoo ainsi qu’une sélection de pièces de l’échiquier de Lewis.
L’opération avait été annoncée en 2025 par Emmanuel Macron lors de sa visite d’État au Royaume-Uni. Elle doit accompagner les manifestations organisées autour de l’histoire normande et du millénaire de la naissance de Guillaume le Conquérant en 2027.
Mais au milieu des discours sur l’histoire commune de la France et du Royaume-Uni, Charles III aura surtout retenu un détail beaucoup plus terre à terre. Mille ans après la conquête normande, le roi britannique semble approuver la logistique de Guillaume le Conquérant : avant de traverser la Manche avec une armée, mieux valait visiblement ne pas oublier le vin. « Très raisonnable… »

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