RMC Sport pourrait faire son grand retour dans le football français. Rachetée par CMA Media, la filiale du groupe CMA CGM du milliardaire Rodolphe Saadé, la chaîne payante envisage de participer au prochain appel d’offres pour les droits de diffusion de la Ligue 1. Mais ses nouveaux dirigeants ont déjà fixé leurs conditions financières. Alors que la Ligue de football professionnel espère obtenir davantage d’argent pour son championnat, le patron de CMA Sport prévient : «Nous allons regarder l’appel d’offres, mais nous n’irons pas pour perdre des centaines de millions d’euros.»
RMC Sport veut récupérer la Ligue 1 pour relancer sa chaîne
La finalisation du rachat de RMC Sport par CMA Media, officialisée le 2 octobre, marque une nouvelle étape dans la stratégie audiovisuelle de Rodolphe Saadé. Le propriétaire de BFMTV, RMC, RMC Story et RMC Découverte dispose désormais d’une chaîne sportive payante qu’il entend développer en acquérant de nouveaux droits.
Pour accompagner cette acquisition, CMA Media a créé CMA Sport, une branche consacrée à la diffusion, à la production et à l’organisation d’événements sportifs. Elle est dirigée par Arnaud de Courcelles, tandis que Karim Nedjari conserve la direction opérationnelle de RMC Sport.
L’objectif est de renforcer une chaîne dont le nombre d’abonnements est estimé à environ 300 000. RMC Sport dispose déjà d’un catalogue important dans les sports de combat, notamment avec l’UFC, mais cherche une compétition capable de fidéliser les téléspectateurs chaque semaine.
Le championnat de France représente une possibilité de développement. Sa diffusion permettrait à RMC Sport de proposer plusieurs rencontres chaque week-end, d’attirer de nouveaux abonnés et de renforcer sa présence dans les offres des opérateurs.
Arnaud de Courcelles a confirmé cette ambition en évoquant la politique d’acquisition du groupe : «Le mot qui incarne CMA Sport et RMC Sport, c’est l’ambition.» Il a également affirmé vouloir acquérir de nouveaux droits, y compris «l’éléphant au milieu de la pièce», une référence à la Ligue 1.
«Nous n’irons pas pour perdre des centaines de millions d’euros»
Si CMA Sport confirme son intérêt pour le football français, ses dirigeants refusent de reproduire les erreurs financières commises par certains diffuseurs au cours des dernières années.
La nouvelle direction entend examiner les conditions du prochain appel d’offres, sans accepter un investissement dont la rentabilité serait trop incertaine : «Nous allons regarder l’appel d’offres, mais nous n’irons pas pour perdre des centaines de millions d’euros.»
Cette prudence s’explique notamment par l’expérience passée de RMC Sport. Entre 2018 et 2021, la chaîne avait investi massivement dans les compétitions européennes de football, dont la Ligue des champions, avant de perdre ces droits au profit de Canal+ et beIN Sports.
Le football représente des dépenses considérables pour les diffuseurs, qui doivent ensuite amortir leurs investissements grâce aux abonnements, à la publicité et aux accords de distribution.
CMA Sport veut donc étudier la valeur commerciale du championnat avant de déposer une éventuelle proposition. Aucun montant d’offre n’a été annoncé et aucune candidature ferme n’a encore été officialisée.
Un appel d’offres dès novembre pour les saisons 2027 à 2032
La LFP prépare un nouvel appel d’offres pour les droits télévisés de la Ligue 1, avec un changement important par rapport aux précédentes consultations.
Olivier Bramly, directeur général de LFP Media, a présenté le 6 octobre aux dirigeants du football professionnel un projet portant sur les cinq saisons comprises entre 2027 et 2032.
La consultation doit être lancée début novembre, sous réserve de sa validation définitive par le conseil d’administration de la Ligue. Les diffuseurs disposeraient ensuite d’environ un mois pour transmettre leurs propositions.
La nouveauté concerne la commercialisation des rencontres. Grâce à la loi du 3 août 2026 sur l’organisation et le financement du sport professionnel, la LFP peut désormais vendre l’intégralité des droits du championnat dans un lot unique.
Deux possibilités sont envisagées : céder à un opérateur l’exclusivité de la diffusion de tous les matches de Ligue 1 ou lui confier la distribution exclusive de Ligue 1+, la plateforme créée par la Ligue.
Cette formule permettrait à un diffuseur de disposer de l’ensemble du championnat, sans devoir partager les rencontres avec plusieurs chaînes concurrentes.
Canal+, Netflix, Amazon et RMC Sport dans les discussions
Depuis plusieurs mois, Olivier Bramly échange avec différents acteurs susceptibles de participer à la consultation. Canal+, RMC Sport, Amazon Prime Video et Netflix figurent notamment parmi les entreprises approchées.
La LFP espère que la possibilité de diffuser l’intégralité du championnat attirera davantage de candidats, notamment les plateformes internationales qui avaient jusqu’ici hésité à investir dans des droits fragmentés.
Apple avait notamment étudié une acquisition des droits de la Ligue 1 en 2023, avant de renoncer. Le partage des rencontres entre plusieurs diffuseurs faisait partie des obstacles identifiés.
Pour RMC Sport, la question financière restera déterminante. Le groupe de Rodolphe Saadé devra également mesurer les conséquences d’une acquisition aussi coûteuse sur sa politique d’abonnement et ses investissements dans les autres disciplines.
La LFP cherche à sortir de la crise des droits télévisés
Ce nouvel appel d’offres arrive après plusieurs années de difficultés pour le football professionnel français.
La faillite de Mediapro en 2020, puis l’échec du contrat conclu avec DAZN pour la période ouverte en 2024, ont considérablement fragilisé les revenus audiovisuels des clubs. Les montants réellement encaissés se sont révélés très inférieurs aux ambitions initiales de la Ligue.
Face à ces difficultés, la LFP a lancé sa propre chaîne, Ligue 1+, à l’été 2025. Cette plateforme lui permet de commercialiser directement une grande partie de son championnat auprès des supporters, sans dépendre entièrement d’un diffuseur traditionnel.
La Ligue cherche désormais à déterminer si un nouvel accord avec un opérateur extérieur pourrait lui garantir des recettes supérieures à celles de sa propre plateforme.
Les contrats de distribution de Ligue 1+ prévoient une possibilité de sortie en mars 2027. Cette disposition permettrait d’organiser une transition vers un nouveau diffuseur à partir de la saison 2027-2028, si une proposition satisfaisante est retenue.
RMC Sport prépare aussi son retour chez Canal+, Orange, Free et Bouygues Telecom
Parallèlement à son intérêt pour la Ligue 1, RMC Sport prépare une extension de sa distribution.
Historiquement liée à SFR, la chaîne doit désormais être proposée plus largement par les principaux opérateurs français. Des accords ont été annoncés avec Canal+, Orange, Free et Bouygues Telecom, ainsi qu’avec DAZN pour la commercialisation d’offres couplées.
Cette stratégie doit permettre d’augmenter sa visibilité et son nombre d’abonnés, tout en conservant les sports de combat comme socle de sa programmation.
RMC Sport continuera notamment à diffuser l’UFC, ainsi que plusieurs compétitions de MMA, dont le PFL, le KSW et Hexagone MMA. D’autres acquisitions de droits sportifs doivent être annoncées prochainement.
Le prochain rendez-vous est désormais fixé à novembre, lorsque la LFP doit ouvrir sa consultation. RMC Sport aura alors la possibilité de transformer son intérêt pour la Ligue 1 en proposition financière. Reste à savoir si le montant exigé par le football français sera compatible avec la rentabilité recherchée par CMA Sport.

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