Sur CNews, Philippe de Villiers a livré un témoignage très personnel sur son attachement au Liban et les liens historiques qui unissent ce pays à la France. L’ancien ministre a raconté une visite au château de Sidon, en compagnie de la princesse Françoise de Lobkowicz, descendante de saint Louis. Une rencontre au cours de laquelle les deux personnalités ont évoqué un épisode tragique des croisades, avant de partager un moment d’émotion que Philippe de Villiers décrit avec une intensité inhabituelle.
Interrogé sur son amour pour le Liban, le fondateur du Puy du Fou a d’abord rappelé un voyage effectué à l’époque où le pays était sous occupation syrienne, avec plusieurs personnalités politiques, dont François Léotard. Il a raconté s’être rendu au palais présidentiel de Baabda, en affichant ostensiblement les couleurs françaises devant les Syriens. Une initiative qui lui aurait valu, selon son récit, d’être convoqué à l’ambassade, où il aurait appris qu’il obtenait la nationalité libanaise. «Donc, en fait, si jamais ça va mal en France, je partirai au Liban !», a-t-il plaisanté, avant de préciser qu’il possédait désormais la double nationalité.
«J’accorde à tous les maronites la même protection qu’à tous les Français»
Philippe de Villiers a ensuite remonté le cours de l’histoire pour expliquer l’origine de son attachement au Liban. Il a rappelé les relations anciennes entre la monarchie française et les chrétiens maronites, communauté catholique orientale historiquement implantée dans les montagnes libanaises : «Entre le Liban et la France, il y a un lien ancestral, un lien affectueux, une relation charnelle et spirituelle, qui tient en fait à la promesse de saint Louis.»
Cette promesse remonte au XIIIe siècle. Dans une lettre datée de mai 1250, Louis IX, roi de France, accorde aux maronites sa protection et celle de ses successeurs. Philippe de Villiers en a rappelé les termes : «J’accorde à tous les maronites la même protection qu’à tous les Français. Ça fait huit siècles. Cette promesse n’a jamais été oubliée par les Libanais. Hélas, oubliée par beaucoup de Français.», a-t-il regretté.
Au château de Sidon, le récit du massacre des ouvriers chrétiens
L’ancien ministre a ensuite raconté un voyage caritatif effectué au Liban avec l’association Malte-Liban, présidée par la princesse Françoise de Lobkowicz, née Françoise de Bourbon et descendante de Louis IX. Ensemble, ils se sont rendus à Sidon, aujourd’hui appelée Saïda, sur la côte méditerranéenne, afin de visiter les lieux liés à la présence des croisés. Dans l’enceinte du château de la Mer, la princesse lui aurait raconté un épisode tragique du séjour de saint Louis dans la région.
En 1253, alors que les Francs entreprenaient de renforcer les fortifications de Sidon, une attaque provoqua la mort de nombreux chrétiens. Louis IX, arrivé après le massacre, découvrit les cadavres abandonnés sans sépulture. Son compagnon et chroniqueur Jean de Joinville a relaté cet épisode.
«Il s’est avancé en trébuchant, vaincu par le dégoût. Et puis, il a ramassé les corps, lui-même, tout seul. Il les a pris dans ses bras, tout pourris, tout puants.», a raconté Philippe de Villiers. D’après les récits médiévaux, le roi aurait participé personnellement à l’ensevelissement des victimes, malgré l’état de décomposition des corps. Philippe de Villiers a insisté sur ce geste, accompli sous les yeux des soldats du souverain, qui témoignait de son attachement aux chrétiens massacrés.
«Elle avait les yeux embués» : l’émotion de la princesse Françoise de Lobkowicz
Philippe de Villiers a ensuite décrit le moment où, dans les ruines du château de Sidon, il a observé la princesse Françoise de Lobkowicz très émue par cette histoire : «À ce moment-là, j’observe la princesse. Elle a les yeux embués. Je sens que défile dans ses yeux toute l’histoire, toute la grande histoire, toutes ces histoires douloureuses et glorieuses.»
L’ancien ministre a expliqué avoir regardé autour de lui les vestiges de la forteresse, les murs abîmés et les pierres qui lui rappelaient les événements du XIIIe siècle. C’est alors que la princesse se serait approchée de lui pour le prendre dans ses bras.
Philippe de Villiers a rapporté les paroles qu’elle lui aurait murmurées, en évoquant à la fois leur ascendance et la fidélité à l’histoire familiale : «Cher Philippe, moi, la petite-fille de saint Louis, j’accueille ici, dans cette ruine vivante, dans les entrailles de cette ruine, le petit-fils du chevalier croisé mort à Saint-Jean-d’Acre.»
La princesse aurait poursuivi en évoquant les honneurs de la fidélité rendus aux ancêtres. Ce moment, raconté plusieurs siècles après les événements auxquels il faisait référence, a profondément marqué Philippe de Villiers, qui a présenté cette rencontre comme l’une des expériences les plus personnelles de son attachement au Liban.
«Le Liban coule sans le savoir dans les veines de tous les Français»
En conclusion, Philippe de Villiers a prononcé une longue déclaration consacrée aux relations historiques et affectives entre les deux pays : «Le Liban coule dans mes veines. Le Liban coule sans le savoir dans les veines de tous les Français, parce que le Liban porte en chacun d’entre nous l’écho d’une part précieuse de la France.»
Il a également appelé les Français à ne pas oublier les souffrances du peuple libanais : «Les Libanais nous précèdent dans nos bonheurs, dans nos malheurs. Il faut les écouter, écouter leurs cris d’appel.»
Ces propos rappellent la place singulière qu’occupe le Liban dans l’histoire diplomatique française. Depuis les croisades, les relations entre la France et les chrétiens d’Orient ont traversé plusieurs siècles, avant de prendre une nouvelle dimension avec le mandat français sur le Liban au XXe siècle, puis l’indépendance du pays en 1943.
Aujourd’hui encore, ces relations historiques accompagnent les efforts diplomatiques français dans la région, alors que le Liban reste confronté aux conséquences des affrontements entre Israël et le Hezbollah et que les discussions diplomatiques entre Israël et le Liban se poursuivent.
Philippe de Villiers a terminé son récit par une image associant les deux pays à travers leurs arbres emblématiques, le chêne français et le cèdre libanais : «Le chêne et le cèdre, aux ramages entremêlés, appellent nos affections communes pour la suite des temps.»

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