Marine Le Pen veut placer le redressement des comptes publics au cœur de sa campagne présidentielle. Entourée de Jordan Bardella et Jean-Philippe Tanguy, la candidate du Rassemblement national a présenté ce mardi 6 octobre son contre-budget et sa trajectoire économique pour un éventuel quinquennat. Objectif désormais affiché : 140 milliards d’euros d’économies nettes d’ici 2032, un déficit inférieur à 3 % dès 2030 et, parallèlement, 30 milliards d’euros de baisse nette des impôts.
Le chiffre est supérieur aux 125 milliards évoqués ces dernières semaines par le RN. Marine Le Pen justifie cette révision par la remontée des taux d’intérêt et la dégradation qu’elle dénonce dans le projet de budget présenté par Sébastien Lecornu. Elle promet de retrouver un équilibre primaire (c’est-à-dire avant paiement des intérêts de la dette) en dix-huit mois. La candidate veut également ramener la dette publique à 112 % du PIB et les dépenses publiques sous la barre des 50 % du PIB à la fin du quinquennat.
24 milliards sur la dépense publique, 20 milliards sur la Sécurité sociale
Jordan Bardella a détaillé plusieurs des principaux postes d’économies envisagés dès le premier budget du quinquennat. Le RN chiffre à 24 milliards d’euros la « rationalisation de la dépense publique », à 20 milliards l’effort sur la Sécurité sociale, à 12 milliards les économies liées à sa politique migratoire et à 9 milliards celles attendues d’une réduction de la contribution française au budget de l’Union européenne.
Sur le fonctionnement de l’État, Marine Le Pen veut centraliser les recettes de TVA, supprimer « plus de 120 taxes » qu’elle considère comme inutiles et mettre fin à la reconduction automatique de certaines dépenses d’une année sur l’autre. Le RN souhaite que ces dépenses soient réexaminées et conditionnées à un visa du ministre chargé des comptes publics. Les dépenses de certaines associations et l’aide publique au développement figurent également parmi les postes visés.
La candidate souhaite parallèlement réduire fortement la contribution française au budget européen. Le RN propose de la ramener à 5 milliards d’euros, contre un niveau aujourd’hui nettement supérieur. La faisabilité de cette mesure dépendrait toutefois des négociations avec les autres États membres et des engagements européens de la France.
Retraites : Le Pen confirme les 62 ans mais annonce aussi un « pilier de capitalisation »
L’une des annonces les plus nouvelles concerne les retraites. Marine Le Pen maintient son objectif de revenir sur la réforme actuelle et de permettre un départ à 62 ans, voire 60 ans pour certaines carrières longues. Mais elle veut simultanément réaliser entre 15 et 20 milliards d’euros d’économies à terme sur le système de protection sociale afin de financer sa réforme.
Surtout, la candidate annonce la création d’un « véritable pilier de capitalisation », individuel et collectif, destiné à compléter le système par répartition. Le RN, longtemps très réservé sur la capitalisation, introduit ainsi un élément supplémentaire dans son projet de retraites. Les modalités précises de ce nouveau pilier restent encore à détailler.
Immigration, « priorité nationale » et nouvel impôt sur la fortune
Le RN compte également dégager 12 milliards d’euros d’économies grâce à une « reprise en main » de la politique migratoire et à l’application de la « priorité nationale ». Cette dernière consisterait à réserver ou conditionner certaines prestations aux Français. Plusieurs de ces dispositions nécessiteraient toutefois des modifications législatives ou constitutionnelles et seraient susceptibles de se heurter au droit européen et international.
Sur le patrimoine, Marine Le Pen confirme sa volonté de remplacer l’impôt sur la fortune immobilière par un impôt sur la fortune financière. Certains biens immobiliers et patrimoniaux seraient ainsi exclus de la nouvelle assiette, l’objectif affiché étant de favoriser l’investissement productif plutôt que de taxer principalement la détention immobilière.
Le RN veut également supprimer l’octroi de mer dans les territoires ultramarins, tout en affirmant vouloir réorienter une partie des économies réalisées par l’État vers l’outre-mer. La lutte contre les fraudes fiscales et sociales constitue un autre poste de recettes et d’économies avancé par le parti.
30 milliards de baisse d’impôts et une « règle d’or » dans la Constitution
Marine Le Pen promet en parallèle au moins 30 milliards d’euros de baisse nette des impôts sur le quinquennat. Le défi consiste donc pour le RN à financer simultanément ces baisses, ses mesures sociales et le désendettement annoncé grâce aux économies structurelles qu’il chiffre aujourd’hui à 140 milliards d’euros.
Pour tenter de rendre cette trajectoire durable, la candidate veut inscrire une « règle d’or budgétaire » dans la Constitution, après référendum. Contrairement à une simple limite fixe du déficit, le mécanisme serait construit autour d’un objectif annuel compatible avec une diminution progressive de la dette publique. À très long terme, Marine Le Pen évoque un retour de la dette vers 60 % du PIB.
La candidate demande également une intervention de la Banque centrale européenne afin d’alléger la pression des taux d’intérêt et de dégager davantage de marges pour les investissements dans la défense et la technologie. Sur l’écologie, elle affirme désormais viser la neutralité carbone « avant 2050 », tout en promettant de rompre avec ce qu’elle qualifie d’écologie « punitive et affairiste ».

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