L’Argentine a engagé une procédure devant le Tribunal international du droit de la mer afin d’obtenir la suspension des activités d’exploration pétrolière et gazière autorisées par Londres au nord des îles Malouines. Londres annonce en réponse des mesures de protection pour les entreprises visées.
La tension entre Buenos Aires et Londres autour des îles Malouines a franchi un nouveau seuil. Le gouvernement argentin a officiellement saisi le Tribunal international du droit de la mer, dont le siège est à Hambourg, pour demander la suspension des permis d’exploration pétrolière et gazière accordés par le Royaume-Uni dans les eaux situées au nord de l’archipel. Dans sa requête, Buenos Aires qualifie ces autorisations d’« unilatérales et illégales » et invoque la protection de l’environnement marin dans des zones maritimes qu’il considère comme disputées.
Le ministre argentin des Affaires étrangères, Pablo Quirno, a précisé sur le réseau social X que la demande vise notamment à obtenir l’arrêt de tout nouveau permis d’exploration. L’Argentine soutient que ses droits souverains sur son plateau continental sont en jeu et que le droit international de la mer lui confère une base juridique solide pour agir.
Cette démarche intervient deux semaines après que le président Javier Milei a exigé l’abandon du projet pétrolier Sea Lion, un gisement estimé à 1,7 milliard de barils situé à environ 210 kilomètres des Malouines, exploité conjointement par la société britannique Rockhopper Exploration et l’israélienne Navitas Petroleum. Milei avait également menacé d’imposer des sanctions économiques aux entreprises opérant dans la zone.
Côté britannique, la réponse a été ferme. La ministre du Foreign Office Uma Kumaran a dénoncé devant la Chambre des communes une « campagne d’escalade » et des actes de « coercition économique » à l’encontre des habitants des Malouines, dont la population s’élève à quelque 3 500 personnes. Elle a annoncé l’activation de mesures de protection des intérêts commerciaux en vertu du Protection of Trading Interests Act, destinées à prémunir les entreprises contre tout effet extraterritorial des lois argentines. Le ministre des Affaires étrangères Ed Miliband a pour sa part jugé « inacceptables » les tentatives d’intimidation de Buenos Aires contre des acteurs engagés dans des activités commerciales légales.
Londres maintient que le gisement Sea Lion est situé sur le plateau continental des Malouines, que les licences accordées par le gouvernement local sont parfaitement valides et que la saisine du tribunal de Hambourg ne remet pas en cause leur légitimité. Des responsables du Foreign Office ont indiqué que le Royaume-Uni entendait s’engager dans la procédure tout en résistant fermement aux prétentions argentines, sans chercher à amplifier le conflit.
Le champ Sea Lion, dont la mise en production est attendue pour 2028, pourrait générer des revenus considérables pour l’archipel. Le gouvernement des Malouines a renouvelé les licences d’exploration le mois dernier. Si c’est bien ce gouvernement local qui les délivre, leur validation finale incombe au secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères.
Cette offensive juridique s’inscrit dans une séquence plus large. Fin septembre, Milei avait vivement attaqué l’ONU lors de l’Assemblée générale, qualifiant l’organisation d’« inutile » et servant des « parasites arrogants déguisés en bureaucrates bien intentionnés », lui reprochant son inaction sur la question de la souveraineté des Malouines. Des propos qualifiés d’« inflammatoires » par Uma Kumaran. Des responsables britanniques estiment que le gouvernement Milei cherche délibérément à provoquer un bras de fer avant les élections argentines prévues l’année prochaine.
Plus de quarante ans après la guerre de 1982, au cours de laquelle une force militaire britannique avait repoussé l’invasion argentine, Buenos Aires n’a jamais renoncé à sa revendication sur l’archipel qu’il désigne sous le nom de Las Malvinas.

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