Le 14 octobre 1912, aux États-Unis, Theodore Roosevelt est victime d’une tentative d’assassinat en pleine campagne présidentielle. Touché par une balle de revolver en pleine poitrine, l’ancien président américain refuse pourtant de se rendre immédiatement à l’hôpital. Sous les yeux d’une foule stupéfaite, il monte à la tribune et prononce un discours d’environ 80 minutes, alors que le projectile est toujours logé dans son corps. Une histoire authentique qui reste l’un des épisodes les plus extraordinaires de la vie politique américaine.
Une balle tirée à bout portant devant son hôtel
En octobre 1912, Theodore Roosevelt, président des États-Unis de 1901 à 1909, tente de revenir à la Maison-Blanche. Après avoir rompu avec son successeur républicain William Howard Taft, il se présente sous les couleurs du Parti progressiste, surnommé le «Bull Moose Party», le parti de l’élan.
Le 14 octobre, peu après 20 heures, Roosevelt quitte l’hôtel Gilpatrick de Milwaukee, dans le Wisconsin, pour rejoindre un auditorium où plusieurs milliers de personnes l’attendent. Alors qu’il monte dans une voiture découverte et se lève pour saluer ses partisans, un homme s’approche à quelques mètres, sort un revolver et lui tire dessus.
Le tireur, John Flammang Schrank, est immédiatement maîtrisé par l’entourage de Roosevelt. Des personnes présentes veulent s’en prendre à lui, mais l’ancien président demande qu’on ne lui fasse aucun mal. Malgré sa blessure, il refuse de renoncer à son meeting et ordonne à son chauffeur de le conduire à l’auditorium.
Son discours de 50 pages lui sauve probablement la vie
La balle a atteint Roosevelt à la poitrine, mais un concours de circonstances lui a évité une blessure mortelle. Dans la poche intérieure de son vêtement se trouvent un étui métallique à lunettes et le manuscrit de son discours, composé d’une cinquantaine de pages soigneusement pliées.
Le projectile traverse les vêtements et les documents, mais perd une grande partie de sa vitesse en heurtant le papier et l’étui. Il pénètre dans la poitrine de Roosevelt, lui fracture une côte et se loge près de son poumon droit, sans atteindre d’organe vital.
Habitué au maniement des armes depuis ses années de chasseur et de militaire, Roosevelt vérifie lui-même s’il crache du sang. Constatant que ce n’est pas le cas, il estime que ses poumons n’ont probablement pas été touchés. Cette appréciation ne remplace évidemment pas un examen médical, mais elle le conforte dans sa décision de poursuivre sa soirée.
«Je viens de me faire tirer dessus, mais il en faut plus pour tuer un élan!»
À son arrivée dans l’auditorium, Roosevelt fait examiner rapidement sa blessure en coulisses. Malgré le sang qui tache ses vêtements, il monte sur scène et s’adresse au public, qui ignore encore en grande partie ce qui vient de se produire. Ses premiers mots resteront célèbres : «Mes amis, je vous demande de rester aussi silencieux que possible. Je ne sais pas si vous réalisez bien que je viens de me faire tirer dessus, mais il en faut plus pour tuer un élan!»
Cette référence à l’élan, emblème de son parti, provoque une vive réaction dans la salle. Roosevelt sort alors de sa poche le manuscrit transpercé par la balle et le montre aux spectateurs pour prouver ses affirmations. Il poursuit : «Heureusement, j’avais mon manuscrit. Vous voyez, je devais prononcer un long discours, et c’est là que la balle est passée. Cela m’a probablement évité qu’elle atteigne mon cœur.»
Roosevelt explique ensuite que la balle se trouve toujours dans son corps et qu’il ne pourra pas parler très longtemps. Pourtant, au lieu d’écourter son allocution, il développe pendant environ 80 minutes son programme politique, consacré notamment aux inégalités sociales, aux droits des travailleurs et au contrôle des grandes entreprises.
Son entourage tente à plusieurs reprises de le convaincre d’arrêter. Mais Roosevelt poursuit devant un public qui vient d’apprendre qu’il assiste au discours d’un homme blessé par balle quelques instants auparavant.
Un tireur persuadé d’obéir au fantôme d’un ancien président
L’enquête permet rapidement d’identifier l’agresseur. John Schrank, un ancien propriétaire de débit de boissons new-yorkais, nourrit une obsession contre Theodore Roosevelt et sa volonté de briguer un troisième mandat présidentiel.
Schrank affirme également avoir été visité en rêve par le fantôme de William McKinley, le président américain assassiné en septembre 1901, auquel Roosevelt avait succédé. Selon son récit, McKinley lui aurait demandé de venger sa mort en éliminant Roosevelt.
L’homme avait suivi le candidat pendant plusieurs étapes de sa campagne avant de passer à l’acte à Milwaukee. Après son arrestation, il est déclaré atteint de troubles mentaux et interné dans un établissement psychiatrique, où il restera jusqu’à sa mort en 1943.
La balle restera dans son corps jusqu’à sa mort
Ce n’est qu’après son discours que Theodore Roosevelt accepte finalement d’être conduit à l’hôpital. Les radiographies confirment que le projectile est logé dans sa poitrine, mais les médecins estiment qu’une opération destinée à le retirer présenterait davantage de risques que son maintien en place.
L’ancien président conserve donc la balle dans son corps jusqu’à sa mort, le 6 janvier 1919, à l’âge de 60 ans. Après plusieurs jours de repos, il reprend sa campagne électorale, même si ses déplacements et ses interventions publiques ont dû être limités.
Malgré cet épisode qui a renforcé sa réputation de combattant infatigable, Roosevelt ne parvient pas à reconquérir la Maison-Blanche. Lors de l’élection du 5 novembre 1912, il termine deuxième, devant le président sortant William Howard Taft, mais derrière le démocrate Woodrow Wilson, qui remporte la présidence.
Plus d’un siècle après les faits, alors que les États-Unis ont encore connu des tentatives d’assassinat contre des candidats à la présidence, notamment Donald Trump en 2024, l’histoire de Roosevelt conserve un caractère exceptionnel. Ce 14 octobre 1912, un homme blessé par balle a prononcé un discours politique pendant plus d’une heure avant de recevoir les soins hospitaliers dont il avait besoin, protégé par quelques feuilles de papier et un simple étui à lunettes.

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