Le 5 novembre 2006, il y a 20 ans jour pour jour, Saddam Hussein, ancien président de l’Irak, était condamné à mort par pendaison par le Haut Tribunal pénal irakien, à Bagdad. Reconnu coupable de crimes contre l’humanité pour son rôle dans la répression sanglante de la population chiite de Doujaïl en 1982, l’ancien dictateur a accueilli le verdict en criant « Allah est grand ! » et « Vive le peuple ! ». Trois ans après la chute de son régime, celui qui avait dirigé l’Irak d’une main de fer pendant près d’un quart de siècle se retrouvait condamné à la peine capitale.
Une condamnation pour le massacre de 148 chiites
Le procès de Saddam Hussein s’ouvre le 19 octobre 2005 devant le Haut Tribunal pénal irakien. L’ancien chef de l’État et sept autres accusés doivent répondre de la répression menée à Doujaïl, une ville située au nord de Bagdad, après une tentative d’assassinat contre le président irakien le 8 juillet 1982.
Ce jour-là, des membres du parti chiite Dawa attaquent le convoi présidentiel. Saddam Hussein échappe à l’attentat, mais les représailles sont terribles. Des centaines d’habitants sont arrêtés, des familles sont déplacées, des terres agricoles sont détruites et 148 hommes et adolescents chiites sont condamnés à mort à l’issue de procédures judiciaires expéditives.
Le 5 novembre 2006, le tribunal reconnaît Saddam Hussein coupable de crimes contre l’humanité et prononce sa condamnation à mort. Son demi-frère Barzan Ibrahim al-Tikriti, ancien chef des services de renseignement, et Awad Hamed al-Bandar, ancien président du Tribunal révolutionnaire, sont également condamnés à la pendaison.
Un procès sous haute tension
Tout au long des audiences, Saddam Hussein conteste la légitimité du tribunal et refuse de reconnaître l’autorité des juges. Il affirme être toujours le président légitime de l’Irak et multiplie les affrontements verbaux avec la cour. Plusieurs audiences sont interrompues par ses protestations et celles de ses avocats.
Le procès se déroule dans un pays plongé dans les violences confessionnelles depuis l’invasion américaine de mars 2003. Plusieurs avocats de la défense sont assassinés pendant la procédure, tandis que les conditions du jugement suscitent des critiques de la part d’organisations internationales de défense des droits humains.
À l’annonce du verdict, Saddam Hussein, âgé de 69 ans, refuse de baisser la tête. Il proclame sa foi et lance des slogans patriotiques avant d’être reconduit hors de la salle d’audience. La condamnation est accueillie par des manifestations de joie dans plusieurs quartiers chiites de Bagdad, tandis que des partisans de l’ancien régime dénoncent une décision politique.
De la toute-puissance à une cache souterraine
Né le 28 avril 1937 à Al-Awja, près de Tikrit, Saddam Hussein accède officiellement à la présidence de l’Irak le 16 juillet 1979, après avoir exercé une influence déterminante au sein du régime baasiste. Il impose rapidement son autorité par une série de purges et fait éliminer plusieurs responsables politiques soupçonnés de lui être hostiles.
Son règne est marqué par la guerre contre l’Iran, de 1980 à 1988, l’utilisation d’armes chimiques contre les populations kurdes, notamment à Halabja en mars 1988, et l’invasion du Koweït en août 1990. Cette dernière provoque l’intervention d’une coalition internationale conduite par les États-Unis et la défaite des forces irakiennes en février 1991.
Saddam Hussein reste néanmoins au pouvoir jusqu’à l’invasion américaine de mars 2003. Bagdad tombe le 9 avril, mettant fin à son régime. L’ancien président disparaît pendant plusieurs mois avant d’être retrouvé le 13 décembre 2003, caché dans une fosse souterraine aménagée près d’Ad-Daour, dans la région de Tikrit. Capturé par les forces américaines, il est placé en détention avant d’être remis à la justice irakienne.
Une pendaison le 30 décembre 2006
Le 26 décembre 2006, la chambre d’appel du Haut Tribunal pénal irakien confirme la condamnation à mort de Saddam Hussein. La législation irakienne prévoit alors que la peine soit exécutée dans les trente jours suivant la décision définitive.
Quatre jours plus tard, le 30 décembre 2006, Saddam Hussein est conduit à la potence dans un bâtiment des services de renseignement militaires irakiens, à Bagdad. Il est pendu peu avant l’aube, au premier jour de l’Aïd al-Adha, l’une des principales fêtes musulmanes.
Les autorités irakiennes diffusent des images des instants précédant son exécution. Une autre vidéo, filmée clandestinement avec un téléphone portable, montre la pendaison et les provocations adressées à l’ancien dictateur par certaines personnes présentes. Sa diffusion provoque une vive controverse internationale.
Le corps de Saddam Hussein est ensuite transporté dans son village natal d’Al-Awja, près de Tikrit, où il est inhumé le 31 décembre 2006.
Sa mort met également fin aux poursuites engagées personnellement contre lui dans d’autres affaires, notamment celle de la campagne Anfal, menée contre les Kurdes irakiens à la fin des années 1980. Il n’aura donc été définitivement condamné que dans le dossier de Doujaïl, pour lequel le verdict avait été prononcé le 5 novembre 2006, exactement 55 jours avant son exécution.









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