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Ça s’est passé un 27 octobre: en 2005, la mort de Zyed et Bouna, le drame qui a déclenché trois semaines d’émeutes dans toute la France

Ça s’est passé un 27 octobre: en 2005, la mort de Zyed et Bouna, le drame qui a déclenché trois semaines d’émeutes dans toute la France
Ça s’est passé un 27 octobre: en 2005, la mort de Zyed et Bouna, le drame qui a déclenché trois semaines d’émeutes dans toute la France

Le 27 octobre 2005, deux adolescents de 15 et 17 ans ont trouvé la mort dans un transformateur électrique à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, alors qu’ils tentaient d’échapper à la police. La disparition de Bouna Traoré et Zyed Benna a provoqué une vague de colère qui s’est transformée en trois semaines d’émeutes à travers la France. Plus de 10 000 véhicules ont été incendiés, des centaines de bâtiments ont été dégradés et le gouvernement a décrété l’état d’urgence. Vingt et un ans plus tard, cette tragédie reste l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire récente des banlieues françaises.

27 octobre 2005 : une partie de football qui se termine en tragédie

Ce jeudi 27 octobre 2005, pendant les vacances scolaires, un groupe d’adolescents de Clichy-sous-Bois revient d’une partie de football disputée à Livry-Gargan. Parmi eux figurent Bouna Traoré, 15 ans, Zyed Benna, 17 ans, et Muhittin Altun, également âgé de 17 ans. Les jeunes garçons rentrent chez eux en fin d’après-midi, pendant le ramadan.

En chemin, ils passent à proximité d’un chantier de construction. Un témoin, qui soupçonne une tentative de vol, prévient la police. Des fonctionnaires de la brigade anticriminalité (BAC) sont envoyés sur place. À leur arrivée, plusieurs adolescents prennent la fuite. Une course-poursuite s’engage dans le secteur.

Bouna, Zyed et Muhittin franchissent alors la clôture d’une installation électrique EDF pour se cacher. Ils pénètrent dans un bâtiment abritant des équipements sous haute tension, sans mesurer le danger mortel auquel ils s’exposent.

Vers 18h11, un arc électrique se produit. Bouna Traoré et Zyed Benna meurent électrocutés. Muhittin Altun, grièvement brûlé, parvient à survivre. En quelques secondes, deux adolescents perdent la vie et un troisième échappe de peu à la mort.

La mort des deux adolescents provoque une explosion de colère

La nouvelle de leur décès se répand rapidement dans le quartier du Chêne-Pointu, où vivent les familles des victimes. Dès la soirée du 27 octobre, des affrontements éclatent à Clichy-sous-Bois. Des véhicules sont incendiés et les forces de l’ordre sont prises pour cible. Au cours de cette première nuit, 23 voitures brûlent dans la commune.

Les tensions gagnent rapidement Montfermeil, puis d’autres villes de Seine-Saint-Denis. La mort des deux adolescents suscite une colère considérable, alimentée par les circonstances de leur fuite et les interrogations sur le comportement des policiers.

Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, se retrouve au centre de la polémique. Deux jours avant le drame, lors d’une visite à Argenteuil, il a employé le terme « racaille » pour désigner les délinquants qui terrorisent les habitants des quartiers. Ses déclarations, ajoutées à sa volonté affichée de nettoyer certaines cités « au Kärcher », ont déjà provoqué de vives tensions.

Le 30 octobre, une grenade lacrymogène utilisée par les forces de l’ordre atteint la mosquée Bilal de Clichy-sous-Bois, alors que des fidèles s’y trouvent. Cet épisode accentue encore la colère et contribue à l’extension des violences.

Trois semaines d’émeutes, plus de 10 000 voitures incendiées

Au début du mois de novembre, les affrontements dépassent largement la Seine-Saint-Denis. Des incendies de véhicules et de bâtiments se multiplient en région parisienne, puis dans de nombreuses villes de province.

Lyon, Toulouse, Lille, Strasbourg, Marseille, Nantes ou encore Rennes connaissent à leur tour des violences. Des écoles, des gymnases, des équipements municipaux et des commerces sont attaqués. Les policiers et les pompiers interviennent chaque nuit dans des conditions particulièrement difficiles.

La nuit du 6 au 7 novembre marque l’un des points culminants des émeutes, avec 274 communes touchées. La crise prend une dimension nationale et les images des incendies font le tour du monde.

Le bilan des trois semaines de violences est considérable : environ 10 300 véhicules incendiés, plus de 230 bâtiments publics détruits ou endommagés, quelque 6 000 personnes interpellées et plus de 220 policiers, gendarmes et pompiers blessés.

Les violences ont également fait des victimes. À Stains, Jean-Jacques Le Chenadec, 61 ans, meurt après avoir été agressé. D’autres décès sont liés aux incendies déclenchés pendant cette période.

Jacques Chirac et Dominique de Villepin décrètent l’état d’urgence

Face à l’ampleur des troubles, le gouvernement de Dominique de Villepin décide de recourir à une mesure exceptionnelle. Le 8 novembre 2005, le président Jacques Chirac décrète l’état d’urgence, qui entre en vigueur le lendemain.

Cette décision repose sur la loi du 3 avril 1955, adoptée pendant la guerre d’Algérie. Elle permet notamment aux préfets d’instaurer des couvre-feux dans certaines zones afin de rétablir l’ordre public.

Le recours à l’état d’urgence constitue un événement politique considérable. Jamais, depuis la guerre d’Algérie, un tel dispositif n’avait été appliqué en France métropolitaine à une crise de cette ampleur.

Le 14 novembre, Jacques Chirac s’adresse aux Français à la télévision. Le chef de l’État dénonce les violences, appelle au respect de la loi et reconnaît les difficultés rencontrées par une partie de la jeunesse des quartiers populaires, notamment les discriminations et les inégalités.

Les affrontements diminuent progressivement à la mi-novembre. Après environ trois semaines, le calme revient dans les communes touchées, mais les dégâts matériels et les tensions demeurent considérables.

Dix ans de procédure judiciaire et deux policiers finalement relaxés

Au-delà des émeutes, la mort de Zyed et Bouna donne lieu à une longue bataille judiciaire. Les familles veulent comprendre ce que les policiers savaient du danger encouru par les adolescents et pourquoi aucune intervention n’a permis d’éviter le drame.

Deux fonctionnaires sont poursuivis pour non-assistance à personne en danger : Sébastien Gaillemin, policier de la BAC présent sur le terrain, et Stéphanie Klein, policière stagiaire qui assurait la permanence téléphonique du commissariat.

L’un des éléments importants du dossier est une communication radio de Sébastien Gaillemin. Évoquant la possibilité que les adolescents pénètrent dans l’installation électrique, il a déclaré : « S’ils entrent ici, je ne donne pas cher de leur peau. »

Cette phrase occupe une place centrale dans les débats judiciaires. Les parties civiles y voient la preuve que le policier avait conscience du danger auquel les jeunes étaient exposés. La défense conteste cette interprétation.

Après plusieurs années de procédure, les deux policiers comparaissent en mars 2015 devant le tribunal correctionnel de Rennes.

Le 18 mai 2015, ils sont relaxés. Les juges estiment qu’il n’est pas établi qu’ils avaient « une conscience claire d’un péril grave et imminent », condition nécessaire pour retenir le délit de non-assistance à personne en danger.

Le 24 juin 2016, la cour d’appel de Rennes confirme le jugement sur les intérêts civils. Les familles des victimes, qui ont attendu dix ans pour obtenir un procès, n’obtiennent donc pas la reconnaissance de la responsabilité des policiers qu’elles réclamaient.

Vingt et un ans après, Zyed et Bouna restent les symboles des émeutes de 2005

La mort de Zyed Benna et Bouna Traoré a durablement marqué l’histoire contemporaine française. Leurs prénoms restent associés aux émeutes de 2005, à la question des relations entre la police et les habitants des quartiers populaires, ainsi qu’aux difficultés sociales de certaines banlieues.

Les événements ont également eu des conséquences politiques et médiatiques. Ils ont notamment favorisé l’émergence du Bondy Blog, créé en novembre 2005 pour donner davantage la parole aux habitants des quartiers populaires.

En juin 2023, la mort de Nahel Merzouk, 17 ans, tué par un tir policier à Nanterre lors d’un contrôle routier, a de nouveau déclenché plusieurs nuits de violences dans de nombreuses villes françaises. Les événements ont ravivé le souvenir de la crise de 2005, même si les circonstances des deux drames sont différentes.

Le 27 octobre 2026 marque le 21e anniversaire de la mort de Zyed et Bouna. Ce jour-là, en 2005, deux adolescents qui rentraient d’une partie de football ont perdu la vie dans un transformateur électrique. Leur décès a été le point de départ de trois semaines de violences qui ont marqué la France et conduit le gouvernement à prendre l’une des décisions les plus exceptionnelles de la Ve République : décréter l’état d’urgence.

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