Le 22 octobre 1941, Guy Môquet, âgé de seulement 17 ans, est fusillé par les soldats allemands dans la carrière de la Sablière, près de Châteaubriant, en Loire-Inférieure, aujourd’hui Loire-Atlantique. Ce jeune militant communiste fait partie des 27 otages exécutés en représailles à l’assassinat d’un officier allemand à Nantes. Avant de mourir, il écrit à ses parents et à son petit frère une lettre d’adieu qui deviendra l’un des textes les plus connus de la Seconde Guerre mondiale. Ce jeudi 22 octobre 2026 marque les 85 ans de son exécution.
Arrêté à 16 ans par des policiers français
Né le 26 avril 1924 à Paris, Guy Môquet grandit dans une famille communiste. Son père, Prosper Môquet, est cheminot, syndicaliste et député communiste de la Seine. En octobre 1939, ce dernier est arrêté après l’interdiction du Parti communiste français, décidée à la suite du pacte germano-soviétique. Il est condamné en avril 1940 à 5 ans de prison, puis envoyé en Algérie.
Élève au lycée Carnot, dans le 17e arrondissement de Paris, Guy Môquet rejoint les Jeunesses communistes clandestines. Il participe à la distribution de tracts et au collage d’affichettes. Le 13 octobre 1940, alors qu’il n’a que 16 ans, il est arrêté à la gare de l’Est par des policiers français chargés de la répression des activités communistes.
Le 23 janvier 1941, la justice française l’acquitte. Pourtant, il ne retrouve pas la liberté. Les autorités le maintiennent en détention par une mesure administrative. Après plusieurs emprisonnements, notamment à Fresnes, à la Santé et à Clairvaux, il est transféré en mai 1941 au camp de Choisel, près de Châteaubriant.
Un officier allemand abattu, 48 otages exécutés
Le 20 octobre 1941, le lieutenant-colonel Karl Hotz, commandant des troupes d’occupation allemandes à Nantes, est abattu par un commando de résistants communistes. L’attentat déclenche des représailles immédiates. Hitler exige l’exécution d’otages et les autorités allemandes établissent des listes de prisonniers destinés à être fusillés.
Le gouvernement de Vichy participe à leur désignation. Son ministre de l’Intérieur, Pierre Pucheu, transmet une liste comprenant notamment des militants communistes et des responsables syndicaux internés au camp de Choisel. Guy Môquet est retenu parmi les condamnés, alors qu’il n’a joué aucun rôle dans l’attentat de Nantes.
Le 22 octobre, les Allemands exécutent 48 otages : 27 à Châteaubriant, 16 au champ de tir du Bêle à Nantes et 5 au Mont-Valérien, près de Paris. Parmi les victimes de Châteaubriant figurent également Charles Michels, ancien député communiste et syndicaliste, et Jean-Pierre Timbaud, responsable syndical de la métallurgie.
Une dernière lettre à sa famille avant les fusillades
Le jour de son exécution, Guy Môquet apprend qu’il fait partie des otages désignés. Dans les dernières heures de sa vie, il rédige une lettre à sa mère Juliette, à son père Prosper et à son jeune frère Serge.
Il leur demande de garder courage et exprime son regret de mourir si jeune. Il écrit notamment : « Certes, j’aurais voulu vivre. » Puis il termine son message par ces mots : « Je vous embrasse de tout mon cœur d’enfant. »
Au camp, Guy Môquet a également rencontré Odette Leclan, une jeune militante communiste internée dans le secteur réservé aux femmes. Avant son départ, il lui laisse un dernier billet, évoquant notamment le baiser qu’elle lui avait promis.
Fusillé avec 26 autres prisonniers dans la carrière de la Sablière
Dans l’après-midi du 22 octobre 1941, les 27 prisonniers sont conduits à la carrière de la Sablière, à la sortie de Châteaubriant. Les exécutions sont organisées en 3 groupes de 9 hommes. Guy Môquet, le plus jeune d’entre eux, est fusillé à 17 ans et demi.
Les corps sont ensuite dispersés dans plusieurs cimetières des environs, sur ordre des autorités allemandes. Trois jours après les exécutions, le 25 octobre, le général de Gaulle rend hommage aux victimes depuis Londres. Ces fusillades deviennent rapidement l’un des symboles de la répression nazie en France occupée.
Une lettre devenue célèbre dans les écoles françaises
Après la Libération, Guy Môquet est honoré dans toute la France. Des rues, des établissements scolaires et une station du métro parisien portent son nom. Sa dernière lettre est conservée dans les collections du Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne. Elle demeure un témoignage de la jeunesse confrontée à la violence de l’Occupation.
En 2007, Nicolas Sarkozy, nouvellement élu président de la République, demande que cette lettre soit lue dans les lycées le 22 octobre. L’initiative provoque des débats parmi les enseignants et les historiens, notamment sur la manière de présenter l’engagement communiste de Guy Môquet. Cette commémoration contribue néanmoins à faire connaître son histoire à une nouvelle génération.
85 ans après, Châteaubriant rend hommage aux fusillés
Du 16 au 18 octobre 2026, Châteaubriant a organisé plusieurs cérémonies à l’occasion du 85e anniversaire des exécutions. Le 18 octobre, un hommage a notamment été rendu aux 27 fusillés sur le site de la carrière de la Sablière, devenu un lieu de mémoire.
85 ans après sa mort, Guy Môquet reste l’un des visages les plus connus de la jeunesse française sous l’Occupation. Son histoire rappelle également le rôle joué par les autorités françaises dans la répression politique, puisque l’adolescent a été arrêté par la police française, acquitté par la justice, maintenu en détention par décision administrative, puis livré aux représailles allemandes. Son destin appartient à l’histoire de cette jeunesse engagée contre l’Occupation, comme celui de nombreux autres résistants dont le combat a ensuite été poursuivi par la France libre et la Résistance intérieure.

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