Le parlement algérien a approuvé l’envoi de troupes au Niger, une décision historique qui rompt avec des décennies de refus de tout déploiement militaire à l’étranger. L’objectif affiché est la protection d’infrastructures énergétiques dans le nord du pays, face à la menace jihadiste.
C’est un tournant majeur dans la doctrine militaire algérienne. Pour la première fois depuis son intervention aux côtés de l’Égypte lors de la guerre israélo-arabe de 1973, l’Algérie s’apprête à envoyer des soldats hors de ses frontières. Le parlement a voté en faveur de ce déploiement au Niger lors d’une session d’urgence tenue dimanche : 148 sénateurs sur 174 ont approuvé le texte, avant que la chambre basse ne lui apporte à son tour son soutien.
La décision fait suite à une visite du ministre nigérien de la Défense à Alger, alors que le Niger cherche des appuis face à des groupes armés affiliés à Al-Qaïda ou à l’État islamique. Les troupes algériennes seraient chargées de sécuriser des installations énergétiques situées dans le nord du Niger, à proximité de la frontière libyenne, une zone particulièrement exposée.
Les intérêts économiques d’Alger dans la région sont considérables. La compagnie nationale Sonatrach a signé un accord avec le ministère nigérien du Pétrole pour explorer le bassin de Kafra, où deux puits seraient susceptibles de receler respectivement 168 millions et 100 millions de barils. Un projet de gazoduc destiné à acheminer le gaz nigérian vers l’Algérie en passant par le Niger est également en cours de planification.
Le sénateur algérien Belkacem Boulghiti a tenu à préciser la nature de la mission après le vote : « Nous n’envoyons pas nos soldats faire la guerre au Niger, mais pour une mission de sécurisation des infrastructures économiques. » Le nombre de militaires concernés et la date du déploiement n’ont pas encore été communiqués.
Ce déploiement s’inscrit dans un rapprochement progressif entre les deux pays, après une période de tensions. Alger avait condamné le coup d’État de 2023 qui avait renversé le président élu Mohamed Bazoum au profit du général Abdourahamane Tchiani. Les relations s’étaient encore dégradées en 2025 lorsque le Niger avait rappelé son ambassadeur à Alger, en solidarité avec le Mali après qu’un drone malien eut été abattu par l’armée algérienne près de la frontière.
Le dégel s’est amorcé début 2026 : le général Tchiani s’est rendu à Alger en février, et le président Abdelmadjid Tebboune a envoyé des avions de chasse au Niger fin août pour aider à réprimer une tentative de coup d’État, avant de faire don de quatre hélicoptères militaires. Ce déploiement de troupes au sol constitue une nouvelle étape dans cette normalisation, et la première application concrète d’une disposition constitutionnelle adoptée en 2020 autorisant des opérations militaires à l’étranger.

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