Le 20 octobre 1973, les États-Unis traversent l’une des plus graves crises politiques de leur histoire. Le président Richard Nixon ordonne le limogeage du procureur spécial Archibald Cox, chargé d’enquêter sur le scandale du Watergate. Deux hauts responsables du ministère de la Justice refusent d’exécuter cet ordre et quittent leurs fonctions. L’événement, resté célèbre sous le nom de « massacre du samedi soir », provoque une onde de choc à Washington et accélère la chute du président américain, qui démissionne moins de dix mois plus tard.
Le Watergate, un cambriolage qui menace la Maison-Blanche
Le scandale commence le 17 juin 1972, lorsque cinq hommes sont arrêtés dans les locaux du Comité national démocrate, situés dans l’immeuble du Watergate, à Washington. Les cambrioleurs cherchent notamment à installer des dispositifs d’écoute et à recueillir des renseignements sur les adversaires politiques du président républicain Richard Nixon, alors en campagne pour sa réélection.
L’enquête révèle progressivement des liens entre les auteurs du cambriolage et l’entourage présidentiel. Plusieurs responsables de la Maison-Blanche sont impliqués dans des opérations d’espionnage politique et des manœuvres destinées à dissimuler les responsabilités de l’administration. Malgré ces révélations, Nixon remporte largement l’élection présidentielle de novembre 1972.
Des enregistrements secrets qui peuvent faire tomber Nixon
En juillet 1973, Alexander Butterfield, ancien collaborateur de la Maison-Blanche, révèle devant une commission du Sénat l’existence d’un système d’enregistrement automatique des conversations présidentielles. Cette découverte bouleverse l’enquête : les échanges entre Richard Nixon et ses conseillers sont conservés sur des bandes magnétiques.
Le procureur spécial Archibald Cox exige la remise de plusieurs enregistrements susceptibles de révéler ce que le président sait du cambriolage et des tentatives d’entrave à la justice. Nixon refuse, invoquant le privilège de l’exécutif et la confidentialité des conversations présidentielles.
Le 19 octobre 1973, la Maison-Blanche propose un compromis : le sénateur John Stennis pourrait écouter les bandes et en transmettre des résumés. Cox rejette cette proposition, estimant que la justice doit pouvoir examiner directement les preuves originales.
20 octobre 1973 : Nixon ordonne une purge au ministère de la Justice
Le samedi 20 octobre, Richard Nixon décide de mettre fin aux fonctions d’Archibald Cox. Il ordonne au ministre de la Justice, Elliot Richardson, de licencier le procureur spécial. Mais Richardson refuse. Ayant promis au Sénat de garantir l’indépendance de l’enquête, il préfère démissionner plutôt que d’exécuter l’ordre présidentiel.
Nixon se tourne alors vers William Ruckelshaus, numéro deux du ministère de la Justice. Celui-ci refuse également de renvoyer Cox et est démis de ses fonctions. Le président fait finalement appel à Robert Bork, devenu ministre de la Justice par intérim, qui accepte de signer le licenciement du procureur.
En quelques heures, deux hauts responsables du ministère de la Justice sont écartés et le procureur chargé d’enquêter sur le président perd son poste. La Maison-Blanche annonce également la suppression du bureau du procureur spécial.
La presse américaine baptise immédiatement cet épisode le « massacre du samedi soir ». L’expression désigne une purge politique et institutionnelle, sans qu’aucune violence physique soit commise.
Une tentative d’étouffement qui se retourne contre le président
Loin de mettre fin au scandale, la décision de Nixon déclenche une vague d’indignation aux États-Unis. Des milliers de citoyens protestent et les élus du Congrès reçoivent un afflux de messages réclamant des explications. Plusieurs parlementaires demandent l’ouverture d’une procédure de destitution.
La crise dépasse désormais le seul cambriolage du Watergate. Elle pose une question fondamentale : un président peut-il utiliser son pouvoir pour empêcher une enquête judiciaire susceptible de le mettre personnellement en cause ?
Face à la pression, Nixon accepte finalement de transmettre certains enregistrements. En novembre 1973, Leon Jaworski est nommé procureur spécial pour poursuivre l’enquête. Mais le président continue de résister à la communication de plusieurs bandes magnétiques.
La Cour suprême oblige Nixon à livrer les preuves
Le 24 juillet 1974, la Cour suprême des États-Unis rend une décision unanime dans l’affaire United States v. Nixon. Elle ordonne au président de remettre les enregistrements réclamés par la justice, rejetant son invocation d’un privilège exécutif absolu.
Le 5 août 1974, la publication d’une conversation enregistrée le 23 juin 1972 apporte une preuve accablante. Nixon discute avec son chef de cabinet, H. R. Haldeman, des moyens d’utiliser la CIA pour freiner l’enquête du FBI sur le cambriolage du Watergate.
Cet enregistrement, surnommé le smoking gun, démontre que le président participe très tôt aux manœuvres visant à entraver les investigations. Il perd alors le soutien d’une grande partie des élus républicains, tandis que la commission judiciaire de la Chambre des représentants a déjà adopté trois articles de destitution.
9 août 1974 : Nixon quitte la Maison-Blanche
Le 8 août 1974, Richard Nixon annonce sa démission dans une allocution télévisée. Le lendemain, à midi, il quitte officiellement la présidence des États-Unis. Son vice-président Gerald Ford lui succède et lui accorde, le 8 septembre, une grâce présidentielle couvrant les éventuelles infractions fédérales commises durant son mandat.
Richard Nixon devient ainsi le premier président américain à démissionner. Plus d’un demi-siècle après les faits, il reste le seul à avoir quitté volontairement la Maison-Blanche sous la menace imminente d’une destitution.
Le 20 octobre 1973 demeure une date emblématique de l’histoire politique américaine. En voulant éliminer le procureur qui exige les enregistrements de ses conversations, Richard Nixon provoque une crise institutionnelle qui renforce les soupçons pesant sur lui. Son opération destinée à protéger sa présidence contribue finalement à précipiter sa chute.

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