Interrogé lors d’une conférence de presse à Bichkek sur la possibilité de frappes russes contre des installations militaires britanniques, Vladimir Poutine a répondu par deux mots : « C’est un secret. Un secret militaire. » Une formule ni affirmative ni négative, qui laisse planer une pression psychologique délibérée.
La scène s’est déroulée au Kirghizistan. Pendant quarante-cinq minutes, Vladimir Poutine a répondu aux questions de journalistes russes lors d’une conférence de presse à Bichkek, affichant une posture combative et une confiance affichée en la victoire. Lorsqu’un journaliste lui a demandé si Moscou envisageait de frapper des installations militaires britanniques en réponse aux livraisons d’armes de Londres à Kiev, le président russe a esquivé d’une formule laconique : « C’est un secret. Un secret militaire. »
Ni oui ni non. L’ambiguïté semble calculée : maintenir le Royaume-Uni dans l’incertitude sur les intentions de Moscou, tout en l’incitant à reconsidérer son soutien à l’Ukraine. Quelques jours plus tôt, le quotidien russe Moskovsky Komsomolets avait suggéré que le Premier ministre britannique Andy Burnham devrait voir la Russie non pas dans ses rêves, « mais dans ses cauchemars ».
La menace voilée ne visait pas seulement Londres. Poutine a qualifié les pays occidentaux de « requins » et averti : « Si quelqu’un essaie de nous faire descendre dans la chaîne alimentaire, de nous avaler ou de nous dévorer, il pourrait recevoir un coup de poing dans les dents. La Russie est prête à le faire, malgré l’appétit et les dents de ces requins qui grandissent rapidement. » Le chef du Kremlin a récemment eu recours à des métaphores animales similaires, évoquant des orques « déchirant des ours polaires » pour justifier la guerre en Ukraine.
Le contexte européen alimente les inquiétudes. L’Allemagne a annoncé tenir la Russie pour responsable d’une attaque de drone contre l’aéroport de Leipzig le mois dernier. Poutine a accusé Berlin d’avoir « fabriqué les preuves », mais le ministre allemand de l’Intérieur Alexander Dobrindt a évoqué « le schéma bien établi des opérations hybrides russes en Europe ».
Sur le front ukrainien, Poutine s’est montré catégorique : « Je n’ai aucun doute que l’ennemi s’effondrera. » La guerre dure pourtant depuis plus de quatre ans et demi, et l’Ukraine continue de résister malgré des pertes considérables des deux côtés. Le président russe a lui-même abandonné le terme officiel d’« opération militaire spéciale » pour parler de « guerre » : « La guerre est une chose brutale et imprévisible », a-t-il déclaré.
Sur la question des négociations, Poutine a dit rester ouvert à des pourparlers, tout en précisant ses interlocuteurs de prédilection côté américain. « Nous sommes tout à fait à l’aise pour travailler avec des gens que nous connaissons bien et en qui nous avons globalement confiance », a-t-il affirmé, citant nommément Jared Kushner et Steve Witkoff comme des « invités toujours bienvenus ». Aucune mention, en revanche, du directeur de la CIA John Ratcliffe, qui s’était rendu à Moscou la semaine précédente sans rencontrer le président russe, selon le Kremlin.

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