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Pékin soutient Téhéran face à Washington, mais jusqu’à un certain point

Pékin soutient Téhéran face à Washington, mais jusqu’à un certain point
Pékin soutient Téhéran face à Washington, mais jusqu’à un certain point

La Chine achète du pétrole iranien et s’oppose politiquement aux sanctions américaines, mais les analystes s’accordent à dire que Pékin ne sacrifiera pas ses intérêts régionaux et commerciaux plus larges pour protéger l’Iran.

Depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran fin février, la Chine absorbe jusqu’à 90 % des exportations pétrolières iraniennes. Un soutien économique réel, mais qui masque une relation profondément asymétrique : le pétrole iranien ne représente que 2 % environ du mix énergétique chinois total, quand Téhéran dépend de Pékin pour sa survie économique.

Cette asymétrie s’est illustrée lors du sommet annuel de l’Organisation de coopération de Shanghai, réuni à Bichkek au Kirghizstan. Les médias d’État iraniens ont rapporté une « brève rencontre » entre le président Masoud Pezeshkian et Xi Jinping en marge de la réunion. Les médias chinois, eux, n’en ont fait aucune mention. Xi a enchaîné avec une visite en Égypte, sa première en dix ans, pour appeler les pays du Moyen-Orient à rejeter « les ingérences extérieures » et plaider pour une résolution diplomatique du conflit.

Hongda Fan, directeur du Centre Chine-Moyen-Orient de l’université de Shaoxing, résume la position de Pékin sans ambiguïté : « La Chine, avec ses intérêts mondiaux plus larges, peut seulement promouvoir activement la désescalade du conflit américano-iranien. Elle ne peut pas et ne s’engagera pas dans une confrontation acharnée avec les États-Unis pour l’Iran. »

Le commerce pétrolier lui-même montre ses limites. Les grands raffineurs publics chinois comme Sinopec ou PetroChina évitent depuis des années le brut iranien, craignant une exposition aux sanctions américaines. Ce sont des raffineurs indépendants, les « teapots », aux liens minimaux avec le système financier mondial en dollars, qui assurent l’essentiel de ces achats. L’administration Trump a certes sanctionné certains de ces acteurs et quelques entreprises basées à Hongkong, mais elle n’a pas encore visé les grandes banques chinoises soupçonnées de faciliter ces transactions.

Washington a évoqué la possibilité de cibler le système financier chinois dans le cadre de son opération baptisée « Operation Economic Outcast », mais les analystes doutent que la Maison-Blanche prenne ce risque alors qu’un sommet Xi-Trump est prévu le 24 septembre pour apaiser les tensions commerciales entre les deux puissances.

Le blocus américain des ports iraniens a par ailleurs fait chuter les exportations de brut iranien via le détroit d’Ormuz, passées d’environ 1,85 million de barils par jour en mars-avril à seulement 240 000 barils par jour en août, selon la plateforme de suivi maritime Kpler. Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a déclaré lundi que seuls 30 millions de barils iraniens restaient en mer et que les paiements chinois vers l’Iran allaient « s’épuiser ». Kpler estimait le mois dernier ce stock à environ 80 millions de barils, soit de quoi alimenter les revenus de Téhéran pendant six mois.

L’écart entre les engagements affichés et les réalisations concrètes est patent. Le partenariat stratégique global signé en 2021 prévoyait jusqu’à 400 milliards de dollars d’investissements chinois en Iran sur 25 ans. En 2023, l’ancien vice-ministre iranien de l’Économie Ali Fekri se déclarait « pas satisfait » du niveau d’investissement effectif, chiffré à seulement 185 millions de dollars. Andrea Ghiselli, directeur de recherche au ChinaMed Project, explique cette réticence : « Il n’y a aucun intérêt pour les entreprises chinoises à sacrifier leurs liens avec le système financier international pour développer leurs activités en Iran. Il est bien plus facile et rentable de commercer et d’investir ailleurs. »

La Chine entretient par ailleurs des relations importantes avec les rivaux régionaux de l’Iran. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont de grands partenaires commerciaux et énergétiques, et Pékin tire environ la moitié de ses importations de brut du Moyen-Orient. Mordechai Chaziza, spécialiste de la politique chinoise au Moyen-Orient à l’Ashkelon Academic College en Israël, formule ainsi l’équation : Pékin souhaite un Iran « stable, souverain, économiquement connecté et non occidental », mais certainement pas un Iran dont la confrontation avec Washington, Israël ou les monarchies du Golfe forcerait la Chine à choisir son camp.

Kerri Bitsoff, ancienne haute responsable du bureau américain du contrôle des avoirs étrangers (OFAC), tranche sur la nature du lien sino-iranien : « Ce n’est pas l’alliance que certains imaginent. Je le vois plutôt comme une relation commerciale dont l’Iran ne peut pas se détacher. » Elle ajoute que cette relation a servi les intérêts chinois, pétrole bon marché et États-Unis absorbés au Moyen-Orient, « mais seulement jusqu’au point où cela menace les autres intérêts de la Chine ».

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