Le débat budgétaire s’enlise à l’Assemblée nationale et les perspectives d’un compromis semblent de plus en plus incertaines. Philippe Juvin, député Les Républicains des Hauts-de-Seine et rapporteur général du projet de loi de finances pour 2027, estime que le Parlement ne parviendra pas à adopter le budget dans les conditions actuelles. Face aux divisions politiques et à l’absence de majorité absolue, il plaide pour un recours à l’article 49.3 de la Constitution, qui permet au gouvernement de faire adopter un texte sans vote, sauf si une motion de censure est adoptée. Une position qui accentue la pression sur le Premier ministre Sébastien Lecornu, alors que l’exécutif cherche à faire adopter un budget dans un contexte de finances publiques dégradées et de fortes tensions politiques à quelques mois de l’élection présidentielle.
Philippe Juvin avait déjà exprimé ses inquiétudes le 21 octobre devant l’Association des journalistes parlementaires, se déclarant « très pessimiste » sur la possibilité de trouver un accord entre les différentes formations politiques. Selon lui, les débats parlementaires ne permettent pas, à ce stade, de dégager une majorité autour d’une trajectoire budgétaire commune. Les oppositions défendent des orientations divergentes, notamment sur la fiscalité des entreprises, les dépenses sociales et les économies à réaliser dans les administrations publiques. « La France a besoin d’un budget », avait insisté le rapporteur général, expliquant avoir personnellement demandé à Sébastien Lecornu d’envisager rapidement l’utilisation du 49.3. Cette procédure permettrait au gouvernement de mettre fin aux discussions sur un texte déterminé, mais comporterait un risque politique majeur : si une majorité absolue de députés adoptait une motion de censure, le gouvernement serait renversé et le texte rejeté.
Le déficit public au cœur du désaccord entre les députés
Au-delà de la procédure parlementaire, Philippe Juvin critique également les orientations financières retenues par l’exécutif. Le projet de budget pour 2027 vise à ramener le déficit public à environ 5 % du produit intérieur brut, un objectif que le rapporteur juge insuffisant pour répondre à la dégradation des comptes publics. Il défend une réduction plus importante des dépenses, plutôt qu’une nouvelle augmentation des prélèvements obligatoires. « Il faut dépenser moins, il faut dépenser mieux et il faut travailler plus », avait-il déclaré devant les journalistes parlementaires. Le député considère notamment que les dépenses de protection sociale doivent faire l’objet d’un effort de maîtrise plus important. Il souhaite également améliorer la présentation des comptes publics afin de distinguer plus clairement les responsabilités financières de l’État, des collectivités territoriales et des organismes sociaux. Cette approche suscite cependant des désaccords avec les formations politiques qui privilégient une contribution fiscale accrue des ménages les plus aisés et des grandes entreprises, ou qui redoutent les conséquences des économies budgétaires sur les services publics.
Le gouvernement se retrouve ainsi confronté à une équation politique particulièrement délicate. Sébastien Lecornu doit obtenir l’adoption d’un budget sans disposer d’une majorité stable à l’Assemblée nationale, tout en évitant une motion de censure susceptible de provoquer une nouvelle crise gouvernementale. Le précédent du budget 2026, adopté après plusieurs recours au 49.3 et des négociations avec le Parti socialiste, illustre les difficultés auxquelles l’exécutif est confronté. Pour Philippe Juvin, prolonger les discussions sans perspective d’accord risque de retarder les décisions nécessaires à la maîtrise des finances publiques. Mais un passage en force constitutionnel pourrait également raviver les tensions avec les oppositions, qui réclament un véritable débat parlementaire sur les choix budgétaires. À l’approche de la fin de l’année, plusieurs scénarios demeurent envisageables, de la recherche d’un compromis à l’utilisation des mécanismes prévus par la Constitution. Le choix de Sébastien Lecornu sera déterminant pour la suite du quinquennat et pour la préparation de l’exercice budgétaire 2027.









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