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VIDÉO – Le dérapage d’Orelsan, qui traite de «fachos» ceux qui mangent du «porc» et écoutent «Michel Sardou». Le rappeur accusé de racisme

Orelsan a déclenché une vive polémique en associant les « fachos » à ceux qui mangent du porc et écoutent Michel Sardou. Dans un morceau interprété sur scène, le rappeur affirme également être le contraire de CNews. En choisissant des habitudes alimentaires et des goûts musicaux partagés par des millions de Français pour caricaturer ses adversaires politiques, l’artiste se livre à un amalgame particulièrement méprisant. Une sortie qui suscite des accusations de racisme et soulève une question : au nom de la lutte contre l’extrême droite, peut-on ainsi stigmatiser une partie de la population ?

« Ils veulent manger du porc et chanter du Sardou » : Orelsan dérape sur scène

Lors d’un concert donné le 27 octobre à l’Arkéa Arena, près de Bordeaux, Orelsan a interprété un morceau inédit intitulé XXX, dans lequel il exprime son rejet de l’extrême droite. Le rappeur y lance : « J’veux pas qu’les fachos m’écoutent. En gros je suis le contraire de CNews. » Il poursuit : « Ils veulent manger du porc et chanter du Sardou. »

Le rapprochement est ignoble. Pour décrire ceux qu’il qualifie de « fachos », Orelsan ne cite ni un programme politique, ni une déclaration extrémiste, ni un comportement discriminatoire. Il choisit deux références ordinaires de la société française : la consommation de porc et les chansons de Michel Sardou.

Autrement dit, le rappeur associe à l’extrême droite des pratiques qui concernent des millions de personnes, toutes sensibilités politiques confondues. Un raccourci particulièrement grossier qui transforme des habitudes alimentaires et culturelles en signes supposés d’appartenance idéologique.

Manger du porc serait donc devenu condamnable ?

C’est sans aucun doute la référence la plus contestable, voire totalement raciste, de cette sortie. Le porc occupe une place importante dans la gastronomie française, du jambon au saucisson, en passant par les nombreuses spécialités régionales. Sa consommation ne dit strictement rien des convictions politiques d’une personne.

Pourquoi Orelsan choisit-il précisément cet aliment pour caractériser les « fachos » ? La question est d’autant plus sensible que le porc est interdit par les prescriptions alimentaires de l’islam et du judaïsme et qu’il est régulièrement instrumentalisé dans les débats identitaires.

En reprenant ce marqueur, le rappeur contribue à politiser une pratique alimentaire parfaitement banale. Il donne ainsi l’impression que certaines traditions françaises seraient devenues suspectes et qu’il suffirait de les apprécier pour être rangé dans une catégorie politique infamante.

Le procédé est particulièrement contradictoire chez un artiste qui entend dénoncer le racisme. Combattre les préjugés en recourant soi-même à des stéréotypes culturels constitue une curieuse manière de défendre la tolérance.

Michel Sardou transformé en symbole des « fachos » : le mépris de millions de Français

La référence à Michel Sardou est tout aussi révélatrice. Avec plus de 50 ans de carrière, des dizaines de millions de disques vendus et des chansons connues de plusieurs générations, le chanteur appartient au patrimoine musical français. À 79 ans, Michel Sardou a récemment annoncé que sa voix ne lui permettait plus de chanter et exclu définitivement son retour sur scène⁠.

Écouter Les Lacs du Connemara, La Maladie d’amour ou Je vais t’aimer n’a évidemment aucune signification politique particulière. Le public de Sardou rassemble des Français de toutes les générations, de tous les milieux sociaux et de toutes les sensibilités.

Certes, le chanteur a régulièrement suscité des controverses avec certaines de ses prises de position et plusieurs de ses chansons. Mais cela ne transforme pas ses admirateurs en militants d’extrême droite.

En utilisant Sardou comme repoussoir politique, Orelsan vise bien davantage qu’un chanteur. Il caricature une culture populaire française et ses amateurs, comme si apprécier un répertoire musical traditionnel constituait une faute idéologique.

Cette façon de distribuer les étiquettes politiques en fonction des goûts culturels relève d’un mépris difficile à concilier avec le discours de tolérance que le rappeur entend défendre.

CNews, le porc et Sardou : trois références réunies dans un même amalgame

Orelsan affirme également être « le contraire de CNews », plaçant la chaîne d’information dans la même opposition politique que les « fachos », avant d’évoquer le porc et Michel Sardou.

L’artiste est libre de critiquer CNews et sa ligne éditoriale. Il est également libre de rejeter les idées de l’extrême droite. Mais regarder une chaîne de télévision, manger du porc ou écouter un chanteur populaire ne constitue en soi aucune preuve d’adhésion à une idéologie.

Le problème réside dans l’accumulation de ces références. En quelques mots, Orelsan construit une caricature de ses adversaires politiques à partir de pratiques culturelles et alimentaires largement répandues dans la population française.

La suite de son morceau évoque les « sales racistes », confirmant que sa cible revendiquée est le racisme. Mais cette intention ne rend pas ses raccourcis moins contestables. À force de confondre les comportements racistes avec des goûts et des habitudes ordinaires, le rappeur brouille lui-même le message qu’il prétend défendre.

Des accusations de racisme et une polémique sur le mépris des traditions françaises

La vidéo a été relayée sur X, où les paroles d’Orelsan ont suscité des réactions indignées.

Les paroles d’Orelsan reposent en effet sur des stéréotypes alimentaires et culturels dont l’utilisation pour désigner les « fachos » mérite une critique particulièrement ferme.

L’ironie est ici accablante pour le rappeur : Orelsan entend dénoncer ceux qui enferment les individus dans des catégories, mais utilise lui-même des raccourcis pour représenter les personnes dont il rejette les opinions. Le procédé est d’autant plus maladroit qu’il touche à des habitudes partagées par une immense partie de la population.

Orelsan donne des leçons de tolérance en multipliant les clichés

Le rappeur n’en est pas à sa première controverse. À la fin des années 2000, sa chanson Sale Pute avait provoqué une importante polémique en raison de paroles violentes envers les femmes. Orelsan avait alors défendu la dimension fictionnelle de son écriture, et les procédures judiciaires engagées autour de ses textes s’étaient finalement conclues en sa faveur.

Cette fois, la polémique porte sur le mépris culturel et les amalgames politiques. En voulant afficher son opposition aux « fachos », Orelsan a choisi d’associer l’extrême droite à la consommation de porc et à Michel Sardou, deux références qui ne permettent évidemment pas de déterminer les opinions de qui que ce soit.

Le plus frappant reste cette facilité avec laquelle un artiste peut prétendre défendre l’ouverture d’esprit tout en réduisant une partie de la société à des clichés. La lutte contre le racisme mérite mieux que des caricatures sur ce que les Français mangent, écoutent ou regardent à la télévision.

Le porc n’est pas un bulletin de vote, Michel Sardou n’est pas une carte de parti et les goûts culturels ne sont pas des preuves de fascisme. En choisissant de les associer aux « fachos », Orelsan a surtout démontré les limites d’un discours politique qui prétend combattre les préjugés en en fabriquant de nouveaux.

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