L’humoriste Pierre Metzger a été convoqué par la police judiciaire après une chronique diffusée le 14 octobre sur Radio Nova, au cours de laquelle il avait divulgué des informations sur les domiciles de Vincent Bolloré et Bernard Arnault, tout en tenant des propos évoquant des violences à leur encontre. L’enquête porte notamment sur des soupçons de provocation publique à commettre un crime ou un délit et de divulgation d’informations personnelles exposant autrui à un risque d’atteinte à sa personne ou à ses biens.
Des adresses personnelles dévoilées et des appels à la violence sous couvert d’humour
Les faits remontent au 14 octobre, dans l’émission La Riposte, animée par Akim Omiri sur Radio Nova, station appartenant au milliardaire Matthieu Pigasse. Dans sa chronique, Pierre Metzger avait proposé aux manifestants de changer de stratégie en abandonnant les rassemblements devant Matignon pour se rendre directement chez plusieurs grands patrons français.
Après avoir évoqué les adresses supposées de Vincent Bolloré et Bernard Arnault, le chroniqueur avait imaginé un parcours passant par leurs domiciles. Il avait notamment proposé d’« attraper » Vincent Bolloré, de lui faire une « clé de papouilles » avant de lui mettre « un petit nœud de cravate coulissant autour du cou ». Il avait ensuite suggéré de se rendre avec lui au domicile de Bernard Arnault.
Plus loin, en évoquant une partie de balle au prisonnier avec des responsables du Medef, Pierre Metzger avait lancé : « N’hésitez pas à tirer dans la tête. » Le dirigeant de Bpifrance avait également été visé par une plaisanterie dans laquelle l’humoriste proposait de le déguiser en manifestant avant de le jeter face à un cordon de CRS.
Les adresses avaient été prononcées devant le public présent lors de l’enregistrement. Des passages avaient ensuite été masqués par des signaux sonores dans la vidéo publiée sur Internet, avant le retrait de la chronique.
Deux infractions examinées par la police judiciaire
Pierre Metzger a été convoqué le jeudi 29 octobre par la police judiciaire. Il s’est présenté à sa convocation, mais les enquêteurs lui ont annoncé que son audition était reportée à une date ultérieure.
La procédure porte sur deux qualifications pénales : « provocation publique et directe non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit » et « divulgation d’informations personnelles permettant d’identifier ou de localiser une personne et exposant à un risque direct d’atteinte à la personne ou aux biens ».
Le 20 octobre, l’association Ligue des Libertés avait saisi le procureur de la République de Paris. Elle dénonçait la divulgation d’informations permettant de localiser les deux milliardaires et demandait notamment que Pierre Metzger, Akim Omiri et le directeur de la publication de Radio Nova soient entendus.
Un responsable du groupe Combat, propriétaire de la station, a également été convoqué par la police judiciaire lundi 2 novembre. À ce stade, aucune condamnation ni mise en examen de Pierre Metzger n’a été annoncée.
Radio Nova avait désavoué son chroniqueur et supprimé la vidéo
Dès le 17 octobre, Radio Nova avait pris publiquement ses distances avec les propos de Pierre Metzger, après la diffusion de plusieurs extraits sur les réseaux sociaux.
Dans un communiqué, la station avait déclaré : « Les propos tenus dans la vidéo récemment diffusée sur les réseaux sociaux ne reflètent ni les valeurs ni la ligne éditoriale de Radio Nova. » Elle avait annoncé le retrait de la vidéo de ses comptes officiels.
La direction avait également rappelé son attachement à la liberté d’expression et son refus de la violence. Une réunion avec les producteurs de La Riposte avait été organisée le 19 octobre afin d’éviter la répétition de tels propos à l’antenne.
Éric Ciotti a saisi l’Arcom et demandé la suspension de Radio Nova
La polémique avait également provoqué une réaction politique. Le 17 octobre, Éric Ciotti, président de l’Union des droites pour la République, avait annoncé avoir saisi l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique.
Le député des Alpes-Maritimes avait réclamé la suppression de l’émission La Riposte, une mise en demeure de Radio Nova et l’examen d’une suspension de la station, voire du retrait de son autorisation d’émettre.
Le responsable politique dénonçait la divulgation d’adresses privées accompagnée de propos violents et demandait au régulateur de prendre des sanctions. Aucune décision de suspension de la radio n’a été annoncée à ce stade.
Pierre Metzger dénonce une « tentative d’intimidation »
De son côté, Pierre Metzger conteste les accusations portées contre lui et dénonce une « tentative d’intimidation ». Il affirme qu’il ne « changera pas sa manière de faire de l’humour » et estime que la liberté d’expression est menacée.
L’humoriste affirme également avoir reçu des menaces sur les réseaux sociaux et par téléphone. Il assure que sa propre adresse personnelle a été diffusée en ligne et envisage de déposer plainte pour cyberharcèlement.
Son avocat, Me Julien Kahn, conteste la caractérisation des infractions reprochées à son client. L’équipe de La Riposte et son animateur Akim Omiri défendent également le chroniqueur, estimant que ses propos relevaient de l’humour politique.
L’avocat de Vincent Bolloré, Me Olivier Baratelli, a indiqué que son client n’avait pas pour habitude de commenter les enquêtes judiciaires. Les représentants de Bernard Arnault n’ont pas fait connaître de réaction publique.
La procédure judiciaire suit désormais son cours, parallèlement à l’examen de la saisine de l’Arcom. L’audition de Pierre Metzger, initialement prévue le 29 octobre, doit être reprogrammée.









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