Radio Nova, la station appartenant au milliardaire Matthieu Pigasse, est au cœur d’une violente polémique après la diffusion d’une chronique dans laquelle l’humoriste Pierre Metzger a évoqué les adresses personnelles de Bernard Arnault et Vincent Bolloré, tout en multipliant les allusions à des violences contre plusieurs grands patrons français. Samedi, Éric Ciotti a annoncé avoir saisi en urgence l’Arcom pour réclamer des sanctions pouvant aller jusqu’à la suspension de la radio et au retrait de son autorisation d’émettre. Face à l’ampleur de la polémique, Radio Nova a finalement pris ses distances avec les propos de son chroniqueur et retiré la vidéo de ses réseaux sociaux.
Bernard Arnault et Vincent Bolloré directement visés à l’antenne
La polémique a éclaté après une chronique de Pierre Metzger, diffusée mercredi 14 octobre dans l’émission La Riposte, présentée par Akim Omiri sur Radio Nova. Devant un public, l’humoriste a évoqué les manifestations du samedi 17 octobre et les initiatives d’étudiants envisageant de se rendre devant l’hôtel de Matignon, résidence officielle du Premier ministre Sébastien Lecornu.
« Matignon, ça sert à héberger des parasites, pas à obtenir des réponses », a lancé Pierre Metzger, avant d’expliquer que les ministres avaient, selon lui, perdu toute influence. Il a alors suggéré aux manifestants de se tourner directement vers les grandes fortunes françaises.
L’humoriste a cité l’adresse supposée du domicile parisien de Bernard Arnault, président-directeur général de LVMH. La salle a applaudi, tandis qu’Akim Omiri lui a demandé de répéter l’adresse. Pierre Metzger s’est exécuté avant de plaisanter sur la possibilité de communiquer également le digicode de l’immeuble par message privé.
La chronique a ensuite visé Vincent Bolloré, le Medef et le dirigeant de Bpifrance. Les adresses personnelles évoquées ont été partiellement masquées par des signaux sonores dans la vidéo diffusée sur Internet, alors qu’elles avaient été prononcées devant le public présent lors de l’enregistrement.
« Un petit nœud de cravate coulissant autour du cou » : des propos qui dépassent la simple provocation
Pierre Metzger a poursuivi sa chronique en imaginant un parcours de manifestation passant par les domiciles de plusieurs dirigeants économiques. Évoquant Vincent Bolloré, il a proposé de l’« attraper » avant de lui mettre « un petit nœud de cravate coulissant autour du cou ».
L’humoriste a également suggéré de se rendre chez Bernard Arnault et d’y retrouver Vincent Bolloré. Il a joué à plusieurs reprises sur le double sens de certains mots pour évoquer des coups, tout en présentant ses propositions sous une apparence humoristique.
La chronique a pris une autre dimension lorsqu’il a imaginé une partie de balle au prisonnier avec des dirigeants du Medef. « N’hésitez pas à tirer dans la tête », a-t-il lancé, déclenchant de nouveaux rires dans le public.
Le patron de Bpifrance a également été visé par un passage dans lequel l’humoriste imaginait le déguiser en manifestant, inscrire le slogan « ACAB » sur son front et le jeter dans un cordon de CRS.
Ces propos ont été tenus dans une émission humoristique, devant un public qui a régulièrement ri et applaudi. Leur diffusion, au moment où des manifestations étaient annoncées dans plusieurs villes françaises, a provoqué une vague d’indignation.
Éric Ciotti exige la suspension de Radio Nova et la suppression de « La Riposte »
Samedi 17 octobre, Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et président de l’Union des droites pour la République, a annoncé avoir saisi en urgence l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique.
« Les adresses privées de Bernard Arnault et Vincent Bolloré ont été divulguées, accompagnées de propos d’une violence inouïe : “N’hésitez pas à tirer dans la tête”. L’ultragauche franchit toutes les lignes rouges ! », a dénoncé le responsable politique.
Dans sa saisine, Éric Ciotti a réclamé le retrait immédiat des passages concernés, la suppression définitive de l’émission La Riposte et une mise en demeure de Radio Nova.
Il a également demandé l’examen d’une suspension de la station « pour la durée maximale prévue par la loi », ainsi que l’ouverture d’une procédure susceptible d’aboutir au retrait de ses autorisations d’émettre. Le député souhaite enfin que les faits soient transmis au procureur de la République.
« La liberté d’expression ne peut servir de paravent à la violence politique d’ultragauche ! L’Arcom doit prendre ses responsabilités. Aucune impunité, stop aux deux poids deux mesures ! », a-t-il ajouté.
Radio Nova désavoue son humoriste et retire la vidéo
Face à la polémique, Radio Nova a publié une réaction samedi 17 octobre. La station détenue par Matthieu Pigasse a officiellement pris ses distances avec la chronique de Pierre Metzger.
« Les propos tenus dans la vidéo récemment diffusée sur les réseaux sociaux ne reflètent ni les valeurs ni la ligne éditoriale de Radio Nova. En conséquence, cette vidéo a été retirée de l’ensemble de ses réseaux sociaux », a déclaré la radio.
La direction a également affirmé que « la liberté d’expression est un principe fondamental. Le refus de la violence l’est tout autant ». Elle a annoncé une réunion avec les producteurs de La Riposte lundi 19 octobre afin d’éviter la répétition d’un tel incident.
Le retrait de la vidéo et cette prise de distance constituent les premières mesures publiques prises par la station après la polémique. Radio Nova n’a pas annoncé la suppression de l’émission ni la suspension de Pierre Metzger.
Une nouvelle polémique pour la radio de Matthieu Pigasse
Radio Nova appartient au groupe Combat, contrôlé par Matthieu Pigasse, banquier d’affaires et propriétaire de plusieurs médias. Le milliardaire nourrit également des ambitions dans le paysage audiovisuel français, avec un projet de déclinaison de Radio Nova sur la TNT. La station avait déjà été confrontée à des controverses concernant les propos de certains de ses humoristes.
En novembre 2025, une chronique de Pierre-Emmanuel Barré comparant les forces de l’ordre à l’organisation État islamique avait suscité la colère du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui avait porté plainte. Début 2026, La Riposte avait également été critiquée après un sketch consacré à Brigitte Macron et comportant des propos sur les juifs et le cinéma. Son animateur Akim Omiri avait contesté toute accusation d’antisémitisme.
La nouvelle affaire place désormais Radio Nova devant le régulateur de l’audiovisuel. L’Arcom dispose, dans le cadre de la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, de différents pouvoirs de contrôle et de sanction, notamment la mise en demeure, les sanctions financières, la suspension temporaire ou, dans les conditions prévues par la loi, le retrait d’une autorisation.
À ce stade, aucune décision de suspension liée à cette chronique n’a été annoncée. La saisine d’Éric Ciotti et les déclarations de Radio Nova constituent les deux principales suites officielles de cette affaire, dont les propos et les circonstances de diffusion pourront désormais être examinés par le régulateur.

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