La crise interne à BFMTV a pris une nouvelle tournure ce jeudi. Sonia Mabrouk aurait posé un ultimatum à sa direction après les déclarations de son confrère Igor Sahiri sur le plateau de Quotidien, sur TMC. La journaliste, arrivée de CNews à la rentrée et désormais aux commandes de 100% Mabrouk, réclamerait une sanction publique contre le grand reporter. Elle aurait menacé de se mettre en retrait si sa demande n’était pas satisfaite, avec une formule sans détour : « C’est lui ou moi ! » Un nouveau conflit au sein d’une rédaction déjà divisée, où plus de 200 journalistes ont dénoncé cette semaine ce qu’ils considèrent comme des dérives éditoriales.
Les propos d’Igor Sahiri dans « Quotidien » qui ont déclenché la colère de Sonia Mabrouk
Tout est parti du passage d’Igor Sahiri, grand reporter de BFMTV, dans l’émission Quotidien, présentée par Yann Barthès, lundi soir. Invité à s’exprimer sur les accusations de racisme visant la chaîne et sur les difficultés rencontrées par ses journalistes sur le terrain, le reporter a d’abord fermement défendu sa rédaction.
« BFMTV est taxée de chaîne raciste. C’est dramatique parce que c’est factuellement faux », a-t-il déclaré. Le journaliste a néanmoins reconnu l’existence d’un malaise concernant l’évolution de la programmation de la chaîne et la place accordée à certaines personnalités politiques.
Interrogé sur le recrutement de Sonia Mabrouk, il a notamment affirmé : « Il y a des journalistes de la rédaction qui se posent la question de savoir si on a bien fait de faire venir Sonia Mabrouk. » Le grand reporter a également expliqué que sa consœur « cristallise effectivement la haine » à l’extérieur de BFMTV, notamment en raison des invités de ses émissions et des propos tenus sur certains plateaux.
Igor Sahiri a précisé que des discussions avaient lieu au sein de la rédaction et que la direction cherchait à entendre les inquiétudes des équipes. Il a aussi regretté que certains propos tenus à l’antenne ne soient pas suffisamment contestés par les présentateurs.
Sonia Mabrouk aurait refusé de parler à Igor Sahiri et exigé des sanctions
Ces déclarations auraient profondément irrité Sonia Mabrouk, qui considérerait les propos de son confrère comme déloyaux envers elle et envers la chaîne. Mercredi, la présentatrice aurait refusé de lui adresser la parole dans les locaux de BFMTV.
La journaliste serait ensuite allée plus loin en demandant à sa direction de sanctionner publiquement Igor Sahiri. Faute d’une telle décision, elle envisagerait de se mettre en retrait de l’antenne. L’ultimatum qui lui est attribué, « C’est lui ou moi », traduirait la gravité du désaccord entre les deux journalistes.
À ce stade, aucune sanction contre Igor Sahiri n’a été annoncée publiquement et la direction de BFMTV n’a pas confirmé l’existence de cet ultimatum. Sonia Mabrouk n’a pas davantage officialisé un retrait de son émission.
Plus de 200 journalistes dénoncent des dérives éditoriales
Ce conflit personnel se déroule alors que BFMTV traverse une crise interne particulièrement tendue. Mercredi, une lettre signée par 213 journalistes, selon le décompte rapporté, a été adressée à la direction pour dénoncer la banalisation présumée de propos racistes ou discriminatoires à l’antenne.
Les signataires réclament notamment un encadrement plus strict des invités, un recadrage systématique des propos discriminatoires et davantage de place pour les reportages de terrain. Ils souhaitent également une couverture plus équilibrée des manifestations, estimant que les journalistes ne doivent pas être sollicités uniquement lorsque des violences éclatent.
Cette mobilisation fait suite à une première protestation de quelque 160 salariés des équipes techniques, qui avaient eux aussi alerté leur hiérarchie sur l’évolution éditoriale de la chaîne.
Les réserves exprimées à l’égard de Sonia Mabrouk ne datent d’ailleurs pas de cette semaine. Dès l’annonce de son recrutement par BFMTV, en février, la Société des journalistes avait rappelé son attachement à une chaîne d’information fondée sur les faits et le reportage, en soulignant que sa ligne éditoriale était différente de celle de CNews.
Des reporters contraints de cacher le logo de BFMTV pendant les manifestations
Les tensions internes ont également des conséquences sur le travail des journalistes à l’extérieur des studios. Plusieurs reporters de BFMTV ont été pris à partie lors de manifestations, certains participants leur reprochant la couverture éditoriale de la chaîne.
Pour limiter les risques d’agression, des équipes ont commencé à retirer les bonnettes bleues portant le logo de BFMTV sur leurs microphones. Certains journalistes évitent également d’être identifiés lorsqu’ils couvrent des rassemblements particulièrement tendus.
Igor Sahiri a décrit cette situation dans « Quotidien », expliquant que les reporters de terrain subissaient directement les conséquences de l’image de leur chaîne. Ces difficultés ont contribué à la mobilisation interne des journalistes, qui demandent à leur direction de protéger leurs conditions de travail et de restaurer la confiance avec le public.
La direction de BFMTV maintient son soutien à Sonia Mabrouk
Face à la contestation, la direction de CMA Media, propriétaire de BFMTV, a annoncé mercredi plusieurs mesures. Une cellule chargée des invités politiques doit être créée sous la responsabilité de Fabien Namias, directeur général de la chaîne, afin de mieux coordonner les invitations et de diversifier les intervenants. Un baromètre mensuel du pluralisme doit également être publié.
Jean-Philippe Baille, directeur général délégué à l’information de CMA Media, a toutefois précisé que ces mesures ne constituaient « ni un changement de ligne éditoriale ni une reconnaissance des accusations portées contre nos antennes ». Il a contesté les accusations de banalisation du racisme et rappelé qu’inviter une personnalité politique ne signifiait pas adhérer à ses positions.
La direction a également renouvelé son soutien à Sonia Mabrouk, défendant son professionnalisme et son indépendance face aux critiques. La journaliste avait déjà fermement répondu aux syndicats qui contestaient la composition de ses plateaux, déclarant notamment : « Je ne me laisserai pas salir. »
Malgré ce soutien officiel, la situation reste tendue entre la présentatrice et une partie de la rédaction. Sonia Mabrouk assure depuis la rentrée la présentation de « 100% Mabrouk », diffusée en début de soirée sur BFMTV. La chaîne n’a annoncé, ce jeudi, ni modification de cette programmation ni mesure disciplinaire visant Igor Sahiri.









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