La France se comporterait-elle comme la Russie, pays qu’elle critique pourtant ? Le gouvernement français a ordonné le gel des fonds et des ressources économiques de Xenia Fedorova, ancienne dirigeante de RT France devenue chroniqueuse dans plusieurs médias. La mesure, entrée en vigueur ce vendredi, s’ajoute à l’arrêté d’expulsion déjà prononcé contre elle par le ministère de l’Intérieur. La journaliste russe, accusée par les autorités françaises de relayer la propagande du Kremlin, ne peut désormais plus accéder aux fonds et aux ressources économiques qu’elle détient en France. L’arrêté a été signé conjointement par Roland Lescure, ministre de l’Économie, et Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur.
Ses fonds et ses ressources économiques bloqués
Pour justifier cette décision, le gouvernement s’appuie sur la loi du 25 juillet 2024 destinée à prévenir les ingérences étrangères en France. Ce texte permet de geler les fonds et les ressources économiques de personnes soupçonnées de participer à des actions d’ingérence, de les encourager ou de les financer. La mesure vise à empêcher l’utilisation de ressources financières susceptibles, selon l’exécutif, de porter atteinte à la sécurité, à l’ordre public ou aux intérêts fondamentaux de la nation. Elle concerne les biens et les ressources détenus en France par Xenia Fedorova. Le gel financier complète l’arrêté d’expulsion pris à son encontre. Depuis cette décision, la chroniqueuse est assignée à résidence et doit se présenter quotidiennement au commissariat. Elle a déposé un recours pour contester son expulsion.
Laurent Nuñez assume une décision « très grave »
Laurent Nuñez rejette les accusations d’atteinte à la liberté d’expression formulées par Xenia Fedorova, Canal+ et le groupe Lagardère. Les deux groupes avaient dénoncé une décision portant, selon eux, « une atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions ». Le ministre de l’Intérieur affirme au contraire que le dossier concerne la protection des intérêts fondamentaux du pays. « On est sur un sujet qui est très grave, qui est celui d’une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation », a-t-il déclaré. Selon lui, Xenia Fedorova ne se contente pas de défendre une opinion politique ou de présenter une lecture différente de la guerre en Ukraine : « Xenia Fedorova relaie purement et simplement la propagande russe », a-t-il affirmé, estimant que cette propagande cherche à « saper le fonctionnement démocratique en France ».
L’ancienne patronne de RT France dans le viseur
Xenia Fedorova a dirigé RT France, déclinaison française de la chaîne russe RT. La diffusion de la chaîne a été interdite dans l’Union européenne en mars 2022, après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Depuis la disparition de RT France des écrans, Xenia Fedorova a poursuivi ses activités médiatiques en France. Elle est régulièrement invitée ou employée comme chroniqueuse et défend publiquement des positions proches de celles du Kremlin. Pour le gouvernement, ses prises de parole ne relèvent plus seulement du commentaire politique. Les autorités considèrent qu’elles participent à une stratégie d’influence russe sur le territoire français.
Le ministre écarte toute volonté de faire taire une opinion
Laurent Nuñez assure que l’expulsion de Xenia Fedorova et le gel de ses ressources ne visent pas à empêcher l’expression d’idées favorables à la Russie. Il rappelle que plusieurs responsables politiques français tiennent eux-mêmes des positions comparables sans faire l’objet d’une procédure similaire. « Je ne doute pas une seconde que ceux qui portent des théories comme celle que développait cette personne vont continuer à être diffusés », a-t-il déclaré. Le ministre a notamment cité Florian Philippot et Thierry Mariani. « Quand on entend M. Florian Philippot, quand on entend M. Thierry Mariani, on n’est pas très loin de ce que dit Mme Fedorova. Donc, ils continueront à s’exprimer », a-t-il ajouté. Le gouvernement établit ainsi une distinction entre l’expression d’une opinion politique, même favorable à Moscou, et une activité qu’il considère comme une opération structurée de propagande étrangère.
Canal+ et Lagardère dénoncent une atteinte au pluralisme
Canal+ et Lagardère, qui emploient Xenia Fedorova en France, ont publiquement contesté la procédure engagée contre elle. Les deux groupes considèrent que l’arrêté d’expulsion porte atteinte à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions. Laurent Nuñez maintient cependant que cette affaire ne relève pas d’un désaccord éditorial. Selon lui, les mesures prises répondent à une menace contre les intérêts nationaux et non au contenu d’une simple chronique. Xenia Fedorova reste assignée à résidence dans l’attente de l’examen de son recours. Le gel de ses fonds et de ses ressources économiques est, lui, effectif depuis ce vendredi.