Dans une longue lettre adressée « aux Françaises et aux Français », Bernard Cazeneuve expose sa vision pour le pays et dessine les contours d’un véritable projet présidentiel. L’ancien Premier ministre socialiste veut rompre avec ce qu’il décrit comme un « affaissement » de la France et propose de reconstruire l’action publique autour de trois priorités : protéger les Français, remettre l’État en état et restaurer les souverainetés du pays.
Bernard Cazeneuve dresse d’abord un constat particulièrement sévère des dernières années. Il dénonce un État qui s’est progressivement retiré de certains territoires, l’affaiblissement des services publics, la crise de l’école et de l’hôpital ainsi qu’une instabilité politique devenue selon lui chronique. Il critique également une présidence trop interventionniste et plaide pour retrouver un chef de l’État davantage placé au-dessus de la mêlée.
Sur les institutions, l’ancien Premier ministre propose notamment le retour au septennat présidentiel et souhaite redonner au Premier ministre la conduite effective de la politique nationale. Il défend aussi l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives, une limitation du recours aux procédures accélérées et au 49.3, ainsi qu’un renforcement des contre-pouvoirs. Il veut parallèlement réduire la concentration des médias et imposer une vaste politique de simplification administrative.
Retraites, fiscalité et services publics
Sur les retraites, Bernard Cazeneuve refuse un nouveau recul généralisé de l’âge légal. Il privilégie la durée de cotisation, veut restaurer des critères de pénibilité permettant des départs anticipés, mieux protéger les carrières longues et développer les retraites progressives ainsi que l’emploi des seniors. Il défend également une « règle d’or sociale » destinée à garantir le financement durable de la Sécurité sociale et à obliger l’État à compenser intégralement les exonérations de cotisations sociales.
En matière fiscale, il réclame une contribution accrue des très grandes fortunes et des revenus du capital, tout en refusant une fiscalité qu’il juge punitive pour l’investissement et la production. Il veut simplifier le système fiscal, réduire certaines niches et utiliser une partie des économies réalisées pour diminuer les impôts pesant sur la production. La maîtrise de la dette devient également une priorité, l’ancien Premier ministre estimant qu’elle fait peser une charge injuste sur les générations futures.
Bernard Cazeneuve place aussi la sécurité au cœur de son projet, estimant qu’elle « n’est pas un thème de droite ». Il propose le retour d’une police de proximité dotée d’effectifs dédiés, davantage de prévention et une lutte renforcée contre les trafics de drogue et la criminalité organisée. Sur l’enfance, il veut un contrôle accru des professionnels travaillant auprès des mineurs, davantage d’inspections et un système national permettant de suivre chaque signalement afin qu’aucune alerte ne reste sans réponse.
Enfin, l’ancien Premier ministre défend une réindustrialisation sur dix ans, le maintien et le renouvellement du nucléaire, une politique agricole tournée vers la souveraineté alimentaire et un vaste plan écologique de rénovation des écoles. Il souhaite créer une « DATAR du climat » chargée d’adapter les territoires au réchauffement et investir massivement dans l’éducation, notamment dans la revalorisation des enseignants et la maîtrise de l’intelligence artificielle. Son projet revendique clairement une filiation avec une « gauche républicaine, sociale, européenne et réformiste ».
Sans annoncer formellement dans cette lettre une candidature à l’Élysée, Bernard Cazeneuve adopte clairement le registre d’un homme qui entend proposer une alternative pour gouverner. « Le pays n’est pas brisé : il est mal gouverné, mal représenté, mal considéré », écrit-il, avant d’inviter directement les Français à lui répondre et à participer à la construction de la suite.

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