Le chancelier allemand Friedrich Merz et la Première ministre japonaise Sanae Takaichi ont scellé mercredi à Tokyo un partenariat renforcé sur la sécurité économique, les technologies stratégiques et la défense, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes.
Les troisième et quatrième économies mondiales ont décidé de resserrer leurs liens. À l’occasion de sa première visite officielle au Japon depuis son arrivée à la chancellerie, Friedrich Merz a rencontré Sanae Takaichi à Tokyo pour adopter des déclarations communes sur la sécurité économique et les technologies d’avenir, destinées à structurer la coopération bilatérale dans les années à venir.
Sans citer nommément la Chine ni les États-Unis, les deux dirigeants ont exprimé leur « profonde inquiétude face au recours accru à la coercition économique, notamment par des restrictions arbitraires à l’exportation et des mesures de rétorsion concernant des matières premières critiques ». Ils ont également rejeté les pratiques « non conformes aux règles du marché » qui engendrent des surcapacités et des distorsions de concurrence. Le message, formulé avec soin, vise manifestement des pratiques que Pékin comme Washington ont employées ces dernières années pour peser sur leurs partenaires commerciaux.
La question des matières premières critiques occupe une place centrale dans ce rapprochement. Le Japon fait face depuis plusieurs mois à des pénuries d’approvisionnement après que la Chine a restreint ses exportations de terres rares, en réaction aux déclarations de Takaichi sur une possible intervention militaire japonaise en cas de crise autour de Taïwan. Berlin et Tokyo ont signé une déclaration d’intention commune sur ce sujet et annoncé leur volonté de diversifier leurs sources d’approvisionnement, tout en améliorant l’interchangeabilité des terres rares dans leurs industries automobiles respectives.
Au-delà des matières premières, les deux pays entendent approfondir leur coopération dans des secteurs jugés stratégiques : semi-conducteurs, batteries, véhicules électriques, intelligence artificielle industrielle, robotique, produits pharmaceutiques et énergie éolienne. Un dialogue de haut niveau sur l’intelligence artificielle sera instauré, accompagné d’un renforcement de la coopération en matière de cybersécurité, domaine dans lequel le Japon observe une montée en puissance de la cybercriminalité assistée par l’IA.
Sur le plan militaire, la visite intervient alors que des soldats allemands participent pour la première fois aux manœuvres nippo-américaines « Keen Sword », qui se tiennent jusqu’à jeudi sur plusieurs sites japonais, dont les espaces maritime et aérien autour d’Okinawa. Merz a également évoqué une possible participation allemande au programme d’avion de combat de nouvelle génération GCAP, développé conjointement par le Japon, le Royaume-Uni et l’Italie. Cette piste a pris de l’importance depuis l’échec, en juin dernier, du projet de chasseur franco-allemand. La question de savoir si Tokyo serait prêt à élargir le consortium reste ouverte.
Dans leur déclaration commune, les deux dirigeants ont affiché leur préoccupation face à la situation en mer de Chine orientale et méridionale, rejeté toute tentative unilatérale de modifier des situations existantes par la force, et souligné l’importance de la paix et de la stabilité dans le détroit de Taïwan.
Sur le terrain économique, Merz a plaidé lors d’un forum à Tokyo pour la création d’une alliance politique internationale visant à défendre un commerce mondial fondé sur des règles, capable de « réagir conjointement lorsque l’ordre fondé sur des règles est menacé ». L’Allemagne prévoit d’investir deux milliards d’euros dans l’intelligence artificielle et les technologies de pointe d’ici 2029, tandis que le Japon table sur près de 18 milliards d’euros d’investissements privés dans ces domaines d’ici 2040.
Le chancelier a également visité la start-up Kyoto Fusioneering, qui collabore avec Siemens Energy dans l’objectif de produire de l’électricité à partir de la fusion nucléaire, symbole affiché du partenariat technologique entre les deux pays. La tournée asiatique de Merz se poursuit jeudi en Corée du Sud, où les discussions porteront sur les relations économiques bilatérales, la sécurité et les technologies d’avenir.









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