Le réalisateur iranien Jafar Panahi, l’une des figures les plus respectées du cinéma international, fait l’objet d’une nouvelle condamnation par la justice de son pays. Le tribunal révolutionnaire de Téhéran lui a infligé une peine de cinq ans et un mois de prison, accompagnée de la confiscation de l’ensemble de ses biens mobiliers et immobiliers. Cette décision, révélée mardi 27 octobre 2026 par son avocat Mostafa Nili, s’ajoute à une précédente condamnation à un an d’emprisonnement prononcée en décembre 2025. Le cinéaste de 66 ans, récompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes pour « Un simple accident », se voit également interdire de quitter l’Iran et d’utiliser les réseaux sociaux pendant deux ans. Une nouvelle étape dans les démêlés judiciaires d’un artiste mondialement reconnu pour son regard critique sur la société iranienne.
Selon les déclarations de son avocat, cette nouvelle condamnation a été prononcée par contumace, sans que le réalisateur ait été informé de la date de son audience. Mostafa Nili affirme avoir découvert l’existence du jugement après le gel des comptes bancaires de son client, intervenu la semaine précédente. En se rendant auprès des services judiciaires compétents, il aurait appris que la 26e chambre du tribunal révolutionnaire avait déjà rendu sa décision. Le dossier indiquait que le cinéaste résidait à l’étranger et que les autorités n’avaient pas réussi à le localiser. Une justification contestée par la défense, qui assure que Jafar Panahi était revenu en Iran le 30 mars 2026. Les accusations précises à l’origine de cette nouvelle procédure n’ont pas été rendues publiques. Son avocat précise par ailleurs que le réalisateur fait actuellement l’objet de trois dossiers judiciaires distincts. Cette situation intervient alors qu’une précédente peine d’un an de prison, prononcée pour des accusations de propagande contre le système politique iranien, avait été confirmée par la justice en juin dernier.
Une Palme d’or face à la répression du pouvoir iranien
Le parcours de Jafar Panahi est marqué depuis plus de vingt ans par des confrontations répétées avec les autorités de la République islamique. En 2010, le réalisateur avait été condamné à six ans de prison et à vingt années d’interdiction de réaliser des films, d’écrire des scénarios et de voyager à l’étranger. Malgré ces restrictions, il avait poursuivi son travail artistique, réalisant plusieurs œuvres clandestinement. En juillet 2022, il avait été incarcéré à la prison d’Evine, à Téhéran, avant d’être libéré en février 2023 après environ sept mois de détention et une grève de la faim. Ces difficultés n’ont pas empêché le cinéaste de construire une carrière internationale exceptionnelle. Récompensé par la Caméra d’or à Cannes en 1995 pour « Le Ballon blanc », il a ensuite remporté le Lion d’or à Venise en 2000 pour « Le Cercle », puis l’Ours d’or à Berlin en 2015 pour « Taxi Téhéran ». En mai 2025, son film « Un simple accident », tourné clandestinement en Iran, lui a permis de décrocher la Palme d’or à Cannes. Cette œuvre, qui raconte les retrouvailles de plusieurs anciens prisonniers avec un homme qu’ils soupçonnent d’avoir été leur tortionnaire, aborde directement les traumatismes liés à la détention et à la violence politique. Elle a également obtenu deux nominations aux Oscars 2026, confirmant la place majeure du réalisateur dans le cinéma contemporain.
La nouvelle condamnation de Jafar Panahi soulève des interrogations sur la liberté de création et les conditions dans lesquelles les artistes peuvent exercer leur métier en Iran. Le réalisateur a régulièrement utilisé le cinéma pour explorer les contradictions sociales, les restrictions imposées aux individus et les conséquences des décisions politiques sur la vie quotidienne. Son œuvre occupe une place singulière dans le paysage culturel iranien, précisément parce qu’elle continue d’exister malgré les interdictions et les poursuites. La confiscation annoncée de ses biens et le gel de ses comptes bancaires constituent désormais des contraintes supplémentaires qui pourraient affecter directement sa capacité à travailler. La situation est d’autant plus préoccupante que le cinéaste a choisi de retourner vivre dans son pays malgré les risques judiciaires. Il avait expliqué vouloir continuer à respirer et à travailler en Iran, considérant que son lien avec cette société était indissociable de son identité artistique. À ce stade, les modalités d’application de ses différentes peines restent incertaines et aucune information officielle ne permet de confirmer une nouvelle incarcération. Mais cette décision judiciaire illustre une nouvelle fois les tensions entre les autorités iraniennes et un cinéaste dont les films continuent d’être salués à travers le monde. Pour Jafar Panahi, la reconnaissance internationale n’aura donc pas suffi à mettre fin aux poursuites engagées contre lui dans son propre pays.









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