Entrevue Moyen-Orient

Israël aux urnes : une participation record pour une élection qui pourrait tout changer

Israël aux urnes : une participation record pour une élection qui pourrait tout changer
Israël aux urnes : une participation record pour une élection qui pourrait tout changer

Les Israéliens votent mardi dans un scrutin présenté comme l’un des plus décisifs de l’histoire du pays, avec un taux de participation inédit. Le duel entre le Premier ministre sortant Benyamin Nétanyahou et l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot s’annonce extrêmement serré, sans qu’aucun camp ne soit assuré d’obtenir une majorité.

La journée électorale du 27 octobre 2026 s’inscrit d’emblée dans les annales : le taux de participation enregistré en Israël est le plus élevé jamais observé pour un scrutin législatif. Quelque 70 000 citoyens auraient même fait le voyage depuis l’étranger pour exercer leur droit de vote, tandis que des centaines de milliers d’autres votent pour la première fois.

Le scrutin oppose principalement Benyamin Nétanyahou, Premier ministre en exercice et figure tutélaire de la droite israélienne depuis trois décennies, à Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée à la tête du tout nouveau parti Yashar, fondé l’an dernier. Les derniers sondages publiés vendredi les donnaient pratiquement à égalité, sans que ni l’un ni l’autre ne soit en mesure de rassembler les 61 sièges nécessaires à la formation d’un gouvernement.

La campagne a été dominée par deux grandes fractures : la sécurité et l’état de la démocratie. Le bloc d’opposition, rassemblant des personnalités aussi diverses que l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, l’homme politique Avigdor Lieberman et le général de gauche Yair Golan, a martelé que les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, qui avaient coûté la vie à près de 1 200 personnes et conduit à la prise de 251 otages, constituaient un échec sécuritaire sans précédent imputable au gouvernement sortant. Ces partis réclament une commission d’enquête indépendante, que Nétanyahou a jusqu’ici refusée, estimant qu’elle lui serait défavorable.

Le Premier ministre sortant, lui, a choisi de se présenter en garant de la sécurité nationale, mettant en avant ce qu’il décrit comme des victoires stratégiques dans les conflits menés par Israël au Moyen-Orient et sa relation privilégiée avec le président américain Donald Trump. La fin de sa campagne a cependant été marquée par des controverses : des informations, démenties par ses soins, ont fait état de tentatives de déclencher une action militaire contre l’Iran avant le scrutin, ainsi que de pressions exercées sur Washington pour obtenir de nouveaux frappes contre Téhéran. Il a également publié une image générée par intelligence artificielle représentant une bombe nucléaire frappant Tel-Aviv, présentée comme une mise en garde sur les dangers d’un Iran nucléaire, ce qu’Eisenkot a qualifié d’« hystérie ».

La question de la conscription des ultra-orthodoxes a également pesé sur la campagne. La Cour suprême a ordonné leur incorporation dans l’armée, mais le gouvernement Nétanyahou, dépendant des partis ultra-orthodoxes pour sa majorité, n’a pas appliqué cette décision, suscitant une vive controverse dans une société où le service militaire reste une expérience fondatrice pour la majorité de la population juive.

La journée de vote n’a pas été sans tensions. Nétanyahou a alerté sur les réseaux sociaux d’une participation qu’il jugeait anormalement élevée dans les circonscriptions arabes, la qualifiant d’« urgence » et de « question de vie ou de mort » pour la droite, appelant ses partisans à se mobiliser en masse. Son parti, le Likoud, a demandé une prolongation des horaires de vote au-delà de 22 heures, ce que le camp Eisenkot a interprété comme une tentative de « préparer le terrain pour contester la régularité du scrutin ». Plusieurs formations ont par ailleurs signalé des irrégularités dans des bureaux de vote, mais le Comité central des élections a indiqué ne disposer d’aucune preuve de manipulation systématique des bulletins.

Le système de représentation proportionnelle israélien rend la formation d’une coalition indispensable, et les lignes de fracture sont déjà tracées. Nétanyahou devra, pour gouverner, renouveler son alliance avec les partis d’extrême droite et ultra-orthodoxes qui composent sa coalition actuelle, la plus à droite de l’histoire du pays. Eisenkot, de son côté, devra composer avec des partenaires aux sensibilités très différentes.

Les deux blocs arabes, qui représentent environ un cinquième de la population israélienne, pourraient théoriquement jouer un rôle d’arbitre. Mais la quasi-totalité des partis juifs a exclu toute alliance formelle avec eux, même si certains évoquent la possibilité d’un soutien extérieur à un gouvernement minoritaire conduit par Eisenkot, hypothèse que Lieberman, membre clé du bloc de changement, a d’ores et déjà rejetée.

Sur le dossier de Gaza, les deux candidats principaux partagent des positions proches. Eisenkot s’est engagé à mettre fin au pouvoir du Hamas dans le territoire sous dix-huit mois, par la voie diplomatique sous égide américaine ou, à défaut, par la force. L’armée israélienne frappe Gaza quasi quotidiennement depuis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu l’an dernier, affirmant cibler des membres du Hamas. Le bilan total depuis le début du conflit dépasse les 74 000 morts selon le ministère de la santé du Hamas, chiffre jugé fiable par l’ONU. Israël fait face à une condamnation internationale croissante et à une dégradation de ses relations avec ses alliés traditionnels.

Une fois les bureaux de vote fermés, les chaînes de télévision israéliennes publieront leurs premières estimations. Les résultats définitifs pourraient toutefois se faire attendre : les votes de quelque centaines de milliers de soldats et réservistes ne seront dépouillés qu’à partir de mercredi, et ce sont des électorats réputés favorables à la droite. Le spectre d’un blocage politique plane sur le scrutin : entre 2019 et 2022, Israël avait dû organiser cinq élections successives faute de majorité stable.

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