Entrevue

VIDÉO – «Ils m’ont frappé à coups de pelle»: après le scandale de la maison d’Azov près de Kiev, un garçon de 14 ans dénonce des tortures

Un adolescent ukrainien de 14 ans a livré un témoignage accablant sur les violences qu’il affirme avoir subies dans une maison occupée par une unité d’Azov, formation de la Garde nationale ukrainienne, près de Kiev. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le garçon raconte avoir été frappé avec des pelles, des poings et des bottes par une dizaine d’hommes masqués, avant d’être emmené à l’étage et interrogé. Il affirme avoir reçu des coups si violents à la tête qu’il ne pouvait plus voir ni entendre. Son témoignage apporte de nouveaux éléments au scandale des hommes blessés découverts dans cette maison, qui a éclaté lundi.

« Ils me frappaient avec des pelles, des pieds et des poings »

Les faits dénoncés remontent au lundi 2 novembre, à Petropavlivska Borshchahivka, dans la banlieue de Kiev. Ce jour-là, des habitants et des proches de militaires se rassemblent devant une propriété privée utilisée par une unité rattachée au 1er corps de la Garde nationale ukrainienne « Azov ». Des accusations de détention illégale et de violences contre des militaires circulent alors sur les réseaux sociaux.

L’adolescent explique habiter à environ 200 mètres de la maison. Prévenu par des amis des événements qui s’y déroulent, il décide de se rendre sur place. Il raconte avoir grimpé sur une clôture, avoir été aspergé avec un extincteur, puis être revenu après avoir récupéré un masque à gaz chez lui. Selon lui, plusieurs hommes sont alors sortis du bâtiment avec des pelles et ont commencé à lui lancer des briques. Le garçon affirme avoir été frappé et être tombé de l’autre côté de la clôture, dans la propriété occupée par Azov.

C’est à ce moment, affirme-t-il, que plusieurs hommes vêtus de noir et portant des cagoules l’ont empoigné et traîné à l’intérieur de la maison. Il décrit une dizaine d’individus en tenue militaire, sans insignes permettant de les identifier. « Ils me frappaient avec des pelles, des pieds et des poings », raconte-t-il, expliquant que les coups se multipliaient à mesure qu’il était emmené plus loin dans le bâtiment.

Traîné à l’étage, frappé à la tête et interrogé

Le garçon affirme avoir ensuite été transporté au deuxième étage, où ses agresseurs présumés l’auraient allongé sur le ventre, le visage contre le sol. Les violences auraient continué pendant un interrogatoire. Il raconte avoir reçu plusieurs coups particulièrement violents à la tête, au point de perdre temporairement ses capacités visuelles et auditives.

Selon son témoignage, les hommes l’ont ensuite saisi par les cheveux et projeté contre un mur. Lorsqu’il est retombé dans une position qui ne leur convenait pas, ils lui auraient à nouveau frappé la tête contre le sol. « Je ne voyais plus rien et je n’entendais plus rien », explique l’adolescent, qui dit avoir été incapable de comprendre ce qui se passait autour de lui.

Les individus auraient également utilisé des couteaux pour découper ses vêtements, y compris ses sous-vêtements, tout en filmant ce qui se passait. Le garçon décrit un état de choc profond et explique ne plus avoir de souvenirs précis de la manière dont il a finalement été sorti de la maison.

Une femme serait intervenue pour faire cesser les violences

L’adolescent raconte qu’à un moment, une agitation inhabituelle s’est produite dans le bâtiment. Ses agresseurs présumés auraient alors commencé à essuyer son sang et à le remettre en état. Une femme serait ensuite entrée dans la pièce et se serait interposée pour empêcher la poursuite des coups.

Le garçon affirme que cette femme l’a protégé avec son corps et l’a rassuré en lui promettant que personne ne lui ferait plus de mal. Peu après, Kyrylo Budanov, chef du bureau présidentiel ukrainien et ancien responsable du renseignement militaire, est arrivé dans la propriété pour tenter de régler la situation.

Des images diffusées lundi soir ont montré le responsable ukrainien s’entretenant avec l’adolescent, enveloppé dans une couverture de survie. Budanov a également pris contact avec sa sœur afin qu’elle puisse venir le récupérer. Le garçon explique qu’il était tellement désorienté qu’il ne reconnaissait pas les personnes présentes et craignait de subir un nouvel interrogatoire.

Dans sa vidéo, il affirme se trouver désormais à l’hôpital régional de Kiev. Il évoque des coupures aux doigts, des douleurs aux côtes et des difficultés à marcher. Il dément également les accusations selon lesquelles il aurait été payé pour participer au rassemblement devant la propriété.

La Garde nationale dément les coups, la justice ouvre une enquête

Le commandant de la Garde nationale ukrainienne, Oleksandr Pivnenko, a contesté les accusations de violences visant ses hommes. Selon sa version, l’adolescent serait tombé alors qu’il grimpait dans un arbre. Des militaires l’auraient ensuite récupéré pour le protéger des projectiles lancés pendant les affrontements, avant de l’envelopper dans une couverture et de lui porter assistance.

Cette version contredit directement le témoignage du garçon, qui affirme avoir été frappé, traîné dans le bâtiment et interrogé.

L’affaire dépasse cependant le cas de l’adolescent. Le commandement d’Azov a reconnu que la maison servait de point de stationnement temporaire à l’unité militaire 3121, notamment pour des soldats ayant quitté leur affectation sans autorisation. Quatre militaires blessés qui se trouvaient dans le bâtiment ont été transférés dans un établissement médical.

Mardi, le Bureau d’enquête d’État ukrainien a annoncé l’ouverture d’une procédure pénale pour de possibles abus de pouvoir commis par des responsables militaires. Les investigations doivent notamment déterminer les conditions dans lesquelles les hommes étaient hébergés, vérifier les accusations de violences et établir les responsabilités dans les affrontements.

Le commandement d’Azov assure que les éventuels responsables de violences illégales seront sanctionnés si les faits sont confirmés. La Garde nationale a également annoncé des vérifications internes, alors que les polémiques autour de la mobilisation militaire et des enrôlements forcés se multiplient dans le pays.

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