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Israël : une élection sous le signe de la guerre et de la radicalisation

Israël : une élection sous le signe de la guerre et de la radicalisation
Israël : une élection sous le signe de la guerre et de la radicalisation

Le 27 octobre 2026, les Israéliens sont appelés aux urnes pour la première fois depuis les attaques du 7 octobre 2023. La guerre à Gaza, qui a fait plus de 74 000 morts palestiniens, structure entièrement la campagne et accélère un glissement vers la droite radicale sans précédent dans l’histoire politique du pays.

Benjamin Netanyahou a choisi son terrain. Le 29 septembre dernier, le Premier ministre israélien a affirmé, sans en apporter la preuve, que des ennemis de l’État préparaient une attaque avant le scrutin du 27 octobre, avant d’enchaîner immédiatement sur les opérations militaires en cours à Gaza, où ses forces auraient tué plus d’une centaine de « terroristes » en quelques semaines. Ce raccourci entre menace extérieure, guerre et légitimité électorale n’est pas fortuit : il constitue le cœur de sa stratégie de réélection.

Trois ans après le 7 octobre 2023, qui avait coûté la vie à 1 139 personnes en Israël et déclenché une offensive militaire dévastatrice sur la bande de Gaza, la guerre est devenue indissociable du débat politique intérieur. Elle a également servi d’accélérateur à une recomposition idéologique profonde, portant au centre du jeu politique des positions qui relevaient, il y a encore une décennie, de la frange la plus extrême de l’échiquier.

Bezalel Smotrich, ministre des Finances et figure de la droite radicale, sanctionné par plusieurs pays occidentaux pour ses propos et politiques jugés racistes à l’égard des Palestiniens, a déclaré fin septembre à la presse israélienne que l’armée devrait « faire en Cisjordanie ce que nous avons fait à Gaza ». Son allié électoral Moshe Feiglin est allé plus loin, appelant à l’annexion de Gaza après l’élection et affirmant que « l’ennemi, c’est Gaza, pas le Hamas », ajoutant que tout enfant qui y naîtrait reproduirait les actes du 7 octobre.

Pour l’analyste politique palestinien Ahmed Najar, ces déclarations ne sont pas des dérapages isolés mais un message électoral délibéré, visant à présenter les Palestiniens « non comme un peuple titulaire de droits, mais comme un problème démographique et sécuritaire à expulser, conquérir ou détruire ». Il avertit que le scrutin risque de devenir « une compétition non pas sur la protection de la vie palestinienne, mais sur qui peut promettre de l’effacer le plus agressivement ».

Ahron Bregman, analyste en sécurité israélienne et chercheur au King’s College de Londres, situe cette évolution dans une dynamique longue. « La tendance vers la droite a commencé après la guerre du Kippour en 1973, mais elle s’est intensifiée de façon spectaculaire depuis le 7 octobre », explique-t-il. La jeune génération israélienne, en particulier, a basculé vers des positions plus dures depuis les attaques. Depuis 2022, la coalition de Netanyahou, qualifiée de gouvernement le plus à droite de l’histoire du pays, a contribué à légitimer des figures comme Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale, condamné par le passé pour incitation au racisme et soutien à une organisation terroriste, qui ambitionne désormais de devenir ministre de la Défense. « C’est de la folie. Mais c’est Israël aujourd’hui », résume Bregman.

Sur la question de la sécurité, Netanyahou reste paradoxalement en position de force malgré les accusations portées contre lui. Des rapports ont révélé qu’il aurait reçu, avant le 7 octobre 2023, deux avertissements distincts sur l’imminence d’une attaque du Hamas, émanant respectivement du chef des renseignements égyptiens et du président des Émirats arabes unis. Ses principaux adversaires s’en sont saisis pour le déclarer « inapte » à diriger le pays. Netanyahou dément avoir été prévenu, et ces révélations ne semblent pas avoir significativement entamé sa cote dans les sondages.

Mairav Zonszein, analyste à l’International Crisis Group basée à Tel Aviv, explique ce paradoxe : « Les Israéliens voient encore globalement Netanyahou comme l’homme de la sécurité. Et surtout, ils ne voient pas vraiment d’alternative. » Une enquête publiée en juin par l’Institut Mitvim confirme que l’opinion publique israélienne soutient les solutions militaires de son gouvernement et rejette toute résolution politique de la question palestinienne, même si elle s’inquiète de l’isolement international croissant du pays.

Le principal rival de Netanyahou, Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major et fondateur du parti Yashar, est loin de représenter une rupture sur le fond. Père de la doctrine dite de Dahiyeh, qui préconise le recours à une force massive, y compris contre les infrastructures civiles, comme moyen de dissuasion, il a reproché au Premier ministre d’avoir cédé aux pressions américaines pour freiner les opérations à Beyrouth et plaide pour une liberté d’action totale contre le Hezbollah sur l’ensemble du territoire libanais.

La solution à deux États, pierre angulaire des accords d’Oslo de 1993, est absente de la campagne. Depuis le lancement de ce processus de paix, le nombre de colons israéliens en Cisjordanie est passé d’environ 260 000 à plus de 700 000, rendant toujours plus improbable la constitution d’un État palestinien viable. « Le concept de solution à deux États est actuellement sans pertinence et le restera probablement pendant encore une ou deux décennies, voire plus longtemps », estime Bregman. Zonszein abonde : « Il n’existe pas un seul parti sioniste juif qui place la nécessité d’une solution à deux États ou d’un processus politique palestinien au premier plan. »

Le scrutin du 27 octobre s’annonce ainsi moins comme un moment de choix que comme une confirmation du tournant pris depuis le 7 octobre 2023 : davantage de force militaire, des ambitions territoriales assumées, et une marginalisation accrue de toute voix dissidente. Un candidat palestinien citoyen d’Israël, Sami Abu Shehadeh, a d’ailleurs été contraint de se retirer de la course en raison de ses déclarations sur la guerre à Gaza, tandis que les dirigeants d’extrême droite continuent de tenir leurs propos sans conséquence électorale apparente.

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