L’intelligence artificielle s’invite dans les librairies, mais les Français réclament davantage de transparence. Selon un sondage Ipsos bva réalisé pour CESI école d’ingénieurs et publié mercredi 28 octobre 2026, 92 % des personnes interrogées souhaitent que l’utilisation de l’IA dans l’écriture d’un livre soit obligatoirement mentionnée sur sa couverture. Plus révélateur encore, 69 % considèrent qu’un ouvrage rédigé entièrement ou partiellement avec l’aide d’une intelligence artificielle ne constitue pas de la véritable littérature. Ces résultats interviennent quelques jours avant l’attribution du prix Goncourt, dans un contexte marqué par la polémique autour du roman « C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien, soupçonné d’avoir eu recours à l’IA.
L’enquête, menée du 9 au 12 octobre auprès de 1 000 Français âgés de 18 à 75 ans, révèle une méfiance importante envers les œuvres produites avec des outils d’intelligence artificielle. Seuls 25 % des répondants estiment qu’un livre écrit avec l’IA peut avoir autant de valeur qu’un ouvrage rédigé sans cette technologie, tandis que 64 % rejettent cette équivalence. De même, 57 % refusent de considérer les textes générés avec l’IA comme une nouvelle forme de littérature à part entière. La place de l’écrivain reste donc centrale dans l’appréciation d’une œuvre. Les Français ne rejettent toutefois pas systématiquement toute intervention technologique : 55 % reconnaissent qu’un livre peut conserver sa valeur littéraire si l’être humain demeure son auteur principal. Cette distinction entre assistance à l’écriture et création automatisée traduit une préoccupation croissante concernant l’authenticité des textes. Pour les lecteurs, l’enjeu ne concerne pas uniquement la qualité du résultat final, mais également l’identité de celui qui raconte une histoire, construit des personnages et développe une pensée personnelle.
L’affaire Thélyson Orélien relance le débat sur les prix littéraires
La polémique autour de Thélyson Orélien a largement contribué à faire émerger cette question dans le débat public. L’écrivain canado-haïtien, auteur du roman « C’était ça ou mourir », publié chez Grasset, a été accusé d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour rédiger son ouvrage, ce qu’il conteste. Son livre, remarqué lors de la rentrée littéraire, a été écarté de la sélection du prix Goncourt dans un contexte également marqué par des accusations de plagiat. Selon le sondage, 62 % des Français ont entendu parler de cette affaire, dont 44 % affirment bien en connaître les contours. Près de la moitié des personnes interrogées, soit 46 %, considèrent qu’un ouvrage soupçonné d’avoir été écrit avec l’IA devrait être retiré des sélections de prix littéraires. Cette position soulève néanmoins une difficulté : un soupçon ne constitue pas une preuve, et les outils de détection de textes générés par intelligence artificielle peuvent produire des résultats contestables. Plusieurs maisons d’édition commencent à renforcer leurs procédures de vérification. Gallimard a notamment annoncé son intention de soumettre ses manuscrits à des outils de détection à partir de 2027. Mais ces dispositifs ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer avec certitude le rôle exact joué par une intelligence artificielle dans la création d’un texte.
Pour les professionnels de l’édition, les résultats du sondage posent désormais la question d’un encadrement plus précis de l’utilisation de l’IA. Deux tiers des répondants, soit 66 %, considèrent qu’une mention obligatoire signalant le recours à cette technologie constituerait la mesure la plus utile pour l’avenir du livre. Une telle obligation permettrait aux lecteurs de connaître les conditions de création d’un ouvrage avant de l’acheter, mais sa mise en œuvre nécessiterait de définir précisément ce qui relève d’une assistance technique ou d’une participation réelle à l’écriture. Faut-il signaler une simple correction grammaticale, une traduction automatisée ou uniquement la génération de passages entiers ? La question reste ouverte. La transparence ne suffit d’ailleurs pas à convaincre tous les lecteurs : seuls 40 % accepteraient de reconnaître comme littérature un texte écrit avec l’IA dès lors que son utilisation est clairement indiquée. Pour les auteurs et les éditeurs, l’enjeu dépasse ainsi la seule information du consommateur. Il touche à la propriété intellectuelle, à la rémunération des créateurs et à la confiance entre les écrivains et leur public. Alors que les outils génératifs deviennent de plus en plus performants, le secteur du livre pourrait être contraint de revoir ses pratiques pour distinguer plus clairement la création humaine de la production automatisée. Le message exprimé par les Français apparaît néanmoins sans ambiguïté : ils souhaitent pouvoir identifier les ouvrages ayant bénéficié de l’intelligence artificielle et conserver la liberté de choisir ce qu’ils lisent.









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