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Après la polémique de l’IA, le candidat au prix Goncourt Thélyson Orélien accusé de plagiat. D’anciens textes compromettants ressortent

Après la polémique de l’IA, le candidat au prix Goncourt Thélyson Orélien accusé de plagiat. D’anciens textes compromettants ressortent
Après la polémique de l’IA, le candidat au prix Goncourt Thélyson Orélien accusé de plagiat. D’anciens textes compromettants ressortent

La polémique autour de Thélyson Orélien prend une nouvelle dimension. À peine accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire C’était ça ou mourir, le phénomène de la rentrée littéraire voit désormais certains de ses anciens textes passés au crible par des internautes. Plusieurs d’entre eux affirment avoir retrouvé, dans des publications datant des années 2010, des passages qui correspondraient de très près à des textes anglophones antérieurs, traduits en français et publiés sous son nom.

Ces nouvelles accusations arrivent au pire moment pour l’écrivain québécois d’origine haïtienne. Son premier roman, publié en France chez Grasset le 19 août, s’est vendu à environ 35 000 exemplaires en cinq semaines, vient de remporter le Prix du Roman Fnac et figure dans les sélections de plusieurs grands prix littéraires, dont le Goncourt, le Renaudot, le Femina et le Médicis. La veille encore, une première polémique avait éclaté autour de l’utilisation supposée de l’intelligence artificielle dans C’était ça ou mourir.

Après les soupçons d’IA, les internautes fouillent ses anciens écrits

Tout est parti des accusations visant C’était ça ou mourir. Plusieurs passages du roman ont été soumis à des logiciels spécialisés dans la détection de textes générés par intelligence artificielle. Le logiciel Pangram a notamment classé de nombreux extraits comme très probablement produits par une IA.

Thélyson Orélien rejette catégoriquement ces accusations. « J’ai toujours aimé la création et l’écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine », a-t-il répondu. Son éditeur Grasset a également pris sa défense, dénonçant des accusations malveillantes et affirmant son soutien à l’auteur.

Mais la pomémique ne s’est pas arrêtée au roman. Des internautes ont commencé à remonter dans les archives numériques de l’écrivain et à examiner les chroniques et billets qu’il publiait plus d’une décennie avant l’apparition des outils d’intelligence artificielle générative actuels. C’est là qu’une nouvelle accusation est apparue : celle de plagiat.

« Sortir de la boiserie » : une traduction qui intrigue

Un texte publié en 2013 sous le titre Ne mettons pas nos héros sur un piédestal attire particulièrement l’attention. Thélyson Orélien y évoque les chutes de plusieurs grandes figures du sport, notamment Tiger Woods, Lance Armstrong et Oscar Pistorius. Le billet est toujours accessible sur son ancien espace personnel et porte son nom.

Plusieurs formulations donnent aujourd’hui lieu à des rapprochements avec des tournures anglaises. La plus frappante concerne Tiger Woods. Évoquant les nombreuses femmes ayant déclaré avoir entretenu une relation avec le golfeur, Orélien écrit : « Peu de temps après, plus d’une douzaine de femmes ont commencé à sortir de la boiserie. » L’expression est extrêmement inhabituelle en français.

En anglais, en revanche, « come out of the woodwork » est une expression parfaitement courante. Elle signifie que des personnes apparaissent soudainement, « sortent de l’ombre » ou « surgissent de partout ». Traduire littéralement woodwork par « boiserie » donne précisément « sortir de la boiserie ». Une formulation qui ressemble donc fortement à une traduction mot à mot de l’anglais plutôt qu’à une expression française naturelle.

Ce détail ne permet pas, à lui seul, d’établir un plagiat. Mais il fait partie des passages désormais examinés par les internautes qui cherchent à déterminer si certains anciens textes de l’auteur auraient été traduits ou adaptés à partir de publications étrangères.

Des phrases qui ressemblent à du français traduit de l’anglais

Dans le même texte, d’autres formulations apparaissent particulièrement inhabituelles en français : « sur qui nous pouvons regarder, pour aller vers l’avant », « ils ont tous rompu toutes sortes d’obstacles », ou encore des constructions syntaxiques qui semblent suivre directement une structure anglaise.

Ces maladresses peuvent évidemment avoir plusieurs explications. Thélyson Orélien est né en Haïti avant de s’installer au Canada et a longtemps évolué dans un environnement multilingue. Une influence de l’anglais sur son français n’aurait donc rien d’impossible. Mais certains internautes assurent désormais avoir identifié des articles anglophones antérieurs présentant des similitudes beaucoup plus larges que de simples expressions. Selon leurs accusations, des passages entiers auraient été traduits en français en conservant leur construction originale.

Une affaire qui tombe au moment où son roman accumule les prix

Le scandale est d’autant plus embarassant que Thélyson Orélien connaît depuis quelques semaines une ascension exceptionnelle. C’était ça ou mourir raconte le parcours de Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie contraint de quitter Haïti et de traverser plusieurs pays d’Amérique avant de tenter de rejoindre le Canada. Le roman, d’abord publié au Québec, a connu un démarrage particulièrement fort en France.

Il a déjà remporté plusieurs récompenses, notamment le Prix Méduse, le Prix Première Plume et, lundi 21 septembre, le Prix du Roman Fnac. Le livre figure également dans la sélection du Prix Femina 2026. Le succès critique du livre explique aussi la violence de la polémique. En quelques jours, l’écrivain est passé du statut de révélation de la rentrée à celui d’auteur dont chaque texte est désormais examiné ligne par ligne.

L’accusation d’IA reste elle aussi contestée

La première polémique, celle de l’intelligence artificielle, n’est toujours pas tranchée. Un compte anonyme sur X a affirmé que C’était ça ou mourir aurait été « rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle », en s’appuyant sur plusieurs analyses réalisées avec Pangram. D’autres tests ont depuis donné des résultats également très élevés. Ces logiciels ne constituent toutefois pas une preuve absolue. Les chercheurs spécialisés dans ce domaine rappellent que les détecteurs peuvent produire des faux positifs et que leurs performances varient notamment selon les langues et les styles d’écriture.

Thélyson Orélien assure de son côté avoir commencé à travailler sur le roman plusieurs années avant sa publication. Ses éditeurs Boréal et Grasset maintiennent leur confiance dans son travail. Grasset a dénoncé des affirmations présentées comme certaines alors qu’aucune preuve matérielle de l’utilisation d’une IA dans la rédaction du roman n’a été rendue publique.

Les accusations de plagiat ouvrent maintenant un autre front

La nouvelle affaire est différente. Contrairement aux détecteurs d’IA, dont les résultats reposent sur des probabilités statistiques, une accusation de plagiat peut théoriquement être vérifiée beaucoup plus simplement : il suffit de retrouver un texte antérieur et de comparer précisément les deux versions. C’est désormais ce travail que plusieurs internautes disent mener sur les anciennes publications de Thélyson Orélien.

La formule « sortir de la boiserie » constitue pour eux un indice particulièrement parlant, puisqu’elle correspond à une traduction littérale presque parfaite de l’expression anglaise come out of the woodwork. Elle demeure cependant un indice linguistique, pas une preuve suffisante à elle seule.

Pour que l’accusation de plagiat soit établie, il faudra démontrer que des textes antérieurs précis ont effectivement été repris sans attribution et que les ressemblances dépassent largement les expressions ou les informations communes.

En attendant, la polémique autour de C’était ça ou mourir vient de changer de terrain. Après la question « le roman a-t-il été écrit avec une IA ? », une deuxième interrogation vise désormais directement le passé littéraire de son auteur : certains de ses anciens textes étaient-ils réellement les siens ?

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