À peine récompensé par le prix Goncourt 2026, Philippe Jaenada se retrouve au centre d’une controverse concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle dans son dernier roman. Couronné mardi 3 novembre pour L’Inconnue du quai de Javel, publié chez Flammarion, l’écrivain de 62 ans a tenu à préciser les circonstances dans lesquelles il avait eu recours à cette technologie. Dans un communiqué transmis vendredi 6 novembre à l’Agence France-Presse par sa maison d’édition, il défend une démarche volontairement « amusée » et « ironique », affirmant que l’intelligence artificielle n’a joué aucun rôle dans la rédaction de son ouvrage, à l’exception d’une courte phrase volontairement dissimulée. Cette mise au point intervient après plusieurs jours de commentaires sur les réseaux sociaux, certains internautes s’interrogeant sur la place de l’IA dans un livre distingué par la plus prestigieuse récompense littéraire française.
Philippe Jaenada explique avoir sollicité l’intelligence artificielle à trois reprises au cours de la préparation de son roman, consacré à une affaire criminelle non élucidée survenue à Paris à la fin des années 1940. Il raconte notamment avoir interrogé deux agents conversationnels sur une question liée à son enquête : déterminer si les cheveux d’une jeune femme ou les pavés parisiens sèchent le plus rapidement pendant la nuit. Selon lui, les réponses obtenues étaient contradictoires et excessivement précises, ce qui lui a permis de souligner les limites de ces outils. Il affirme également avoir utilisé l’IA pour une recherche technique concernant les réactions de la peau d’un cadavre plongé dans l’eau chaude. Enfin, l’écrivain reconnaît avoir intégré dix mots générés par une intelligence artificielle dans son texte, sous la forme d’un jeu proposé aux lecteurs.
Une polémique ravivée par l’exclusion de Thélyson Orélien du Goncourt
La controverse a pris une dimension particulière en raison de l’affaire Thélyson Orélien, dont le roman C’était ça ou mourir avait été retiré de la sélection du Goncourt après des accusations de recours important à l’intelligence artificielle et de plagiat. L’écrivain canado-haïtien avait contesté avoir fait rédiger son livre par une machine, reconnaissant seulement l’utilisation ponctuelle d’outils numériques pour certaines recherches. Le rapprochement entre les deux affaires a suscité des interrogations sur les critères retenus pour apprécier l’usage de l’IA dans la création littéraire. Plusieurs commentaires publiés sur les réseaux sociaux ont ainsi dénoncé une différence de traitement entre un auteur récompensé qui reconnaît une utilisation limitée de cette technologie et un autre écarté de la compétition. Les situations demeurent néanmoins distinctes, notamment par la nature et l’ampleur des usages allégués.
Pour mettre fin aux spéculations, Philippe Jaenada a finalement révélé vendredi soir sur RTL la formule générée par l’intelligence artificielle et intégrée à la page 215 de son roman : « croire ça ne mange pas de pain, mais ça n’en met pas non plus sur la table ». L’auteur avait auparavant expliqué que plusieurs lecteurs avaient tenté de retrouver ce passage, sans succès. Sa prise de parole relance une question qui dépasse largement son propre ouvrage : jusqu’où un écrivain peut-il utiliser l’intelligence artificielle sans remettre en cause l’originalité de son travail ? Dans un secteur où ces technologies interviennent désormais dans la recherche documentaire, la traduction ou la correction des manuscrits, la distinction entre assistance technique et création littéraire devient un enjeu important. En revendiquant un usage limité et transparent, Philippe Jaenada défend une conception de l’écriture dans laquelle l’auteur conserve la maîtrise de son œuvre, tout en reconnaissant l’existence de nouveaux outils numériques.









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