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Bérénice Bejo incarne Alice Guy dans une série événement bientôt diffusée sur HBO Max

Bérénice Bejo incarne Alice Guy dans une série événement bientôt diffusée sur HBO Max
Bérénice Bejo incarne Alice Guy dans une série événement bientôt diffusée sur HBO Max

Le festival Lumière de Lyon s’est achevé hier soir en mettant notamment à l’honneur l’une des grandes pionnières du septième art. À cette occasion, les deux premiers épisodes de la série Alice, consacrée à la cinéaste française Alice Guy, ont été présentés en avant-première dans la ville des frères Lumière. Portée par Bérénice Bejo dans le rôle principal, cette fiction historique en six épisodes retrace le parcours exceptionnel de celle qui est aujourd’hui considérée comme la première femme réalisatrice de l’histoire. Déjà présentée en septembre au Festival international du film de Toronto, la production sera disponible sur HBO Max à partir du 4 décembre 2026, avant une diffusion ultérieure sur France Télévisions. Réalisée par Virginie Verrier et Guillaume Lonergan, elle revient sur le destin d’une femme qui a participé à l’invention du langage cinématographique, avant de tomber progressivement dans l’oubli. Le choix de Lyon pour cette présentation française revêt une dimension symbolique particulière : c’est dans cette ville qu’est né le cinématographe des frères Lumière, à une époque où personne n’imaginait encore l’ampleur que prendrait cette nouvelle industrie. Pour Bérénice Bejo, révélée au grand public international grâce au succès de The Artist, film consacré au passage du cinéma muet au parlant, cette nouvelle production constitue également un retour aux origines du septième art.

Née en 1873, Alice Guy commence sa carrière comme secrétaire de Léon Gaumont, avant de comprendre très rapidement les possibilités offertes par les images animées. À une époque où les premières projections présentent principalement des scènes de la vie quotidienne, elle imagine que le cinéma peut aussi raconter des histoires. En 1896, à seulement 23 ans, elle réalise La Fée aux choux, une œuvre considérée comme l’une des premières expériences de fiction cinématographique. Son talent et son ambition lui permettent de prendre progressivement des responsabilités importantes chez Gaumont, où elle supervise de nombreuses productions. Elle développe une approche artistique particulièrement inventive, expérimentant les trucages, la mise en scène, les décors et les possibilités narratives de ce nouveau média. Sa carrière prend ensuite une dimension internationale lorsqu’elle s’installe aux États-Unis avec son mari Herbert Blaché. Elle y fonde notamment la société de production Solax et dirige des tournages à une époque où les femmes occupent très rarement des fonctions de direction dans l’industrie. Ses films abordent des questions de société, les rapports entre les sexes, l’immigration ou encore la place des minorités. Cette modernité, aussi bien technique que thématique, fait d’elle une personnalité majeure des premières décennies du cinéma, même si sa contribution sera longtemps minimisée dans les récits historiques.

Une pionnière oubliée que le cinéma redécouvre progressivement

Malgré une carrière particulièrement prolifique et une œuvre à laquelle sont attribués plus d’un millier de films, Alice Guy disparaît peu à peu de la mémoire collective. Son nom reste longtemps dans l’ombre de ceux des frères Lumière, de Georges Méliès ou de Louis Feuillade, qui avait pourtant travaillé sous sa direction. Cette marginalisation témoigne notamment des difficultés rencontrées par les femmes pour obtenir une reconnaissance durable dans une industrie progressivement dominée par des structures masculines. Il faudra attendre plusieurs décennies pour que les historiens et les institutions cinématographiques entreprennent un véritable travail de redécouverte. En 2001, Martin Scorsese rend un hommage appuyé à la réalisatrice, saluant sa sensibilité artistique et regrettant son effacement de l’histoire du cinéma. Les initiatives de restauration et de conservation de films anciens permettent ensuite de mieux faire connaître son travail. Le documentaire Be Natural : l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché, réalisé par Pamela B. Green, contribue également à remettre en lumière son parcours. Depuis, les publications, bandes dessinées, expositions et adaptations théâtrales consacrées à la cinéaste se multiplient. La série portée par Bérénice Bejo s’inscrit dans cette dynamique de réhabilitation, avec l’ambition de toucher un public plus large que celui des seuls passionnés d’histoire du cinéma. Elle entend rappeler qu’une femme a joué un rôle déterminant dans la naissance de la fiction cinématographique, bien avant que la réalisation ne devienne un métier structuré et reconnu.

Aux côtés de Bérénice Bejo, la distribution réunit notamment Irène Jacob, Thibaut Evrard et Yannick Choirat. Tournée en France, en Belgique et au Canada, Alice résulte d’une coproduction internationale associant HBO Max et France Télévisions. Cette collaboration illustre la stratégie de rapprochement entre les groupes audiovisuels traditionnels et les plateformes de streaming, qui multiplient les investissements dans des fictions historiques susceptibles de séduire des publics internationaux. Pour HBO Max, la série permet de proposer une production européenne consacrée à une personnalité majeure du patrimoine cinématographique. Pour France Télévisions, elle s’inscrit dans une politique de valorisation de l’histoire culturelle et des grandes figures françaises. La diffusion prévue le 4 décembre sur la plateforme américaine précédera celle du groupe audiovisuel public, dont la date n’a pas encore été annoncée. La présentation des deux premiers épisodes au festival Lumière, qui vient de refermer ses portes à Lyon, constitue une étape importante dans la promotion du programme. Elle rappelle également la place croissante occupée par les séries dans les grands rendez-vous historiquement consacrés au cinéma. Près de cent trente ans après ses premières réalisations, Alice Guy retrouve ainsi le devant de la scène grâce à une fiction qui entend raconter autant la naissance d’un art que le destin d’une femme longtemps privée de la reconnaissance qu’elle méritait.

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