Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tchiani renversait le président Mohamed Bazoum et promettait une transition de trois ans. Au terme de ce délai, ni la sécurité ni l’économie ne se sont améliorées comme annoncé.
Trois ans après la prise du pouvoir par la junte militaire nigérienne, le bilan est sombre. Le général Tchiani avait justifié le coup d’État par la dégradation de la situation sécuritaire, malgré le soutien international dont bénéficiait le gouvernement renversé. Mais les violences jihadistes se sont intensifiées depuis lors, en particulier dans la région de Tillabéry, dans le sud-ouest du pays.
Selon l’organisation de suivi des conflits ACLED, la région de Tillabéry reste le principal foyer d’affrontements entre deux groupes islamistes rivaux : la Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin et l’État islamique dans la province du Sahel. Ces combats ont fait près de 1 200 morts dans la région au cours de la seule année 2025. Le 17 juillet dernier, une attaque a coûté la vie à au moins 16 soldats et 15 combattants, selon l’agence de presse officielle nigérienne ANP. « La situation au Niger s’est aggravée, notamment dans la région de Tillabéry, où le nombre de morts est le plus élevé du Sahel central », résume Heni Nsaibia, analyste à l’ACLED.
Sur le terrain, les habitants décrivent une détérioration du quotidien. Un habitant de Téra, ville de 30 000 personnes, témoigne sous couvert d’anonymat : « Aujourd’hui, les attaques contre les forces armées et la population civile sont bien plus fréquentes et violentes qu’il y a trois ans. » Il évoque des marchés hebdomadaires à l’arrêt, des villages entiers abandonnés et des écoles fermées. Des déplacés vivent dans des abris de fortune, sans eau potable fiable ni ressources stables.
Sur le plan économique, Tahirou Garka, porte-parole du G25, mouvement favorable au retour à l’ordre constitutionnel, dresse un constat d’échec : « Ils ont échoué économiquement et socialement. Les gens peinent à trouver de l’eau potable ; il n’y a pas d’eau, pas d’électricité, pas de carburant. » Deux jours après le coup d’État, le général Tchiani avait pourtant annoncé vouloir lutter contre la corruption et relancer l’économie.
L’analyse n’est pas unanime. Hamani Oumarou, chercheur au LASDEL, institut de sciences sociales basé à Niamey, estime que la situation socioéconomique s’est améliorée pour une large part de la population, notamment les ménages à faibles revenus. Il nuance toutefois ce constat en soulignant que le Niger doit importer des denrées alimentaires à certaines périodes de l’année, ce qui provoque des hausses de prix significatives. Parmi les jeunes, les avis divergent également : certains, comme Fadila, perçoivent une stabilisation progressive, quand d’autres restent dans l’expectative.
Sur la scène régionale, le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en 2023 pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), qui s’est rapprochée de la Russie en s’éloignant des partenaires occidentaux. Un possible dégel se dessine toutefois : l’élection récente de l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme négociateur en chef de la CEDEAO est perçue comme un signal positif par l’expert Pape Ibrahima Kane. « Nous sommes au début d’un processus prometteur, les deux parties sont vraiment sur la même longueur d’onde pour entamer des discussions », a-t-il déclaré. L’enjeu est concret pour Niamey : le pays dépend de l’accès au port du Bénin et de son approvisionnement en électricité depuis le Nigeria et le Bénin, tous deux membres de la CEDEAO.
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