Le leader de 85 ans du mouvement Ennahda a perdu connaissance à la prison de Mornaguia, où les températures auraient atteint 52 degrés Celsius lors d’une vague de chaleur intense. Le témoignage vient de la fille d’un autre opposant incarcéré, présente lors de l’incident.
Rached Ghannouchi, ancien président du Parlement tunisien et figure de proue du mouvement islamiste Ennahda, a brièvement perdu connaissance à la prison de Mornaguia lors d’une visite effectuée mardi. C’est Haifa Chebbi, fille de l’opposant Ahmed Nejib Chebbi, lui-même détenu dans cet établissement, qui a rapporté les faits dans une vidéo en direct publiée sur Facebook après sa visite.
Selon elle, la température à l’intérieur de la prison a atteint 52 degrés Celsius ce jour-là. Les détenus sont confinés dans des cellules d’environ 16 mètres carrés et n’ont droit qu’à deux heures de sortie quotidienne. Haifa Chebbi a confié avoir elle-même peiné à « respirer ou même marcher seule » en quittant les lieux.
Ghannouchi, 85 ans, est incarcéré depuis 2023. Le 30 avril dernier, une dégradation brutale de son état de santé l’avait conduit à une hospitalisation d’urgence, avant qu’il ne soit renvoyé à Mornaguia. Son évanouissement survient dans un contexte de canicule qui aggrave des conditions de détention déjà sévèrement critiquées.
Ahmed Nejib Chebbi, 81 ans, avait contribué en 2022 à la création du Front de salut national (FSN), coalition réunissant des groupes laïcs, libéraux et islamistes opposés au pouvoir du président Kais Saïed. En 2025, il a été condamné à douze ans de prison, parmi 37 figures de l’opposition poursuivies pour « complot contre la sûreté de l’État ».
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, avait qualifié ces condamnations de « recul pour la justice et l’État de droit », dénonçant un procès « entaché de violations des droits à un procès équitable et aux garanties d’une procédure régulière » et soulevant « de sérieuses préoccupations quant aux motivations politiques ».
Dans sa vidéo, Haifa Chebbi a pris soin de ne pas mettre en cause le personnel pénitentiaire, soulignant que les gardiens faisaient de leur mieux et accordaient une attention particulière aux détenus âgés. Elle a néanmoins insisté sur le fait que plusieurs opposants emprisonnés passent leur quatrième été derrière les barreaux, citant notamment les avocates Abir Moussi et Ayachi Hammami, le journaliste radio Ziad El Hani et l’activiste Chaima Issa.
Reliant ces détentions à une crise plus large marquée par des pénuries d’eau et d’électricité, elle a appelé les Tunisiens à agir pour un changement politique, déclarant : « Nous sommes responsables de tout ce qui arrivera, que ce soit négatif ou positif. »
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