Avec 2 344 cas et au moins 930 morts recensés depuis le 15 mai, l’épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo pousse ses voisins à muscler leurs systèmes de surveillance et à activer des plans d’urgence sanitaire.
L’OMS a qualifié cette épidémie de « troisième plus importante flambée d’Ebola jamais enregistrée ». Le virus en cause est le Bundibugyo, une souche pour laquelle il n’existe à ce jour aucun vaccin connu. Le directeur général de l’organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a précisé lors d’une conférence de presse virtuelle à Genève que l’épidémie avait « progressé plus vite que toute autre flambée précédente » au cours du dernier mois. L’OMS avertit par ailleurs que le nombre réel de cas pourrait être jusqu’à quatre fois supérieur aux chiffres officiels, de nombreuses infections passant inaperçues dans les zones de conflit de l’est du pays.
La Zambie, qui n’a enregistré aucun cas confirmé, a néanmoins renforcé les contrôles à ses points d’entrée. Le Dr Naeem Dalal, directeur adjoint chargé de la préparation et de la réponse à l’Institut national de santé publique zambien, a annoncé l’activation des centres provinciaux de réponse aux urgences sanitaires. « La prévention et le contrôle des infections sont en cours d’activation, avec des opérations de désinfection, et le port du masque ainsi que le lavage des mains à l’eau et au savon deviendront obligatoires », a-t-il déclaré.
L’Ouganda, qui a déjà contenu avec succès des épidémies d’Ebola par le passé, a intensifié la surveillance le long de sa frontière avec la RDC. Le Dr Beda Senkware, de l’hôpital de référence de Kabale, a identifié trois districts occidentaux comme particulièrement exposés : Kisoro, Kanungu et Rukungiri. « Le risque de contracter Ebola est très élevé dans ces trois districts qui bordent la RDC », a-t-il déclaré sur la télévision nationale ougandaise. L’Ouganda est à ce stade le seul pays voisin à avoir confirmé des cas liés à l’épidémie, avec au moins vingt cas recensés.
Le Rwanda a de son côté renforcé les contrôles sanitaires aux frontières, étendu la surveillance épidémiologique et constitué des équipes d’intervention rapide pour traiter les cas suspects.
À l’échelle régionale, la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) a adopté une réponse coordonnée. Son secrétaire général, Stephen Mbundi, a indiqué que les États membres travaillaient avec l’Africa CDC, l’OMS et d’autres partenaires pour renforcer la surveillance, les capacités de diagnostic en laboratoire et les mécanismes d’intervention d’urgence. « Nous mobilisons les mécanismes régionaux et collaborons étroitement avec les États partenaires, l’Africa CDC, l’OMS et les partenaires au développement », a-t-il précisé.
Le directeur général de l’Africa CDC, Jean Kaseya, a insisté sur l’urgence de détecter précocement les cas. « Cette épidémie a démarré en Ituri. Elle s’est maintenant propagée en Ouganda et dans d’autres parties de la RDC, ce qui met en danger les pays voisins », a-t-il averti, appelant ces derniers à accroître leurs capacités de détection.
La propagation du virus est rendue particulièrement difficile à enrayer par l’insécurité persistante dans l’est de la RDC. La professeure Aileen Marty, spécialiste des maladies infectieuses à la Florida International University, souligne que les violences sapent directement les efforts de confinement. « Plusieurs de nos centres de traitement ont été incendiés, ce qui décourage les agents de santé et pousse des patients infectés à se déplacer ailleurs », a-t-elle expliqué.
Tedros Adhanom Ghebreyesus a également appelé les donateurs internationaux à combler un déficit de financement de plus de 400 millions de dollars (344 millions d’euros) pour le plan conjoint OMS-Africa CDC de préparation et de réponse à l’épidémie.
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