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Éric Roy, trois ans et demi avec un cancer du pancréas de stade 4: «Il cachait sa chimiothérapie sous son manteau à l’entraînement», raconte sa femme

— Éric Roy, trois ans et demi avec un cancer du pancréas de stade 4: «Il cachait sa chimiothérapie sous son manteau à l’entraînement», raconte sa femme
Éric Roy, trois ans et demi avec un cancer du pancréas de stade 4: «Il cachait sa chimiothérapie sous son manteau à l’entraînement», raconte sa femme

Pendant plus de trois ans, Éric Roy a entraîné le Stade Brestois, sauvé le club de la relégation puis vécu une incroyable campagne en Ligue des champions tout en menant, loin des regards, un combat contre un cancer du pancréas de stade 4. Près de trois mois après la mort d’Éric Roy à seulement 58 ans, son épouse Loëtitia raconte pour la première fois comment l’entraîneur a continué à travailler malgré les chimiothérapies, les douleurs et un état de santé qui s’est progressivement dégradé.

Le diagnostic tombe quelques jours après son arrivée à Brest

Éric Roy vient à peine de prendre les commandes du Stade Brestois lorsque sa vie bascule. Il signe son contrat à la fin du mois de décembre 2022 et rejoint la Bretagne dans les premiers jours de janvier 2023. Très rapidement, des douleurs abdominales persistantes l’inquiètent et des examens sont réalisés. Le diagnostic est terrible : cancer du pancréas de stade 4, avec des métastases. Les médecins ne cachent pas au couple la gravité de la situation.

Mais Éric Roy décide immédiatement de continuer. Loëtitia Roy raconte : « Dès le début, on se dit qu’il va travailler et honorer le contrat avec Brest. Les médecins nous ont un peu pris pour des dingues. » L’entraîneur refuse de renoncer au poste qu’il vient tout juste d’accepter. Pour lui et son épouse, le football va même devenir une manière de continuer à avancer.

Éric Roy refuse de devenir « le malade de service »

Une autre décision est rapidement prise : la maladie restera secrète. La direction brestoise est informée afin que l’organisation du club puisse tenir compte de ses traitements, mais Éric Roy ne veut pas que son état de santé change le regard de ses joueurs, des salariés du club, des journalistes ou des supporters : « Il a refusé d’être le malade de service, il ne voulait pas de la pitié des gens, ni avoir de privilèges. » Même au sein du Stade Brestois, très peu de personnes connaissent alors la réalité de son état de santé. Le président Denis Le Saint, le directeur sportif Grégory Lorenzi et le médecin du club font partie du cercle mis dans la confidence. Pendant trois ans et demi, le secret sera presque totalement préservé.

Des entrées dérobées au CHU pour ses chimiothérapies

Le quotidien devient pourtant extrêmement lourd. Entre deux entraînements, les matchs de Ligue 1 et les déplacements de son équipe, Éric Roy doit suivre une chimiothérapie au CHU de Brest. Tout est organisé pour éviter qu’il soit reconnu, et le couple utilise notamment des accès discrets de l’hôpital afin de préserver ce secret.

Après certaines séances, l’entraîneur retourne pourtant travailler : « Il devait garder une bonbonne sur lui pendant trois jours pour la chimio, un infuseur, et il la dissimulait sous son manteau à l’entraînement. Lui gérait le foot, et il allait faire ses chimios. » À l’extérieur, Éric Roy continue d’apparaître comme l’entraîneur énergique et exigeant que connaissent ses joueurs. À la maison, la réalité est tout autre : « Il donnait le change dans son métier, dans les conférences de presse, et à la maison, il se relâchait. »

Brest rejoint la Ligue des champions pendant son combat contre la maladie

Sportivement, les résultats sont pourtant spectaculaires. Lorsqu’Éric Roy arrive en janvier 2023, Brest lutte pour son maintien en Ligue 1. Le technicien réussit d’abord à sauver le club, puis les Bretons réalisent une saison 2023-2024 historique en terminant 3es du championnat.

Pour la première fois de son histoire, le Stade Brestois décroche une qualification pour la Ligue des champions. Éric Roy est également élu meilleur entraîneur de Ligue 1 aux Trophées UNFP. La saison suivante, alors que Brest découvre la plus prestigieuse compétition européenne, son entraîneur poursuit parallèlement ses traitements contre le cancer.

Le CHU adapte certaines séances de chimiothérapie au calendrier européen. Avant certains matchs, Éric Roy doit parfois s’isoler dans les vestiaires pour supporter les effets secondaires avant de retrouver son équipe et de reprendre son rôle comme si de rien n’était. Loëtitia Roy raconte que, paradoxalement, cette période européenne est aussi celle durant laquelle son mari parvient à mieux supporter son traitement, porté par le football et les résultats de son équipe.

Une seule absence, officiellement présentée comme une grippe

Malgré la maladie, Éric Roy manque très peu de rendez-vous avec Brest. Une absence intrigue toutefois en janvier 2026, lorsque son équipe doit se déplacer à Lyon. Le technicien reste en Bretagne et le club évoque alors officiellement un syndrome grippal.

La réalité est beaucoup plus grave. Éric Roy souffre en fait d’une importante infection pulmonaire et son état interdit tout déplacement. Les médecins lui demandent de rester chez lui, alors qu’il endure déjà des souffrances particulièrement lourdes. Ce déplacement à Lyon restera l’un des très rares matchs brestois vécus loin de son équipe.

À la fin, il n’arrive presque plus à marcher

Au fil des mois, son état physique se dégrade fortement. Durant les dernières semaines de sa vie, son épouse doit désormais l’accompagner lors de certains déplacements. L’homme qui continue à diriger son équipe devant les caméras éprouve parfois les plus grandes difficultés à effectuer les gestes les plus simples une fois à l’abri des regards.

Il arrive à peine à marcher et ne peut parfois plus s’habiller seul. Ses joueurs commencent alors à comprendre que leur entraîneur traverse quelque chose de très grave, mais Éric Roy continue malgré tout à penser au football et à la saison suivante. Dans sa tête, il envisage encore de revenir après l’été et de reprendre sa place sur le banc.

« C’est le dernier été que je vais passer sur Terre »

La maladie finit pourtant par ne plus lui laisser d’illusion. Éric Roy rentre auprès de sa famille à Nice et ses enfants le rejoignent. Celui qui pensait encore pouvoir retourner à Brest comprend finalement qu’il ne pourra pas reprendre son poste.

Quelques jours avant sa mort, il prononce cette phrase auprès de son épouse : « En fait, c’est le dernier été que je vais passer sur Terre. » Éric Roy meurt le 17 juin 2026 à l’âge de 58 ans, après avoir continué à entraîner jusqu’aux dernières semaines malgré son cancer.

Au lendemain de sa disparition, Jérôme Alonzo avait raconté leur ultime rencontre, quelques jours avant la mort de celui qu’il considérait comme un frère. Pendant trois ans et demi, Éric Roy aura ainsi dirigé Brest tout en combattant secrètement un cancer du pancréas, sauvant le club de la relégation, décrochant une historique 3e place en Ligue 1 et conduisant le Stade Brestois jusqu’en Ligue des champions, tout en dissimulant jusque sous son manteau le traitement qu’il suivait pour tenter de rester en vie.

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