Aujourd’hui, le nom de Mirapolis refait surface avec l’éventualité de voir un parc consacré à l’univers de Dragon Ball s’installer sur son ancien site. Pour beaucoup, ce nom ne dit plus grand-chose. Pourtant, à la fin des années 1980, Mirapolis représentait l’un des projets les plus ambitieux jamais lancés en France dans le domaine des loisirs.
Cinq ans avant l’ouverture de Disneyland Paris, des investisseurs français imaginent un parc capable de rivaliser avec les plus grands complexes internationaux. L’objectif : prouver que la France peut créer son propre grand parc à thèmes sans s’appuyer sur les personnages de Disney.
Un chantier pharaonique
Le projet est lancé au début des années 1980 sur un vaste terrain situé à Courdimanche, dans le Val-d’Oise, à une trentaine de kilomètres de Paris. Les promoteurs voient grand. Plusieurs centaines de millions de francs sont investis afin de construire un parc de près de 50 hectares, doté d’une trentaine d’attractions, de spectacles, de restaurants, de boutiques et d’immenses espaces paysagers. Le thème retenu tranche avec les standards américains. Ici, pas de Mickey, de Donald ou de princesses. Mirapolis puise son inspiration dans les contes, les légendes françaises et européennes, les œuvres de Rabelais, les chevaliers de la Table ronde, la forêt de Brocéliande, les récits fantastiques et les personnages du patrimoine culturel. Les concepteurs veulent offrir une alternative française aux grands parcs américains, avec une identité culturelle forte.
Gargantua, la vitrine du parc
Pour frapper les esprits, les créateurs imaginent une attraction unique au monde. À l’entrée du parc se dresse une statue monumentale de Gargantua haute de 35 mètres. Visible à plusieurs kilomètres, elle devient immédiatement l’emblème de Mirapolis. Les visiteurs pénètrent dans le géant grâce à un funiculaire qui les conduit jusqu’à sa tête, où une terrasse panoramique offre une vue sur tout le parc. À elle seule, cette statue symbolise la démesure du projet. Elle est alors l’une des plus grandes sculptures habitables jamais construites en Europe.
Une ouverture pleine d’espoir
Le 21 mai 1987, Mirapolis ouvre officiellement ses portes. Les ambitions sont immenses. Les dirigeants espèrent accueillir près de 2 millions de visiteurs par an. Avec une telle fréquentation, Mirapolis deviendrait rapidement l’un des plus grands parcs d’attractions européens. Les premiers jours attirent des dizaines de milliers de curieux venus découvrir ce parc dont tout le monde parle.
Une ouverture immédiatement perturbée
L’euphorie retombe pourtant très vite. Quelques jours seulement après l’inauguration, plusieurs centaines de forains opposés au projet envahissent le parc pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une concurrence déloyale. Des attractions sont dégradées, des affrontements éclatent et les images font le tour des journaux télévisés. Cette publicité désastreuse intervient alors que Mirapolis tente encore de convaincre les familles.
Un parc qui ne fonctionne pas comme prévu
Les difficultés ne s’arrêtent pas là. Le parc a été conçu sur une immense superficie. Les attractions sont éloignées les unes des autres et les visiteurs passent beaucoup de temps à marcher. Lorsque la fréquentation est inférieure aux prévisions, ces longues allées donnent une impression de vide. Les restaurants, les boutiques et les espaces de spectacle ont été dimensionnés pour accueillir plusieurs millions de visiteurs par an. Avec une fréquentation souvent comprise entre 400 000 et 600 000 personnes, l’ensemble paraît largement surdimensionné.
Autre difficulté, les attractions privilégient souvent les décors, les promenades et les univers imaginaires plutôt que les sensations fortes. Les adolescents trouvent rapidement l’offre moins spectaculaire que celle proposée par d’autres parcs. Enfin, le choix d’un univers inspiré de Gargantua, des légendes médiévales ou de personnages historiques séduit les amateurs de patrimoine, mais parle moins aux enfants que des héros mondialement connus. Mirapolis ne dispose d’aucune licence forte capable de fidéliser le public ou de générer d’importantes ventes de produits dérivés.
Les comptes plongent dans le rouge
Les dépenses de fonctionnement sont considérables. Entre l’entretien des attractions, les spectacles, les espaces verts et les centaines de salariés, le parc coûte très cher à exploiter. Les recettes ne permettent jamais d’équilibrer les comptes. Plusieurs plans de relance sont lancés, de nouveaux dirigeants se succèdent et certaines attractions sont ajoutées, mais les déficits continuent de se creuser. Pendant ce temps, le Parc Astérix ouvre ses portes en 1989 avec une identité immédiatement identifiable, tandis qu’Euro Disney prépare son arrivée près de Paris.
Une fermeture après seulement 5 saisons
Le 20 octobre 1991, Mirapolis ferme définitivement ses portes. Les attractions sont revendues ou démontées. L’immense statue de Gargantua reste debout quelques années avant d’être démolie en 1995. Près de 40 ans plus tard, le nom de Mirapolis continue de fasciner les passionnés de parcs d’attractions. Si un parc Dragon Ball venait réellement à voir le jour sur ce terrain, il ferait renaître un site où la France avait déjà tenté, bien avant Disneyland Paris, de construire son propre royaume du divertissement.