La FIFA abandonne son projet de faire entrer des investisseurs privés au capital d’une nouvelle société chargée d’exploiter ses principales compétitions, dont la Coupe du monde. Gianni Infantino a confirmé que la proposition ne serait pas poursuivie, trois jours seulement après sa présentation officielle. Le plan prévoyait de créer FIFA Forward Enterprise, une filiale valorisée à environ 20 milliards de dollars. Cette structure aurait regroupé les activités commerciales liées aux Coupes du monde masculine et féminine, aux Coupes du monde des clubs ainsi qu’aux autres compétitions organisées par la FIFA. Jusqu’à 20% du capital de cette nouvelle société devaient être vendus à des fonds privés. L’opération aurait pu rapporter jusqu’à 4,2 milliards de dollars à l’instance internationale. La FIFA promettait d’utiliser cette somme pour financer le développement du football dans ses 211 fédérations membres.
40 millions de dollars promis à chaque fédération
Gianni Infantino avait demandé aux associations nationales de se prononcer avant le 19 septembre 2026. Chaque fédération aurait pu recevoir jusqu’à 40 millions de dollars si une majorité approuvait la création de la nouvelle société et l’ouverture de son capital. Le groupe d’investisseurs devait être conduit par Thrive Eternal, une structure liée à Thrive Capital, la société fondée par Joshua Kushner. Ce dernier est le frère de Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump. La FIFA affirmait qu’elle ne vendait ni la Coupe du monde ni le football, mais seulement une participation minoritaire dans une filiale commerciale. Ses opposants estimaient au contraire que le projet accordait à des investisseurs privés un droit direct sur les revenus générés par les compétitions les plus importantes de la planète.
L’UEFA menaçait de boycotter toutes les compétitions de la FIFA
La contestation a rapidement pris une ampleur considérable. L’UEFA et ses 55 fédérations nationales ont rejeté le projet à l’unanimité. Elles avaient annoncé qu’elles ne participeraient plus aux compétitions organisées par la FIFA tant que le projet ne serait pas retiré. Ce boycott aurait concerné la Coupe du monde, mais également les compétitions féminines et les tournois de jeunes. La première épreuve directement menacée était la Coupe du monde féminine des moins de 20 ans, programmée à partir du 5 septembre en Pologne. L’UEFA refusait que la Coupe du monde puisse être traitée comme un simple produit financier. Elle défendait le maintien de la propriété et du contrôle total des compétitions entre les mains des institutions du football.
La Concacaf, qui représente 41 associations d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, a ensuite rejeté la proposition. La Confédération asiatique, forte de 47 membres, a également apporté son soutien à l’opposition européenne et nord-américaine. À elles seules, l’UEFA, la Concacaf et la Confédération asiatique regroupent 143 des 211 fédérations membres de la FIFA. Le projet ne pouvait être validé sans l’accord d’une majorité des associations nationales.
Une crise ouverte jusque dans les bureaux de la FIFA
La contestation a aussi gagné la direction de l’instance. Carlos Cordeiro, conseiller de Gianni Infantino et ancien président de la Fédération américaine, a démissionné avec effet immédiat. Il a dénoncé un accord défavorable au football et demandé aux autres responsables de la FIFA de prendre position. Kevin Lamour, directeur des opérations de la FIFA, a également critiqué la préparation du projet. Il a affirmé que les salariés n’avaient pas été correctement informés et a présenté la proposition comme le projet personnel de Gianni Infantino. Confronté à l’opposition d’une large majorité des fédérations européennes, asiatiques et nord-américaines, le président de la FIFA a finalement retiré son texte. Il a reconnu que le projet avait créé des divisions incompatibles avec la volonté affichée de renforcer le football mondial.
« Cette proposition n’ira pas plus loin », a déclaré Gianni Infantino. Il souhaite désormais réunir les confédérations, les fédérations et les autres acteurs concernés afin de chercher de nouveaux moyens de financer le développement du football sans ouvrir le capital des compétitions à des investisseurs privés.
Le projet supprimé après seulement trois jours
Le retrait met fin à l’une des plus graves crises récentes entre la FIFA et les confédérations continentales. Présentée le mardi 28 juillet, la vente avait déclenché en moins de 72 heures une menace de boycott, la démission d’un proche conseiller de Gianni Infantino et une contestation publique au sein même de la direction de l’organisation. La FIFA conserve donc la totalité de ses activités commerciales et des revenus issus de ses compétitions. FIFA Forward Enterprise ne sera pas créée sous la forme annoncée et aucune part des Coupes du monde ne sera vendue à des fonds privés.