Le Real Madrid ne manque décidément pas de culot. Après avoir boycotté les cérémonies du Ballon d’Or en 2024 et 2025, le club espagnol a décidé de faire son retour ce lundi, à Londres. La raison de ce soudain changement d’attitude ? Kylian Mbappé figure parmi les grands favoris pour remporter le trophée. Une coïncidence particulièrement révélatrice pour une institution qui se proclame volontiers le plus grand club du monde, mais qui a montré pendant deux années consécutives qu’elle supportait difficilement de voir un joueur adverse récompensé. Avec son palmarès exceptionnel, le Real Madrid pourrait donner l’exemple en matière de fair-play. Il préfère pourtant donner l’image d’un club mauvais perdant, incapable d’accepter une défaite sans bouder.
En 2024, le Real Madrid avait piqué une crise parce que Vinicius n’avait pas gagné
Le 28 octobre 2024 restera comme l’un des épisodes les plus embarrassants de l’histoire récente du Real Madrid. Quelques heures avant la cérémonie du Ballon d’Or, organisée au théâtre du Châtelet à Paris, les dirigeants madrilènes avaient appris que Vinicius Junior ne remporterait pas la récompense suprême. Le Brésilien, grand favori, allait être devancé par Rodri, milieu de terrain de Manchester City et champion d’Europe avec l’Espagne.
La réaction avait été immédiate : le Real Madrid avait annulé le déplacement de toute sa délégation. Florentino Pérez, Carlo Ancelotti, Vinicius Junior, Jude Bellingham et les autres représentants du club avaient déserté la cérémonie. Une décision spectaculaire, qui avait transformé une simple déception sportive en véritable crise de susceptibilité.
Comme nous l’expliquions lors du boycott de la cérémonie du Ballon d’Or 2024 par le Real Madrid, les Madrilènes avaient très mal accepté que le trophée échappe à leur attaquant brésilien.
Pourtant, Rodri avait de solides arguments. Champion d’Angleterre avec Manchester City, vainqueur de l’Euro 2024 avec l’Espagne et élu meilleur joueur de la compétition continentale, le milieu de terrain avait réalisé une saison remarquable. Le scrutin avait été serré : 1 170 points pour Rodri, contre 1 129 pour Vinicius, soit seulement 41 points d’écart.
Le Real Madrid avait parfaitement le droit d’estimer que Vinicius méritait le trophée. Mais de là à boycotter une cérémonie entière parce que le résultat ne lui convenait pas, il y avait un pas que le club espagnol n’avait pas hésité à franchir. Une attitude de mauvais perdant, indigne du prestige qu’il revendique.
Le comble : le Real Madrid avait lui-même remporté des récompenses, mais avait préféré bouder
L’épisode était d’autant plus ridicule que le Real Madrid avait été largement récompensé pendant cette même cérémonie. Le club avait remporté le trophée de meilleur club masculin de l’année, tandis que Carlo Ancelotti avait été désigné meilleur entraîneur masculin.
Autrement dit, les organisateurs avaient reconnu l’excellence collective du Real Madrid, mais les dirigeants madrilènes avaient préféré boycotter l’événement parce que leur favori n’avait pas obtenu la distinction individuelle la plus prestigieuse.
Le message envoyé au monde du football était désastreux. Les récompenses étaient acceptables lorsqu’elles couronnaient Madrid, mais devenaient soudainement contestables lorsqu’un adversaire était préféré à l’un de ses joueurs.
Le plus frappant reste l’incapacité du club à reconnaître publiquement le mérite de Rodri à travers sa présence à la cérémonie. Pourtant, un grand champion se distingue aussi par sa capacité à féliciter celui qui l’a battu. Le Real Madrid avait préféré faire de son absence un acte de protestation, donnant l’impression que le Ballon d’Or lui était dû.
En 2025, nouvelle bouderie : Ousmane Dembélé sacré, Madrid encore absent
On aurait pu penser que l’épisode de 2024 resterait un dérapage isolé. Il n’en a rien été. Le 22 septembre 2025, lors de la cérémonie organisée à Paris, le Real Madrid avait maintenu son boycott.
Cette fois, le Ballon d’Or avait été attribué à Ousmane Dembélé, récompensé après une saison exceptionnelle avec le Paris Saint-Germain, notamment marquée par la première victoire du club parisien en Ligue des champions.
Le Français avait devancé Lamine Yamal et Vitinha, consacrant une saison au cours de laquelle le PSG avait dominé le football européen. Aucun joueur du Real Madrid ne figurait parmi les principaux favoris.
Malgré cela, les dirigeants madrilènes et les principales stars de l’équipe masculine avaient de nouveau déserté la cérémonie. La présence individuelle de Caroline Weir, joueuse de l’équipe féminine, n’avait pas changé la position officielle du club.
Le Real Madrid avait donc prolongé sa protestation une année supplémentaire. Un club habitué à célébrer ses propres triomphes devant les caméras du monde entier refusait toujours de participer à une cérémonie lorsque les projecteurs étaient braqués sur d’autres joueurs.
Le contraste était particulièrement gênant. Pendant que le PSG célébrait le Ballon d’Or d’Ousmane Dembélé, le Real Madrid continuait de bouder une récompense qu’il avait pourtant largement célébrée lorsqu’elle avait été attribuée à Cristiano Ronaldo, Luka Modric ou Karim Benzema.
En 2026, Mbappé peut gagner et, comme par hasard, le boycott disparaît !
Deux ans plus tard, changement de décor. Le Real Madrid a décidé d’envoyer une délégation à Londres pour assister à la cérémonie du Ballon d’Or 2026, organisée ce lundi au London Palladium.
Kylian Mbappé a fait le déplacement, accompagné notamment de Marc Cucurella, Yan Diomandé, Felicia Schröder et Emilio Butragueño, directeur des relations institutionnelles du club.
En revanche, Florentino Pérez n’a pas fait le voyage. Vinicius Junior et Jude Bellingham, pourtant nommés pour le Ballon d’Or masculin, sont également absents.
Le retour du Real Madrid coïncide avec les grandes ambitions de Kylian Mbappé, qui espère décrocher le premier Ballon d’Or de sa carrière. L’attaquant français fait partie des principaux favoris, aux côtés notamment de Harry Kane et Lamine Yamal.
Après une saison prolifique avec le Real Madrid et une Coupe du monde durant laquelle il a inscrit 10 buts, Mbappé possède de sérieux arguments. Le club madrilène affiche d’ailleurs un réel optimisme concernant les chances de son attaquant.
Le rapprochement entre Madrid et les organisateurs, après plusieurs années de tensions autour de l’UEFA et du projet de Super Ligue, a également favorisé ce retour. Mais le calendrier de cette réconciliation est pour le moins opportun.
En 2024, Vinicius perd : Madrid boycotte. En 2025, Dembélé gagne : Madrid reste chez lui. En 2026, Mbappé peut être sacré : Madrid revient.
Difficile de trouver meilleure illustration de l’attitude d’un mauvais perdant qui retrouve soudainement le goût de la compétition lorsqu’il pense pouvoir repartir avec le trophée.
Comme le montre la bataille particulièrement disputée pour le Ballon d’Or 2026 entre Mbappé, Kane, Yamal et les autres favoris, le résultat reste pourtant incertain avant l’annonce officielle du vainqueur.
Le plus grand club du monde ? Le palmarès ne donne pas tous les droits
Le Real Madrid possède un palmarès extraordinaire. Avec 15 Ligues des champions, le club espagnol détient le record absolu de victoires dans la plus prestigieuse compétition européenne. Son histoire a été écrite par Alfredo Di Stéfano, Ferenc Puskás, Zinedine Zidane, Cristiano Ronaldo, Karim Benzema et bien d’autres légendes du football.
Personne ne peut sérieusement contester sa place parmi les plus grandes institutions sportives de la planète. Mais cette réussite ne lui donne aucun droit particulier sur les récompenses individuelles.
Le Ballon d’Or n’est pas une propriété du Real Madrid. Il ne constitue pas un trophée réservé à ses joueurs, ni une distinction dont les résultats devraient être validés par Florentino Pérez.
Les journalistes internationaux chargés du vote ont parfaitement le droit de préférer Rodri à Vinicius, Dembélé à ses concurrents ou, cette année, Harry Kane ou Lamine Yamal à Kylian Mbappé.
Un club qui se considère comme une référence mondiale devrait être le premier à respecter cette règle élémentaire. Or, pendant deux ans, le Real Madrid a donné le sentiment qu’il ne reconnaissait la légitimité d’une cérémonie que lorsqu’elle servait ses propres intérêts.
Cette attitude est d’autant plus regrettable que le fair-play et la classe figurent précisément parmi les critères pris en compte dans l’attribution du Ballon d’Or. Le contraste entre les valeurs affichées par cette récompense et le comportement des dirigeants madrilènes est particulièrement frappant.
Savoir gagner ne suffit pas : le Real Madrid a surtout montré qu’il ne savait pas perdre
Le retour du Real Madrid à Londres met fin à une situation devenue embarrassante pour l’image du football européen. Mais il ne fait pas disparaître les deux années précédentes.
En 2024, le club avait refusé de participer à une cérémonie parce que Rodri avait été préféré à Vinicius. En 2025, il avait maintenu son boycott lors du sacre d’Ousmane Dembélé. En 2026, alors que Kylian Mbappé peut enfin ramener le trophée à Madrid, le club retrouve le chemin de la cérémonie.
Cette succession de décisions donne une image peu flatteuse d’une institution pourtant immense. Le Real Madrid sait organiser des célébrations grandioses lorsqu’il remporte des titres. Il sait rappeler à ses adversaires l’étendue de son palmarès. Il sait revendiquer sa supériorité historique. Mais lorsqu’un autre joueur est récompensé, l’élégance semble beaucoup plus difficile à trouver.
Le véritable prestige d’un club ne se mesure pas uniquement au nombre de trophées exposés dans son musée. Il se mesure aussi au respect qu’il témoigne à ses adversaires, à son comportement dans la défaite et à sa capacité à accepter les résultats qui ne lui plaisent pas.
Le Real Madrid a remporté suffisamment de titres pour ne pas avoir besoin de bouder lorsqu’il perd un Ballon d’Or. Pourtant, c’est précisément ce qu’il a fait pendant deux ans.
En revenant à Londres au moment où Mbappé peut être sacré, le club espagnol ne fait que renforcer cette impression désastreuse : pour le Real Madrid, le Ballon d’Or semble surtout respectable lorsqu’un Madrilène a de bonnes chances de le remporter.
Une conception bien particulière du fair-play pour une institution qui prétend incarner ce que le football mondial fait de mieux, mais dont le comportement est parfois bien loin de la grandeur qu’elle revendique.

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