Un Français sur deux estime avoir du mal à vivre correctement et dignement avec les ressources de son foyer. C’est le principal enseignement du premier Baromètre du pouvoir de vivre, publié mercredi 4 novembre 2026 par la Fondation Jean-Jaurès et le Pacte du pouvoir de vivre. Réalisée auprès de 12 000 personnes, cette enquête révèle des difficultés qui dépassent la seule question du pouvoir d’achat et touchent l’alimentation, le logement, la santé et les solidarités.
La précarité économique concerne une part importante de la population française, bien au-delà des personnes officiellement considérées comme pauvres. Selon le premier Baromètre du pouvoir de vivre, réalisé par Ipsos-BVA du 3 au 10 septembre 2026, 50 % des Français interrogés déclarent éprouver des difficultés à vivre correctement et dignement. Ce résultat traduit un sentiment de fragilité économique qui dépasse largement le taux de pauvreté monétaire, supérieur à 15 % de la population. L’étude, qui s’appuie également sur des données statistiques publiques, examine quatorze dimensions du quotidien pour comprendre les difficultés rencontrées par les ménages.
Les conséquences sont particulièrement visibles dans les dépenses alimentaires. Au cours des six derniers mois, la moitié des répondants affirment avoir renoncé, au moins occasionnellement, à acheter des aliments de la qualité souhaitée pour des raisons financières. Plus préoccupant encore, 19 % déclarent avoir dû sauter certains repas. Ces arbitrages montrent que les restrictions budgétaires ne concernent plus uniquement les loisirs ou les achats non essentiels. Pour une partie des ménages, elles touchent directement les besoins fondamentaux. Les inquiétudes pour l’avenir restent également élevées : 59 % des personnes interrogées redoutent une augmentation des prix de l’énergie, 45 % celle des dépenses de transport et 44 % celle de l’alimentation.
Le logement et la santé au cœur des préoccupations
Le logement représente une autre source importante d’incertitude financière. Selon le baromètre, 21 % des Français craignent que leurs dépenses de logement, qu’il s’agisse d’un loyer ou d’un remboursement de crédit, dégradent leur niveau de vie dans les prochaines années. Cette inquiétude concerne 42 % des locataires, contre seulement 9 % des propriétaires. Les difficultés économiques peuvent également peser sur les projets familiaux. Un parent sur cinq déclare avoir déjà renoncé à un souhait de scolarité ou de formation pour ses enfants, notamment en raison du coût ou de l’absence d’une offre adaptée à proximité du domicile.
L’accès aux soins constitue également une préoccupation majeure. Plus de la moitié des répondants, soit 54 %, se disent inquiets de l’état de l’hôpital public, tandis que 51 % évoquent les délais jugés trop longs pour obtenir un rendez-vous médical ou bénéficier de soins. Les conditions de travail alimentent aussi le sentiment de dégradation du quotidien. Parmi les actifs travaillant depuis au moins cinq ans, 44 % considèrent que leurs conditions professionnelles se sont détériorées sur cette période. À l’inverse, seuls 11 % estiment qu’elles se sont améliorées. L’enquête souligne ainsi que les difficultés économiques peuvent se cumuler avec des contraintes professionnelles et des problèmes d’accès aux services essentiels.
Plus d’un Français sur trois manque de soutien en cas de difficulté
Le baromètre met également en évidence la fragilité des solidarités personnelles. Selon l’étude, 35 % des personnes interrogées estiment ne pas pouvoir compter sur suffisamment de proches pour obtenir une aide financière, matérielle ou morale en cas de coup dur. Cette situation concerne particulièrement les personnes âgées de 35 à 59 ans. Parmi les 35-49 ans, 40 % déclarent manquer de soutien, une proportion qui atteint 42 % chez les 50-59 ans. Les ouvriers sont également davantage exposés, avec 43 % de répondants exprimant ce sentiment. Ces résultats montrent que la vulnérabilité sociale ne dépend pas uniquement des revenus, mais aussi de la capacité à mobiliser un entourage lorsque survient une difficulté.
L’enquête révèle par ailleurs une perception très négative du climat social. Pas moins de 95 % des répondants considèrent vivre dans une société conflictuelle. Lorsqu’ils sont interrogés sur les principales sources de tensions, 59 % citent l’insécurité et les incivilités, 42 % les inégalités économiques et sociales et 32 % le sentiment d’injustice. Pour construire une société plus apaisée, les personnes interrogées placent en tête la sécurité des personnes et des biens, citée par 42 % des répondants. Viennent ensuite une justice perçue comme équitable et le respect des règles communes, tous deux mentionnés par 39 % des participants, puis la réduction des inégalités, à 31 %.
Un constat social à quelques mois de la présidentielle de 2027
La publication de ce baromètre intervient dans un contexte de débats budgétaires et à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027. Le Pacte du pouvoir de vivre et la Fondation Jean-Jaurès souhaitent que les responsables politiques prennent davantage en compte les difficultés quotidiennes des Français dans l’élaboration de leurs programmes. Les deux organisations considèrent que les indicateurs économiques traditionnels ne permettent pas toujours de mesurer l’ensemble des contraintes rencontrées par les ménages. Elles appellent notamment à intégrer les questions d’accès aux soins, de logement, de conditions de travail et de solidarité dans les discussions sur les finances publiques.
Les résultats doivent toutefois être interprétés en distinguant les difficultés ressenties des situations de pauvreté mesurées statistiquement. Déclarer avoir du mal à vivre dignement ne signifie pas nécessairement se trouver sous le seuil officiel de pauvreté. L’enquête met plutôt en lumière l’étendue du sentiment de vulnérabilité dans la société française, y compris parmi les personnes qui disposent d’un emploi ou de revenus réguliers. Avec un répondant sur deux déclarant des difficultés à vivre correctement, ce premier Baromètre du pouvoir de vivre fournit un nouvel éclairage sur les préoccupations économiques et sociales qui pourraient occuper une place centrale dans les débats publics des prochains mois.









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