Un policier de 38 ans a été condamné mardi 3 novembre 2026 à un an de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris pour des violences aggravées commises sur deux mineurs en 2019. Les faits avaient été racontés par le journaliste Valentin Gendrot dans son livre « Flic », publié en 2020 après une infiltration de plusieurs mois au sein d’un commissariat parisien.
Plus de six ans après les faits, la justice a condamné un gardien de la paix pour des violences commises sur deux frères mineurs lors d’une intervention dans l’est de Paris. L’affaire remonte à avril 2019, lorsqu’un contrôle de police dégénère. Selon les éléments examinés à l’audience, le fonctionnaire aurait d’abord donné plusieurs gifles au plus jeune des deux adolescents. Son frère aîné, qui tentait de s’interposer, avait ensuite été interpellé. D’après la procureure, le jeune homme avait reçu plusieurs coups de poing à l’intérieur du véhicule de police, puis un nouveau coup à son arrivée au commissariat. La présidente du tribunal a notamment évoqué un important hématome sur son visage. Le policier, identifié sous le nom de Marc F., a contesté avoir commis des violences injustifiées, estimant que son intervention était proportionnée au comportement des adolescents.
Cette affaire avait été révélée au grand public par Valentin Gendrot, journaliste qui s’était infiltré pendant six mois dans un commissariat du XIXe arrondissement de Paris en se faisant recruter comme adjoint de sécurité. Dans son livre « Flic », publié aux éditions Goutte d’Or en septembre 2020, il décrivait le quotidien des policiers, leurs conditions de travail, le manque de moyens et plusieurs épisodes de violences. Le journaliste rapportait également des insultes racistes et homophobes entendues au cours de son immersion. L’ouvrage avait provoqué une importante polémique et entraîné la saisine de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Parmi les faits dénoncés figurait précisément l’interpellation des deux adolescents. Valentin Gendrot affirmait également avoir assisté à la rédaction d’un procès-verbal ne mentionnant pas les violences, document qu’il considérait comme mensonger.
Six ans après les faits, une condamnation qui relance le débat
Lors de son procès, le policier a vivement contesté la présentation des événements dans le livre du journaliste. Désormais affecté comme pilote de drone à la préfecture de police de Paris, il a dénoncé un récit qu’il juge romancé et donnant une image injustement négative de ses collègues. Face aux magistrats, il a défendu les conditions de son intervention, expliquant que les policiers doivent parfois employer la force pour procéder à une interpellation. Le tribunal s’est également intéressé à d’autres pratiques décrites dans l’ouvrage, notamment le fait de conduire une personne interpellée loin de son lieu d’arrestation avant de la relâcher. Plusieurs épisodes rapportés par Valentin Gendrot n’ont cependant pas pu être établis par l’enquête, notamment faute d’avoir identifié les personnes concernées. La condamnation prononcée mardi porte sur les violences aggravées commises contre les deux mineurs.
Présent dans la salle d’audience, Valentin Gendrot a regretté de ne pas avoir été entendu au cours de la procédure judiciaire. Le journaliste a expliqué à l’AFP avoir appris par hasard la tenue du procès et a exprimé sa déception concernant la réponse pénale apportée à cette affaire. La mère des deux victimes, également présente, a rappelé son souhait de voir les enfants protégés par les forces de l’ordre. Ses fils n’avaient pas souhaité assister à l’audience, afin de ne pas revivre les événements. Cette condamnation intervient dans un contexte de débats persistants sur les violences policières, les mécanismes de contrôle interne et la difficulté de documenter certains comportements au sein des forces de sécurité. L’affaire illustre également le rôle que peuvent jouer les enquêtes journalistiques dans la révélation de faits susceptibles de donner lieu à des poursuites judiciaires, plusieurs années après leur publication.









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