Le suspect de l’attentat raciste commis 23 octobre à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines, a été mis en examen ce jeudi par un juge d’instruction antiterroriste. Kévin T., 39 ans, est soupçonné d’avoir tué un homme et blessé sept autres personnes. Au cours de sa garde à vue, il a reconnu avoir délibérément choisi ses victimes en fonction de leur origine ou de leur religion supposée. L’enquête a également révélé une préparation de plusieurs semaines, la présence d’armes et de documents idéologiques à son domicile, ainsi que des déclarations particulièrement inquiétantes sur ses motivations.
Une mise en examen pour assassinat et tentatives d’assassinat terroristes
Six jours après l’attaque meurtrière, Kévin T. a été mis en examen pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante liée à l’appartenance réelle ou supposée des victimes à une origine, une ethnie, une nation ou une religion.
Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a requis son placement en détention provisoire. Le suspect doit être présenté à un juge des libertés et de la détention, chargé de statuer sur cette demande.
Vendredi 23 octobre, Kévin T. avait circulé en voiture dans les communes de Trappes et de La Verrière, ouvrant le feu sur plusieurs personnes avec un pistolet-mitrailleur Sten. Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans passionné de MMA, avait été tué. Sept autres personnes avaient été blessées, dont quatre grièvement.
Parmi les victimes figure une fillette de 11 ans, touchée à plusieurs reprises par les tirs. Son pronostic vital, initialement engagé, ne l’est désormais plus.
Il reconnaît avoir ciblé ses victimes en fonction de leur origine et de leur religion
Lors d’une conférence de presse organisée jeudi matin, le procureur national antiterroriste Olivier Christen a détaillé les déclarations du suspect concernant le choix de ses victimes.
Kévin T. a reconnu avoir délibérément ciblé des personnes qu’il considérait comme musulmanes, africaines ou nord-africaines. Il a également expliqué avoir choisi Trappes parce qu’il considérait cette commune comme un « repaire d’islamistes ».
Le suspect a toutefois contesté la qualification terroriste de son acte, affirmant considérer son action comme légitime. Il a également nié avoir voulu tuer des enfants, assurant avoir pu se tromper sur leur âge en raison de leur taille.
Le procureur a précisé que Kévin T. avait déclaré « n’éprouver aucun regret » après son passage à l’acte.
Ces déclarations apportent un nouvel éclairage à l’enquête, alors que Kévin T. avait initialement contesté le caractère raciste de ses crimes, tout en reconnaissant la matérialité des faits.
Mein Kampf, des armes et des centaines d’autocollants découverts chez lui
La perquisition effectuée au domicile du suspect, à Plaisir, a permis de découvrir un important ensemble d’objets et de documents.
Les enquêteurs ont notamment saisi un exemplaire de Mein Kampf, d’Adolf Hitler, ainsi qu’un Coran et une Bible. Ils ont également retrouvé des éléments d’armes, un chargeur, deux poings américains, une baïonnette en acier et un silencieux.
Plusieurs centaines d’autocollants ont également été découverts dans l’appartement. Parmi eux, 30 portaient la mention « Vive la France, RN, fier d’être français », 99 affichaient « 100% français/vive la France » et 98 comportaient l’inscription « Soutien aux forces de l’ordre ».
Kévin T. a expliqué avoir personnellement conçu ces autocollants et commandé leur fabrication sur Amazon plus d’un an auparavant. Il a affirmé n’être ni adhérent ni sympathisant d’un parti politique.
Cette découverte apporte des précisions importantes concernant les documents politiques associés au suspect. Lors d’une précédente conférence de presse, Olivier Christen avait en effet formellement démenti la présence de tracts de partis politiques dans le véhicule du tireur. Les autocollants évoqués jeudi ont été retrouvés à son domicile et auraient été fabriqués à son initiative.
Une attaque préparée depuis plusieurs semaines
Les investigations ont mis en évidence une préparation particulièrement poussée de l’attentat. Olivier Christen a évoqué une « très grande préparation de l’action criminelle ».
Dès le 3 septembre, Kévin T. avait commencé à acquérir différents équipements destinés à améliorer l’efficacité de son pistolet-mitrailleur. Il s’était également procuré un brassard de police et des menottes, retrouvés dans son véhicule après son arrestation.
Le 21 octobre, deux jours avant l’attaque, il avait supprimé ses comptes sur les réseaux sociaux. Il avait également revendu son ordinateur portable et dissimulé son téléphone mobile. Ces deux appareils ont finalement été retrouvés par les enquêteurs.
Le domicile du suspect avait par ailleurs été piégé à l’aide de deux minuteurs reliés à des prises électriques. Cette découverte avait nécessité des précautions particulières lors des opérations de police.
La violence de l’attaque avait déjà été établie par les premières constatations : au moins 128 coups de feu avaient été recensés sur huit scènes de crime, réparties sur un parcours d’environ douze kilomètres.
Schizophrénie, cocaïne et cannabis : les précisions sur son état psychiatrique
La question de l’état mental de Kévin T. a également occupé les enquêteurs. Le suspect avait affirmé souffrir de schizophrénie et avait été placé en observation psychiatrique pendant sa garde à vue.
Le procureur a toutefois précisé que ce diagnostic n’avait pas été confirmé par son médecin. Le suspect avait été hospitalisé en psychiatrie vers l’âge de 25 ans et suivait un traitement antipsychotique, mais son praticien considérait que le diagnostic avancé relevait davantage de son interprétation personnelle.
L’examen effectué à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police n’a pas identifié de pathologie psychiatrique décompensée justifiant une hospitalisation sous contrainte. La garde à vue avait ainsi pu reprendre lundi 26 octobre.
Les analyses toxicologiques ont par ailleurs révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang au moment des faits. Son casier judiciaire comporte quatre condamnations antérieures, la dernière datant de 2012.
La question de son discernement au moment de l’attaque devra être examinée dans le cadre de l’information judiciaire. Les constatations médicales effectuées pendant sa garde à vue ne constituent pas, à elles seules, une expertise définitive de sa responsabilité pénale.
Une information judiciaire ouverte après six jours d’investigations
La mise en examen de Kévin T. ouvre une nouvelle phase judiciaire. Les magistrats instructeurs devront approfondir les investigations concernant la préparation de l’attentat, les motivations du suspect et son parcours personnel.
Plus de 200 personnes ont été mobilisées dans les investigations, notamment des policiers spécialisés dans l’antiterrorisme et des agents de la Direction générale de la sécurité intérieure.
Quatre proches de Kévin T. avaient également été placés en garde à vue avant d’être remis en liberté sans poursuites à ce stade.
L’enquête devra notamment déterminer si le suspect a agi seul et préciser les circonstances dans lesquelles il a acquis et préparé son armement.
L’attentat du 23 octobre a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi et fait sept blessés. Les déclarations de Kévin T. sur le choix de ses victimes, les préparatifs identifiés par les enquêteurs et les objets découverts à son domicile figurent désormais parmi les éléments examinés par les magistrats antiterroristes.









Réagir à l’article
Soyez le premier à commenter cet article.