Les deux policiers mis en examen pour des viols et agressions sexuelles présumés sur une femme retenue au dépôt du tribunal judiciaire de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, ont été remis en liberté sous surveillance électronique. Jeudi 22 octobre 2026, la cour d’appel de Paris a confirmé cette décision, malgré l’opposition du parquet, qui réclamait leur maintien en détention provisoire. Âgés aujourd’hui de 24 et 36 ans, les deux fonctionnaires étaient incarcérés depuis le 1er novembre 2025, à la suite d’accusations particulièrement graves portant sur des faits survenus dans l’enceinte même du palais de justice. Leur remise en liberté ne signifie pas l’abandon des poursuites : les deux hommes restent mis en examen et assignés à résidence sous bracelet électronique, tandis que l’instruction judiciaire se poursuit. Cette évolution intervient près d’un an après une affaire qui avait provoqué une vive émotion au sein des institutions judiciaires et policières.
Les faits dénoncés remontent à la nuit du 28 au 29 octobre 2025. Une femme de 26 ans, alors retenue au dépôt du tribunal de Bobigny dans l’attente de sa présentation à un magistrat, affirme avoir été violée à deux reprises par les policiers chargés de sa surveillance. Les deux fonctionnaires reconnaissent avoir eu des relations sexuelles avec elle, mais soutiennent qu’elles étaient consenties. Cette version est contestée par la plaignante. À l’époque, la procureure de Paris, Laure Beccuau, avait précisé que les déclarations de la jeune femme étaient corroborées par plusieurs éléments recueillis au cours de l’enquête, notamment une vidéo découverte sur le téléphone portable de l’un des policiers. La magistrate avait également insisté sur la situation particulière de la plaignante, privée de sa liberté de circulation et placée sous l’autorité des agents mis en cause. Les deux hommes avaient été suspendus de leurs fonctions avant leur mise en examen pour viols et agressions sexuelles par personnes abusant de l’autorité conférée par leurs fonctions.
Le parquet redoutait des pressions sur la victime et une concertation entre les suspects
La question de la détention provisoire constitue désormais un point majeur de la procédure. Le ministère public s’était opposé à la libération des deux policiers, invoquant notamment un risque de pression sur la victime et de concertation entre les personnes mises en examen. Il estimait également que la gravité des faits reprochés et leurs circonstances justifiaient le maintien en détention. Ces arguments n’ont pas été retenus par les magistrats, qui ont privilégié une assignation à résidence avec surveillance électronique. La cour d’appel de Paris a ainsi confirmé, jeudi, la décision de remise en liberté prise quelques jours auparavant. Les deux suspects restent soumis à des obligations judiciaires dont le respect pourra être contrôlé. Il convient de rappeler que la détention provisoire n’est pas une peine : elle constitue une mesure exceptionnelle destinée à répondre aux nécessités d’une enquête ou à prévenir certains risques précisément définis par la loi. La remise en liberté des policiers ne préjuge donc pas de leur éventuelle culpabilité ni de l’issue du dossier.
Au-delà de la procédure pénale, cette affaire a profondément marqué le fonctionnement du dépôt du tribunal de Bobigny. Après les accusations formulées en octobre 2025, le barreau de Seine-Saint-Denis avait suspendu pendant deux semaines la participation de ses avocats aux permanences pénales, afin de dénoncer les conditions de surveillance et d’accueil des personnes retenues. Plusieurs mesures avaient ensuite été annoncées par les responsables de la juridiction, notamment l’activation systématique des caméras-piétons lors des interventions dans les cellules et la présence d’une policière dans chaque équipe de nuit. Pourtant, le dépôt s’est retrouvé au centre d’une nouvelle polémique cette semaine, après la dénonciation par des avocats des conditions dans lesquelles plusieurs mineurs avaient passé la nuit sur place. Mercredi 21 octobre, le procureur de Bobigny, Alexandre de Bosschère, a reconnu que ces jeunes n’avaient pas été accueillis dans des conditions acceptables. Deux dossiers distincts qui relancent les interrogations sur la sécurité, la surveillance et le respect des droits fondamentaux des personnes privées de liberté. Concernant les accusations de viols, l’information judiciaire reste ouverte et les enquêteurs poursuivent leurs investigations. Les deux policiers bénéficient de la présomption d’innocence tant qu’aucune décision définitive de justice n’a établi leur responsabilité pénale.

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